Analyse
Grèce : + 4 mois d’assistance il y a 2 ans - lundi 23 février 2015

L’accord conclu avec la Grèce prolonge de 4 mois le programme d’assistance au pays, qui s’engage à respecter les accords déjà signés. Faut-il crier victoire ?

Pas encore. L’accord ne sera validé que si la Grèce fournit une liste détaillée des mesures à prendre pour équilibrer ses comptes.
Et si la politique de la BCE devrait maintenir les taux très bas (et donc des cours obligataire élevés), l’incertitude sur la Grèce et la flambée des partis anti-austérité ailleurs rendent les obligations souveraines européennes plutôt risquées, au vu des rendements offerts. Restez à l’écart.

 

Conditions souples

Un compromis semble possible entre Athènes (qui réclame une nouvelle réduction de sa dette) et le nord de l’Europe (qui demande que la Grèce respecte les programmes d’assistance signés et assume ses responsabilités).

 

Bien que sa dette publique atteigne 176 % du PIB, la Grèce bénéficie de conditions très souples. Lors de son second sauvetage début 2012, elle a obtenu de rembourser plus tard que prévu (en 2041) les prêts accordés en 2010. Par ailleurs, jusqu’en 2022, elle ne paie que les intérêts de sa dette, et à des taux avantageux (Euribor à 3 mois + 0,5 %, soit actuellement 0,56 %).

 

Equilibre difficile

Si la crise de la dette souveraine a disparu des médias, c’est parce que les taux ont fort baissé. Sur ce front, forcer une sortie de la Grèce de la zone euro serait très risqué. Pour l’instant, certes, les marchés ne croient guère à un effet de contagion. Les taux sur la dette grecque à 10 ans dépassent 10 % (contre 5,5 % en juin dernier), alors que la dette portugaise de même échéance offre 2,3 % seulement et l’Espagne et l’Italie environ 1,6 %. Bien sûr, la perspective de rachats de dette par la BCE y est pour beaucoup. Mais la tendance est identique pour les actions. Depuis début 2015, la Bourse d’Athènes est très volatile. Et aujourd’hui, elle affiche un niveau inférieur de 60 % aux pics de 2010. Par contre, Lisbonne et Milan ont gagné 13 % depuis début 2015, et Madrid 5 %. Bref, le risque associé à ces marchés est perçu comme très bas. Mais il y a fort à parier qu’en cas d’échec des négociations avec la Grèce, il serait relevé.

 

Les pays du Sud se tiennent à carreau…

L’Espagne, l’Italie et le Portugal sont conscients que les taux réduits auxquels ils se financent pourraient ne pas durer en cas de nouvelle crise. Bien sûr, la BCE se tient prête à intervenir en cas de problème, mais avec des dettes publiques de 98,1 % du PIB en Espagne), 131,8 % en Italie et 131,4 % au Portugal, une hausse de quelques % se traduirait par des milliards d’euros à trouver ailleurs. Ces pays n’ont donc pas intérêt à faire des vagues.

 

Spectre des élections

– En Espagne, avec des élections législatives prévues plus tard dans l’année et le parti anti-austérité Podemos en tête des sondages, Madrid verrait d’un mauvais œil des concessions à la Grèce, preuves de l’existence d’alternatives aux politiques d’austérité mises en place en Espagne. Or, on le sait, la perspective d’un parti anti-austérité en Espagne suffirait à faire flamber les taux sur la dette espagnole et l’effet de contagion serait alors bien plus dur à contenir.
–  L’Italie verrait a priori un accord d’un bon œil. Avec une économie aux abois, des politiques d’austérité moins exigeantes dans la zone euro plairaient à Rome. Et avec une dette publique de 2 100 milliards d’euros, l’Italie sait que chaque % supplémentaire sur les intérêts de sa dette se traduit par 21 milliards à trouver ailleurs. Mais ici aussi, le pays doit faire preuve de prudence. Face à la grogne contre l’austérité et à la montée des mouvements populistes, Rome sait que les prochaines élections seront difficiles et que les taux sur la dette s’envoleront si les chances d’un parti anti-austérité au pouvoir augmentent.
– Le Portugal, qui a vu son programme d’assistance arriver à échéance et qui a remboursé anticipativement un prêt du FMI, aurait tout intérêt à demander des conditions plus intéressantes pour son financement.

 

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