Analyse
La Turquie est en état d’urgence ! il y a un an - mardi 26 juillet 2016

Comment l’investisseur doit-il réagir ?

Restez à l’écart de ce pays très risqué.
Dans les conditions actuelles du pays, le rendement des obligations de l’Etat turc à 10 ans (9,9 %) nous semble largement insuffisant.
Et les rendements attendus pour la Bourse d’Istambul sont comparables ou inférieurs à ceux que nous prévoyons pour la plupart des pays émergents et même pour certains pays industrialisés
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De la croissance mais trop des problèmes

A priori, la conjoncture turque est prometteuse. De 2013 à 2015, sa croissance annuelle moyenne a été de 3,7 %. Et si 2016 s’annonce moins bien, le potentiel y reste élevé : le marché du travail se porte mieux, la démographie est très favorable, le citoyen turc consomme et le pays bénéficie d’un accès privilégié aux marchés européens.

 

En 2015, la croissance a été tirée par la demande des ménages (+4,5 %), les dépenses publiques (+6,7 %) et l’investissement (+3,6 %). Cela a été rendu possible par de belles hausses de salaires et un crédit abondant, à des taux très bas. Mais ces piliers sont menacés. La productivité a peu évolué (la main d’œuvre est abondante, mais manque de formation). La Turquie est un producteur à basse valeur ajoutée qui, avec la hausse des salaires, perd peu à peu en compétitivité. A l’avenir, il faudra soit freiner la hausse des salaires, soit accroître la productivité. Un choix peu évident. En attendant, le manque de compétitivité induit un net déficit de la balance commerciale. Quant au crédit abondant et bon marché, qui a stimulé les dépenses des ménages, il est aussi menacé. Le taux d’épargne turc étant très bas, Etat, banques et entreprises se financent surtout à l’étranger. Le pays est donc très exposé aux changements d’humeur des investisseurs étrangers et au risque lié à une hausse des taux américains ou européens. Et ce n’est pas tout. Pour encore bénéficier de taux très bas, le pays devrait rassurer les investisseurs et, si possible, contrôler l’inflation. Mais ce n’est pas le cas. La stabilité politique vient encore d’être ébranlée, la mainmise d’Ankara sur l’économie inquiète et l’état d’urgence est peu rassurant. La banque centrale turque n’étant pas indépendante, l’inflation dérape. Suite aux récents événements, la banque centrale a choisi de baisser ses taux directeurs, ce qui affaiblit la livre, alors que l’inflation est déjà à 7,6 %. Un chiffre inquiétant, car les prix de l’énergie sont très bas. Si ceux-ci étaient plus élevés, il y a fort à parier que le taux d’inflation serait à deux chiffres.

 

En plus, parmi les 10 plus grandes capitalisations de la Bourse turque, la moitié sont des banques. Or, depuis 2011, les banques turques ont presque triplé leur bilan (flambée du crédit). Et ensemble, le total de leurs emprunts à l’étranger atteint plus de 100 milliards de dollars. Ce n’est donc pas une surprise si le rating de 17 banques du pays vient d’être réduit par Moody’s. Une mauvaise nouvelle pour la Bourse d’Istanbul.

 

Le risque lié à la Bourse turque est très élevé et pourrait s’aggraver encore en cas de crise économique ou de désaffection des étrangers pour les pays émergents, dont la Turquie.

 

Bourse trop volatile

La Turquie n’est pas le seul pays émergent souffrant de lourdes faiblesses. Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud ont aussi des soucis. Mais, parmi les Bourses que nous suivons, la turque est la plus volatile. Depuis la tentative de coup d’Etat, son indice phare a chuté de 8 % (jusqu’à son niveau d’un mois plus tôt). Pour justifier un placement sur un tel marché, il faudrait des espoirs de rendement hors-pair. Mais ce n’est pas le cas.

 

Actions que nous suivons exposées à la Turquie

Axa est le troisième assureur du pays. Le développement de la classe moyenne ces dernières années y a fait grimper la demande (épargne et assurance).
Renault a dans le pays une chaîne d’assemblage dont 1/3 de la production est destinée à la Turquie, laquelle compte pour ±5 % de ses ventes totales. Sa part de marché y est de 22 %, comme pour Volkswagen (22 %) et devant Peugeot (7 %) et FCA (6 %). En 2015, les ventes turques de Renault ont gagné 22 % (ces récentes années, le marché auto du pays a plus que doublé).
ArcelorMittal dispose en Turquie d’une unité de transformation d’acier plat et y réalise 3 % de ses revenus.
Vodafone est le deuxième opérateur télécom mobile en Turquie mais il n’en retire que 4,4 % de son résultat opérationnel.
Metro exploite en Turquie 29 Cash&Carry et 45 Media Markt, mais cela ne constitue que quelques pourcents de son chiffre d’affaires total.
Deceuninck est très exposé au marché turc (un peu plus de 25 % du bénéfice opérationnel) et souffrira de la baisse de la livre. Mais, alors que cela fait un moment que le marché turc est volatil, Deceuninck parvient à y croître et à gagner des parts de marché, grâce à son solide réseau commercial issu de l’acquisition de Pimas.

 

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