Analyse
L’Afrique du Sud prend des risques il y a un an - mercredi 7 septembre 2016

Les craintes d’un départ du ministre des Finances Gordhan ont causé des turbulences sur les marchés ces derniers jours. Faut-il paniquer ?

Le potentiel de l’Afrique du Sud reste immense et le pays dispose d’institutions solides, capables de le remettre sur le droit chemin. Des turbulences sont à prévoir, certes, mais l’Afrique du Sud, et en particulier le marché d’actions de Johannesburg, restent intéressants. Si vous êtes prêt à parier sur le long terme et souhaitez vous exposer au continent africain où sont implantées bon nombre de multinationales sud-africaines, capables de dégager de beaux rendements, ce marché est pour vous.
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Un président qui inquiète les marchés

On le sait, le président sud-africain Jacob Zuma ne rassure pas les marchés. Fin 2015, il avait soudainement éjecté son ministre des Finances pour le remplacer par un autre qui, à peine trois jours plus tard, fut lui-même remplacé par Pravin Gordhan.

 

La méforme de l’économie sud-africaine est cependant surtout due au recul généralisé des matières premières. Le rand sud-africain s’est retrouvé sous pression, ce qui s’est traduit par une inflation très élevée dans le pays : plus de 6 % en moyenne au 1er semestre.

 

Face à cette inflation supérieure à l’objectif (entre 3 % et 6 %), la banque centrale n’a eu d’autre choix que de poursuivre ses hausses de taux. Depuis début 2014, les taux directeurs ont été relevés à six reprises et portés à 7 %. Ce renchérissement du crédit pèse sur la consommation et l’investissement, et, vu les déboires des matières premières, la croissance ne décolle pas.

 

A moins de 1,5 % tant en 2014 qu’en 2015, le pays était en contraction au 1er trimestre et pourrait bien être en récession au deuxième. Sur l’ensemble de 2016, le PIB peinera à progresser de plus de 0,5 %.

 

Gordhan en défenseur de l’orthodoxie

Face à la méforme de l’économie, il est vital pour l’Afrique du Sud de rassurer les investisseurs, notamment en assainissant les comptes publics, qui se sont fort dégradés ces dernières années.

 

Gordhan a donc été l’homme de la situation. Prônant le contrôle des dépenses publiques, l’augmentation de la charge fiscale et le retour de la dette publique autour de 50 % du PIB à l’horizon 2019, il a permis à la dette sud-africaine de conserver son statut d’investissement, et de ne pas passer dans la catégorie des obligations pourries (junk bonds).

 

Les craintes d’un départ de Gordhan avec, à la clef, un dérapage de la politique fiscale, expliquent les turbulences des derniers jours.

 

L’incertitude actuelle arrive à un mauvais moment

En effet, la Réserve fédérale américaine a clairement marqué sa volonté d’augmenter les taux directeurs à une, voire deux reprises en 2016. Traditionnellement, le renchérissement des taux aux Etats-Unis se traduit par le rapatriement de capitaux vers la plus grande économie mondiale. Et les marchés les plus touchés par la ruée vers la sortie des capitaux étrangers sont les marchés émergents, et en particulier les émergents perçus comme les plus affaiblis. Sans réelle visibilité sur son avenir, l’Afrique du Sud se place inévitablement en ligne de mire.

 

Il ne faut pas sous-estimer les atouts du pays

– le pays est riche en matières premières
– il dispose d’un secteur financier solide, prêt à épauler l’investissement si le climat des affaires s’y prête.
– à cela s’ajoute le bon fonctionnement des institutions (notamment un équilibre des pouvoirs, garant du bon fonctionnement de l’Etat).
– les sociétés sud-africaines sont capables de se positionner ailleurs en Afrique. Bien placées sur des marchés souvent négligés par d’autres, elles sont en mesure d’offrir des rendements espérés très élevés, en ligne avec ceux des marchés les plus dynamiques de la planète.
– la volatilité de la Bourse de Johannesburg reste inférieure à celle de la plupart des grands pays émergents

 

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