Analyse
Investir encore dans les pays émergents ? Comment ? il y a un an - mercredi 27 janvier 2016

Ces dernières années, les Bourses des pays émergents ont déçu. Méritent-elles encore une place dans vos portefeuilles ? Comment faire le tri ?

Pour en savoir plus, nous avons interrogé Sergio Gouveia, macro-économiste.

 

Que recouvre vraiment le terme de pays ou de marché émergent ?

En fait, il s’agit des marchés, des pays et des régions du monde qui se développent rapidement sur le plan économique mais qui ont encore (bien) du chemin à parcourir sur les plans des finances publiques, de la stabilité politique, de la culture d’entreprise, de la modernité des marchés financiers…, par rapport aux pays industrialisés ou avancés. Ces marchés, ces pays, ces régions présentent un risque moyen supérieur.

 

La Chine, la chute des prix des matières premières et la hausse des taux aux Etats-Unis ont pesé sur les marchés émergents. A quoi peut-on s’attendre demain ?

Si la chute des cours des matières premières a été bien réelle, la hausse des taux américains et le déclin annoncé de la Chine ont été des menaces à l’horizon plutôt que des réalités. La hausse des taux directeurs américains s’annonce très lente, au point que les taux obligataires américains ont à peine réagi. Et si la Chine ralentit, l’heure n’est pas à la panique. Nous pensons donc que les cours des marchés et des devises émergentes incorporent déjà une grande dose de pessimisme. Il y a fort à parier que si la conjoncture mondiale ne se détériore pas, l’horizon s’éclaircira progressivement pour les pays émergents.

 

Quel est aujourd’hui la plus grande menace pour les pays émergents ?

La manière dont sont gérés les pays émergents s’est, dans l’ensemble, beaucoup améliorée sur deux décennies, mais pour beaucoup d’entre eux les réformes qui s’imposaient n’ont pas été réalisées. Pendant des années, les investisseurs ont donné aux autorités locales le bénéfice du doute. Aujourd’hui, c’est moins le cas. Nous pensons que la mainmise des autorités sur leurs économies respectives avec des politiques populistes, interventionnistes ou mal conçues qui susciteraient des craintes chez les investisseurs pourraient bien être le principal risque pour ces marchés. L’endettement élevé du secteur privé est également à prendre en compte. C’est parfois un risque important, surtout là où cet endettement est accompagné d’une forte dépendance du pays à l’égard des capitaux étrangers et d’une balance courante fortement déficitaire.

 

En quoi l’approche économique des pays émergents est-elle différente ?

Les politiques économiques et monétaires des pays industrialisés sont bien plus uniformes que celles des pays émergents. De ce fait, les marchés guettent avec beaucoup plus d’attention les faux-pas éventuels des autorités locales. Par rapport aux membres de la zone euro par exemple, où la Commission européenne veille à ce que certaines lignes rouges ne soient pas dépassées, les pays émergents ont parfois des politiques bien plus surprenantes.

 

Quelle zone, quel pays émergents offre le plus grand potentiel actuellement ?

L’Indonésie est selon nous l’un des pays offrant le plus de potentiel. Les réformes ont pris un peu de retard, mais la volonté y est et elles sont en cours. L’Afrique du Sud est solide et bénéficie d’entreprises bien gérées qui disposent d’une position privilégiée pour profiter du dynamisme du continent africain. La Chine ralentit et ralentira encore, mais il s’agit désormais de la deuxième économie mondiale. Son niveau de croissance reste encore bien supérieur à celui de la plupart des pays industrialisés, et si le grand retour du consommateur américain se confirme, la Chine en profitera certainement.

 

Un investissement dans les pays émergents a-t-il encore du sens aujourd’hui ?

Oui. Le potentiel de ces pays reste important et, à leurs cours actuels, bon nombre de ces marchés boursiers ne sont pas chers à nos yeux. Nous nous trouvons donc à un point d’entrée intéressant pour qui veut y investir pour le long terme.

 

Vous n’auriez pas l’un ou l’autre tuyau pour qui veut investir dans ces pays ?

Encore plus que les marchés industrialisés, les marchés émergents sont souvent victimes des effets de mode. Je l’ai dit, vu le niveau actuel des cours, le moment est plutôt bon pour y investir. Si vous achetez à bon prix des valeurs prometteuses de pays émergents dont l’économie est moins déséquilibrée et que vous êtes prêt à y rester, vous ne serez pas déçu.

 

Et des conseils très concrets d’achat d’actions?

En général, il est difficile, voire impossible pour l’occidental d’acheter directement des actions cotées sur les Bourses des pays émergents. Heureusement, beaucoup d’entreprises des pays émergents sont cotées sur des Bourses occidentales (c’est le cas d’Alibaba, AmBev, Bank of East Asia, Cemex, LG Display, Petrobras). La qualité de l’info fournie par ces sociétés répond aux critères occidentaux. Mais un tel placement ne s’adresse qu’aux investisseurs avertis.
Mais il y a aussi des sociétés occidentales qui réalisent une part importante de leur résutat dans les pays émergents (en Chine surtout).
Avec des valeurs intéressantes comme Melexis, Umicore, AXA, General Electric et Rio Tinto, vous pouvez prendre indirectement pied sur les marchés émergents. Avec JinkoSolar et Telefônica Brasil, vous y êtes à 100 %.
Ces actions ne s’adressent qu’aux détenteurs d’un portefeuille diversifié.

 

Et de fonds ?

Les fonds spécialisés sont la méthode la plus aisée.
Evitez les fonds universels (Candriam Equities L Emerging Markets, KBC Equity New Markets, State Street Global Emerging). Ils investissent trop sur certains marchés que nous ne trouvons pas suffisamment intéressants.
Parmi les fonds régionaux, les écarts de prestations entre régions peuvent être fort importants. Pour l’heure, choisissez l’Asie (par exemple Fidelity Asean A et JPMorgan ASEAN Equity qui investissent en Indonésie, en Malaisie et à Singapour).
Enfin, nos préférés sont les fonds de pays. Les différences de prestations sont aussi fort importantes d’un pays à l’autre. Nous avons une préférence pour les fonds d’actions chinoises, indonésiennes et sud-africaines, voire brésiliennes et polonaises pour les profils très dynamiques. Pour faire le tri, utilisez notre sélecteur


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