Analyse
Un nouveau départ pour le Brésil ? il y a un an - mardi 13 septembre 2016

Le départ de la présidente Dilma Rousseff a été salué par les marchés. Le pays réussira-t-il à s'extirper de la crise et vaut-il la peine d'y investir ?

Le Brésil ne tournera pas la page de la crise du jour au lendemain, mais le pire est passé. Dans le top 10 des économies mondiales à haut potentiel, le pays reste incontournable. Dans une optique de long terme et si votre profil est dynamique, vous pouvez consacrer 5 % de vos avoirs aux sicav d’actions BNY Mellon Brazil Equity A et JPM Brazil A EUR.
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La fin d’une ère

Le départ de Dilma Rousseff clôture 14 années de pouvoir présidentiel pour le Parti des travailleurs. Depuis 2002 et la victoire électorale de Lula, ce parti a profondément marqué de son empreinte la société brésilienne en multipliant les programmes sociaux. Grâce à eux, des millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté. Par contre, peu a été fait pour résoudre les problèmes d’infrastructures, simplifier une administration kafkaïenne et combattre une corruption endémique.

Si Lula a profité lors de ses deux mandats présidentiels d’une conjoncture internationale favorable pour financer les programmes sociaux et masquer les manquements économiques du pays, Rousseff n’a pas eu cette chance. La fin du boom des matières premières, dont le Brésil est gros producteur, et la crise financière mondiale l’ont placée devant des choix difficiles, qu’elle n’a pas su gérer. Elle a poursuivi la politique de Lula, alors que la conjoncture n’offrait plus les moyens budgétaires pour de nouveaux programmes sociaux, et que l’urgence se situait désormais sur le terrain économique.

Une erreur fatale

Relâcher la discipline budgétaire a été la plus grande erreur de Dilma Rousseff. C’est une erreur politique dont ont profité ses adversaires pour l’évincer de la présidence. Elle n’a en effet pas été destituée pour une affaire de corruption, mais bien pour avoir enfreint les règles budgétaires, maquillé les comptes publics, dissimulé l'ampleur du déficit et ainsi favoriser sa réélection en 2014. C’est aussi et surtout une erreur économique qui a précipité le Brésil dans sa pire crise depuis les années 30.

En reniant année après année ses engagements budgétaires, Rousseff a ruiné sa crédibilité, réveillé le spectre des crises des décennies précédentes et engagé le Brésil dans un cercle vicieux. La méfiance des investisseurs a fait baisser le real sur le marché des changes, renchérissant le prix des importations et attisant les pressions inflationnistes. Pour contenir l’inflation, la banque centrale a augmenté le loyer de l’argent, pénalisant la consommation des ménages, l’investissement des entreprises et l’ensemble de l’activité économique. La hausse des taux et le ralentissement économique ont accentué les problèmes budgétaires, la méfiance des investisseurs et la chute du real.

Restaurer la confiance

C’est le vice-président, Michel Temer, qui a repris le poste laissé vacant, de façon temporaire depuis mai en attendant l’issue de la procédure de destitution, et aujourd’hui de façon définitive jusqu’au prochain scrutin présidentiel fin 2018.

Pour regagner la confiance des investisseurs et des travailleurs, il vise prioritairement la reprise en main des finances publiques. Il a ainsi décidé de limiter la croissance des dépenses au taux d’inflation, de réformer le généreux système de retraite et de restreindre les coûteuses et peu transparentes aides à l’investissement des entreprises. Des mesures très bien accueillies par les investisseurs.

Ces derniers mois, le real a rebondi sur le marché des changes, et le taux d’intérêt sur la dette publique à long terme est passé de 16 à 12 %. Ces deux évolutions sont très favorables. L’appréciation de la devise limite l’inflation importée, tandis que la baisse des taux d’intérêt réduit la charge de la dette.

Relancer la consommation

Après la confiance des investisseurs, Michel Temer doit maintenant regagner celle des Brésiliens pour relancer la consommation. Impopulaire, pas irréprochable dans le scandale de corruption lié au géant pétrolier public Petrobas et à la tête d’un gouvernement fragile, le nouveau président n’aura pas la tâche facile.

Pour rassurer les plus pauvres, il a déjà promis de ne pas toucher aux programmes sociaux. Le recul de l’inflation soulagera par ailleurs les ménages. A terme, la banque centrale pourrait baisser son taux directeur et donner une bouffée d’oxygène aux ménages endettés. Enfin, alors que certains signes augurent d’une légère reprise de l’activité, e.a. dans l’industrie, le taux de chômage brésilien a sans doute atteint son sommet.

 

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