Analyse
La Turquie retombe dans la catégorie des obligations pourries il y a un an - mardi 4 octobre 2016

Les risques associés à un placement en Turquie sont devenus trop importants.

Certes, l’économie turque reste assez dynamique et son endettement public réduit.
Mais évitez l’obligataire turc.
Car si les rendements en livre turque sont a priori élevés, il faut prendre en compte l’inflation, peu contrôlée par la banque centrale. De plus, la livre est chère et risque tôt ou tard de dégringoler.
Restez aussi à l’écart des actions turques.
Le marché d’Istanbul compte parmi les plus volatils de ceux que nous suivons, mais ne récompense pas la prise de risque (ses rendements espérés ne dépassent pas ceux de Londres ou Stockholm).

 

Le financement étranger, vital pour la Turquie, est sérieusement menacé

La baisse par Moody’s de la note turque et de celle de 14 banques du pays n’est pas sans conséquence pour la dette turque. Pour pouvoir la détenir, bon nombre de fonds de placement dépendent du fait qu’au moins deux des trois grandes agences de notation doivent placer ces obligations dans la catégorie des actifs d’investissement. Or, depuis la décision de Moody’s, seule Fitch garde la dette turque au dernier cran des obligations d’investissement et là encore, cette note est assortie d’une perspective baissière et sera revue début 2017. Cette décision diminue donc l’appétit des étrangers pour la dette turque et se traduira par des conditions de financement moins intéressantes pour le pays. Or, le financement étranger est d’une importance capitale pour la Turquie, dont le modèle de croissance dépend fort de la consommation. Et si durant la première décennie d’Erdogan au pouvoir, les salaires réels ont fort progressé, dopant le pouvoir d’achat des ménages, la croissance des salaires est actuellement bien moindre. Pour continuer à augmenter leurs dépenses, les ménages doivent bénéficier d’un crédit abondant et bon marché. Or, le taux d’épargne en Turquie étant assez réduit, c’est en grande partie à l’étranger que les banques turques se financent. Et comme l’inflation est toujours très élevée et que les taux d’intérêt turcs le sont tout autant, c’est souvent en devise étrangère qu’ils le font. Cela laisse le secteur financier turc, et le pays dans son ensemble, très exposés aux humeurs des investisseurs, à toute éventuelle chute de la livre turque et/ou hausse des taux à l’étranger. A tout cela s’ajoute une balance courante fort déficitaire (près de 6 % du PIB en moyenne sur la dernière décennie), signe de l’appétit turc pour les produits étrangers et du manque de compétitivité des produits locaux sur les marchés d’exportation. Au total, le modèle de croissance turc ressemble furieusement à celui en vigueur en Grèce, en Espagne ou au Portugal avant la crise de la dette souveraine. Des ménages financés in fine par l’étranger se ruent sur des biens et services, eux aussi étrangers. La Turquie se trouve sur une voie périlleuse.

 

L’image turque se détériore

S’ils existent depuis plusieurs années, ces déséquilibres inquiètent davantage aujourd’hui. D’abord parce que suite à la tentative de coup d’Etat de juillet, l’image de la Turquie à l’extérieur s’est ternie. Au niveau national, la conjoncture est devenue très tendue : la mise à l’écart de dizaines de milliers de personnes soupçonnées d’être liées à la tentative de coup d’Etat, la suppression de libertés individuelles et de la presse ont terni l’image du pays et l’affaiblissement des institutions inquiète l’opinion publique et les responsables politiques occidentaux. A cela s’ajoute la flambée du terrorisme qui a mené les vacanciers à s’orienter vers d’autres destinations. Sur les sept premiers mois de l’année, le nombre de touristes a reculé de 30 % sur un an. De quoi affaiblir le secteur du tourisme (±12 % du PIB en 2015), qui constitue une source importante de devises étrangères. A cela s’ajoute une politique monétaire qui n’est pas de nature à rassurer. Malgré une inflation à 8 % en août (contre un objectif de 5 %), la banque centrale turque laisse les taux directeurs inchangés depuis février 2015. Le contrôle de l’inflation n’est donc sûrement pas la priorité des autorités monétaires. Contrôlées de près par le pouvoir politique, les autorités monétaires donnent comme lui priorité absolue à la croissance, et sont du coup de moins en moins crédibles aux yeux des investisseurs étrangers. Enfin, la conjoncture internationale est aussi devenue moins favorable pour la Turquie. Pour l’instant, elle bénéficie comme d’autres pays émergents d’une assez faible aversion au risque des investisseurs et de taux d’intérêt toujours très bas. Mais la nervosité augmente, d’autant plus que la perspective d’une hausse des taux directeurs aux Etats-Unis ne rassure pas.

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