Analyse
L’incertitude pèse sur le marché turc il y a 2 ans - mercredi 17 juin 2015

Ralentissement de la croissance économique, incertitude politique... Sur un mois, la Bourse d’Istanbul a perdu 7 %. Une occasion d’acheter ?

Au niveau des actions, les rendements espérés sont certes plus élevés que dans la zone euro. Mais le supplément de rendement attendu est insuffisant pour compenser la très forte volatilité. La Bourse turque est aujourd'hui trop chère. Restez à l’écart.
Certaines actions de notre sélection sont exposées au marché turc, mais seulement
Axa en vaut aujourd'hui le détour.
Aussi malgré la baisse de la lire, les obligations turques ne sont pas intéressantes.

 

Instabilité politique

Depuis son accession au pouvoir en 2003, Erdogan a d'abord été premier ministre, ensuite président. Lors des dernières élections, il a cependant perdu la majorité absolue qui avait jusqu’ici permis à son parti conservateur de gouverner seul. Isolé et peu habitué au compromis, son parti entend tout de même former un gouvernement minoritaire. Mais ses positions tranchées et une opposition très divisée rendent un compromis peu probable. De nouvelles élections sont donc probables.

 

Instabilité économique

L'économie turque ralentit depuis 2014 et reste déséquilibrée. Aussi le déficit de la balance courante reste très important. Pour financer ce déficit mais aussi l’investissement en infrastructures, la Turquie et ses banques comptent sur les capitaux étrangers.

 

Seulement voilà, la Turquie compte aujourd’hui parmi les pays les plus dépendants des capitaux étrangers. Et pour ne rien arranger, une part majeure de cette dette est libellée en devises étrangères : dopée par les banques du pays, la dette des entreprises turques dépasse les 170 milliards USD.

 

Banque centrale sous contrainte

La Turquie risque donc de graves problèmes si les investisseurs étrangers se ruent vers la sortie mais aussi si le recul de la livre se poursuit. Or de tels scénarios sont plausibles à l’heure où la Réserve fédérale américaine prépare sa première hausse des taux directeurs et où la défiance des investisseurs augmente.

 

C’est d’autant plus le cas qu'en 2015, la Turquie a déjà réduit ses taux à deux reprises sous la pression des autorités politiques, qui n’ont pas caché leur désir de voir la politique monétaire soutenir la croissance. Mais ce faisant, la banque centrale mine sa crédibilité et déçoit les investisseurs qui quittent peu à peu le pays.

 

Devise et marché obligataire sous pression…

Il n’est donc guère étonnant de voir la livre turque se déprécier ou de voir les rendements exigés par les investisseurs pour financer le pays s’orienter à la hausse. Depuis début 2015, la livre a perdu 8 % face à l’euro et près de 15 % face au dollar américain. Quant au taux d’intérêt sur la dette turque à 10 ans, il est passé de 8 % à 9,5 %.

 

Mais malgré son recul, la livre reste surévaluée face à l’euro. Et sans un engagement crédible des autorités monétaires pour ramener l’inflation sous contrôle (et un regain d’autonomie de la banque centrale), la devise et le marché obligataire devraient rester sous pression.

 

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