Analyse
Depuis la victoire de Trump, le dollar s’est fort apprécié il y a 7 mois - jeudi 5 janvier 2017
Le 20 décembre, l’euro est tombé à son plancher depuis 14 ans !
Depuis la victoire de Trump, le dollar s’est fort apprécié

Depuis la victoire de Trump, le dollar s’est fort apprécié

Si tout plaide pour une poursuite de l’appréciation du dollar, il faut garder à l’esprit que le billet vert est déjà surévalué de 14% par rapport à l’euro. Les taux américains ne sont pas suffisants pour contrebalancer cette surévaluation appelée à disparaître.
N’achetez pas les obligations en dollar.
Par contre, le potentiel de la Bourse américaine compense le risque de change. Continuez d’y investir 10% de votre portefeuille via les fonds DPAM Capital B Equities US Dividend, iShares Core S&P 500 et LM CB US Large Cap Growth.

L’appréciation du billet vert s’explique principalement par l’évolution divergente des politiques monétaires et des rendements obligataires

Après des mois de tergiversations, la Réserve fédérale américaine a enfin relevé son taux directeur en décembre 2016 et annoncé plusieurs hausses des taux en 2017. Cette orientation monétaire tranche avec les politiques menées dans les autres pays développés, où aucune hausse du loyer de l’argent n’est à l’ordre du jour.
Au contraire, la Banque centrale européenne a récemment étendu son programme d’assouplissement monétaire. Compris entre 0,50% et 0,75%, le taux directeur appliqué au dollar est plus élevé que celui des autres grandes devises. Le taux est en effet nul dans la zone euro et au Japon, à 0,25% au Royaume-Uni, et même négatif en Suisse et Suède. Cette différence au niveau des taux directeurs est aussi de mise pour les autres taux d’intérêt.
Sur le marché obligataire, la dette publique à 10 ans offre un rendement de 2,5% aux USA, contre 0,5 % en Belgique, 1,2% au Royaume-Uni, 0,15% en Allemagne, 0,05% au Japon et -0,2% en Suisse.

Afflux financiers aux USA

Si les fonds affluent aux Etats-Unis, c’est plus pour être investis dans les marchés boursiers, appelés à profiter de la nouvelle orientation que Donald Trump entend donner à la politique économique et fiscale du pays. Le futur président a annoncé une politique de relance, e.a. via des baisses d’impôts et un vaste programme d’investissements dans les infrastructures. Perçu comme pro-business, Trump veut ôter toutes les barrières qui entravent le développement économique. Globalement, ses projets sont de nature à renforcer l’activité économique des Etats-Unis, à soutenir les bénéfices des entreprises et donc à faire monter les Bourses américaines. Celles-ci pourraient en outre profiter du rapatriement des fonds logés à l’étranger par les sociétés américaines. Pour éviter d’être imposées aux Etats-Unis au taux dissuasif de 35%, les grandes multinationales laissent en effet leurs bénéfices à l’étranger. Depuis la dernière opération de rapatriement en 2005, elles auraient accumulé 3 000 milliards de dollars à l’étranger, dont 1 000 sont investis en actifs liquides et donc vite transférables. Si l’amnistie fiscale annoncée par Trump est un succès, ces milliards viendront irriguer l’économie et les marchés boursiers américains.

Menace pour l’économie mondiale ?

La brusque hausse du dollar menace les équilibres fragiles de certaines économies émergentes. C’est particulièrement le cas dans les pays qui accusent un déficit extérieur chronique et où les agents économiques sont fort endettés en dollar. En 2017, la sphère émergente devra rembourser l’équivalent de 300 milliards USD en devises étrangères. Avec l’appréciation du dollar, ces échéances seront plus difficiles à honorer. Et le refinancement sera plus onéreux avec la hausse des taux d’intérêt. Les politiques monétaires expansionnistes des dernières années rendaient le financement extrêmement facile pour tous, y compris pour des pays ou des agents économiques qui n’auraient en principe pas dû y avoir accès. Aujourd’hui, la fête est finie.
Pour le moment, l’appréciation du dollar n’inquiète pas les pays développés, qui y voient au contraire une évolution favorable renforçant leur compétitivité. Mais à terme, le dollar fort attisera les pressions inflationnistes, qui pourraient augmenter plus vite que prévu. La hausse des taux américains risque de contaminer l’ensemble du marché obligataire. Ce n’est pas une bonne chose pour les économies fort endettées comme la zone euro.

L’inconnue de 2017

Tout semble réuni pour que l’appréciation du dollar se poursuive sur le marché des changes. C’est particulièrement le cas face à la monnaie unique, fragilisée par les difficultés économiques, les inconnues politiques et les tensions financières qui sévissent dans la zone euro. Selon de nombreux analystes, ce n’est qu’une question de temps pour qu’un dollar égale un euro. Mais ne tirons pas de conclusions hâtives. Tombé de 1,40 USD en avril 2014 à moins de 1,06 USD en mars 2015, l’euro était aussi annoncé bientôt à parité avec le dollar il y a 18 mois. Ce ne fut pas le cas. En fait, il est difficile de prévoir l’évolution du billet vert ces douze prochains mois.

Partagez cet article