Analyse
La crise grecque n’est pas terminée ! il y a 2 ans - mardi 23 juin 2015

Comme un mauvais feuilleton, la crise de la dette grecque revient régulièrement avec le même scénario. Que va-t-il encore se passer ?

Cinq années…

La descente aux enfers de la Grèce a commencé en 2009 avec les révélations de manipulations comptables et la forte révision à la hausse du déficit et de la dette publique. Dès avril 2010, le pays a dû faire appel à l’aide internationale. Et depuis, les réunions de la dernière chance se sont succédées pour éviter le naufrage.
Malgré cela, la situation reste catastrophique.
Dans l’impossibilité de se financer sur le marché obligataire et toujours en déficit public, la Grèce a encore besoin de l’aide internationale. Car malgré l’effacement, en 2012, de plus de 100 milliards de créances privées, la dette grecque devrait atteindre 340 milliards d’euros en fin d’année (contre 356 en 2011), soit 180 % du PIB !

 

Au-delà de la dette

Avec des caisses vides, les dépenses publiques sont en baisse. Durement touchés par l’austérité, les ménages réduisent leur consommation. Les capitaux ont fui le pays et les investissements sont en chute libre. Seules les exportations gardent la tête hors de l’eau, mais ce secteur est bien trop petit pour soutenir l’économie. Le PIB grec est inférieur de 25 % à son sommet d’avant-crise et la Grèce est toujours en récession.
La situation est aussi rendue insupportable par la faiblesse de la compétitivité, minée par une administration inefficace et des infrastructures défaillantes, et l’absence de véritable potentiel économique. Dans le meilleur des cas, la Grèce peut tout au plus espérer stabiliser sa dette si ses partenaires européens continuent à la financer à des taux réduits et acceptent d’allonger les durées. Mais le scénario le plus probable est que les créanciers publics acceptent d’importantes pertes. A la suite d’un accord négocié ou d’un défaut de paiement unilatéral d’Athènes ? Cruciale pour la Grèce, la réponse à cette question n’a finalement plus tellement d’importance pour le reste de la zone euro.

 

La BCE veille

A l’inverse de la Grèce, les autres pays européens ont vu leur situation s’améliorer. Toutes les capitales européennes maîtrisent leur situation budgétaire et se financent facilement. La croissance est de retour et des pays durement touchés par la récession bénéficient d’une forte reprise. Dans ces conditions, la zone euro est prête à affronter le scénario d’une faillite de la Grèce, qui quitterait la zone euro, d’autant que l’importance de celle-ci n’a cessé de diminuer ces dernières années. La Grèce représente moins de 2 % du PIB de la zone euro, contre pratiquement 3 % en 2010. Les exportations européennes vers la Grèce ont sensiblement diminué pour devenir insignifiantes. Le secteur privé s’est presque totalement débarrassé de ses créances grecques et une faillite à Athènes ne mettrait plus le secteur bancaire en péril. Quant à un défaut complet de la Grèce, il n’augmenterait la dette publique dans la zone euro, aujourd’hui à 91,9 % du PIB, que de 1,7 %.
Bien sûr, personne ne peut prévoir la réaction des marchés. La dette des autres pays périphériques pourrait subir des attaques spéculatives. Mais les institutions européennes ont les armes pour se défendre. La BCE peut éteindre les débuts d’incendie en rachetant prioritairement les dettes malmenées pour faire baisser les taux et en vendant des titres allemands pour éviter un trop grand écart de rendement entre les dettes européennes.
Par contre, il est évident qu’une faillite pure et simple de la Grèce et sa sortie de la zone euro constitueraient un sérieux échec politique.

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