Analyse
Mexique : première victime de l’élection de Donald Trump il y a 11 mois - mercredi 30 novembre 2016
Fuite des investisseurs, chute du peso, ralentissement économique, tous les ingrédients d’une crise sont réunis.
Mexique : première victime de l'élection de Trump

Mexique : première victime de l'élection de Trump

Même si le programme de Trump n’a aucune chance d’être entièrement appliqué, l’incertitude qu’il génère déstabilise l’économie du Mexique. Certes, le pays ne souffre plus des déséquilibres qui ont débouché sur les crises des années 80 et 90 et il a des atouts. Une fois que ses relations avec les USA seront clarifiées, il pourrait offrir des opportunités d’investissement. Mais pour l’heure, laissez plutôt passer l’orage.
L’incertitude et le risque sont trop élevés. Pour vos investissements, délaissez provisoirement le Mexique et consultez plutôt notre stratégie.

Le pays a un lourd passé

Dévaluations, hyperinflation ou défaut de paiement ont souvent fait partie du paysage mexicain. En 1982, l’Etat était asphyxié par une dette en plein boom et a suspendu le paiement de cette dette, provoquant ainsi une crise de l’ensemble des économies émergentes. Le peso a été plusieurs fois dévalué, le pays a connu l’hyperinflation et sombré dans le marasme économique pendant une décennie. Le PIB par habitant n’a retrouvé son niveau de 1981 que début 1994. Mais en 1994, une nouvelle crise a sévi. Car si la stabilisation économique (permise par une restructuration de la dette en 1989) et l’ancrage du peso au dollar, ont attiré les capitaux étrangers et provoqué un boom de l’investissement et de la consommation, cela a aussi induit une envolée de la dette et du déficit extérieur, de sorte que le doute s’est installé sur la santé financière du pays, provoquant ainsi une nouvelle crise.

L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de 1994 a sauvé le pays

En 1996 et 1997, le PIB a rebondi de 5,1 et 6,8 %. Avec sa main-d’œuvre très bon marché, le Mexique a attiré les entreprises des USA et est devenu la base arrière de l’industrie américaine. La moitié des investissements étrangers au Mexique sont américains. En 20 ans, le Mexique a multiplié par cinq ses exportations vers les USA.
En outre, sur les 13 millions de touristes qui arrivent chaque année au Mexique par les airs, 7 millions sont américains. Les américains constituent aussi l’essentiel des 13 millions de touristes qui entrent au Mexique par voie terrestre. Enfin, les 12 millions de Mexicains résidant officiellement aux USA, ainsi que les résidents illégaux, envoient chaque année 25 milliards de dollars au Mexique. 

Les USA représentent 96 % des transferts d’argent issus de l’étranger, 80 % des exportations, plus de 65 % des touristes et 50 % des investisseurs.

Trump veut dénoncer l’ALENA et rétablir les droits de douane

Certes, depuis sa victoire, Trump a adouci son discours. Et un retour des barrières commerciales n’a aucune chance d’être validé par le Congrès. Mais pour le Mexique, le mal est fait. Le peso a perdu 12 % face au dollar depuis l’élection et 25 % sur douze mois. Pour contrer l’inflation et soutenir le peso, la banque centrale a dû relever son taux directeur (5,25 % le 17/11 contre 3 % un an plus tôt), alors que le ralentissement conjoncturel aurait plutôt besoin d’une baisse. La croissance (2 % au 2e trimestre) est au plus bas depuis le printemps 2014. Et les perspectives des prochains trimestres sont mauvaises. L’inflation et la hausse des taux freinent la consommation, l’incertitude pénalise les investissements et les tensions financières imposent l’austérité budgétaire de l’Etat.

 

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