Analyse
La zone euro voit le bout du tunnel il y a 8 mois - mercredi 19 avril 2017
Malgré le risque politique, le moment est venu d’investir à nouveau dans les actions de la zone.

Nous vous l’annoncions il y a peu en faisant le bilan de nos portefeuilles pour le mois de mars : nous investissons à nouveau en actions de la zone euro.
Nous vous expliquons à présent plus longuement pourquoi.

Les séquelles de la crise de 2009 ne sont pas toutes effacées mais la zone euro est repartie sur de bonnes bases

Ces derniers mois, en dehors de la Grèce qui reste engluée dans la crise, la reprise économique s’est renforcée sur le Vieux Continent. Ce n’est plus seulement l’Allemagne, l’Espagne ou encore les Pays-Bas qui tirent vers le haut la croissance européenne, mais la plupart des pays de la zone. Et les derniers indicateurs annoncent une poursuite de cette reprise au 1er trimestre, avec une croissance du PIB attendue aux alentours de 2% pour l’ensemble de la zone. Cette reprise s’explique par le réveil de la demande domestique qui dynamise l’activité économique partout, alors que le précédent moteur de la reprise, les exportations, profitait à un nombre restreint de pays, Allemagne en tête. C’est avant tout l’amélioration de la situation sur le marché du travail qui a relancé la demande domestique. L’inversion de la courbe du taux de chômage a été très tardive, n’intervenant que cinq ans après le début de la crise. Mais aujourd’hui, à 9,5% de la population active, contre plus de 12% au pic de 2013, le chômage a enfin nettement reculé. Au cours des quatre dernières années, 4 millions de personnes ont quitté les rangs des demandeurs d’emploi. Automatiquement, ce sont autant de consommateurs qui retrouvent un pouvoir d’achat plus élevé et la demande des ménages augmente. Après avoir gagné 8,4% depuis le creux de 2012, le volume des ventes au détail est ainsi aujourd’hui plus élevé que son niveau d’avant crise.

Essentielle à la relance de la consommation, la baisse du chômage a permis le retour de la confiance

Dans la zone euro, le sentiment économique est au plus haut depuis début 2011. Et cette hausse du moral change beaucoup de choses, notamment au niveau de l’efficacité de la politique monétaire. En février, les prêts bancaires aux ménages ont enregistré leur plus forte croissance annuelle depuis décembre 2010. Longtemps inefficace à cause de la frilosité des ménages, la politique du taux zéro de la Banque centrale européenne (BCE) a enfin relancé le crédit aux particuliers. C’est vrai également du côté des entreprises. La hausse de la demande domestique les incite à profiter des taux bas pour investir. Tout est donc réuni pour qu’un cercle vertueux s’enclenche. D’autant que la politique monétaire restera accommodante. Malgré certaines dissidences internes qui redoutent des dérives, notamment la formation d’une bulle immobilière, la BCE poursuivra sa politique actuelle et les taux d’intérêt resteront à des minimums historiques. Grâce aux efforts des dernières années, l’étau budgétaire s’est aussi quelque peu desserré. La dette publique est stabilisée pour l’ensemble de la zone euro à 90% du PIB et le déficit est revenu à moins de 2%. La plupart des gouvernements ne doivent plus prendre des mesures pénalisant l’activité économique. Et certains ont retrouvé de réelles marges de manœuvre pour lancer de nouvelles politiques favorables à la croissance.

Alors que la plupart des voyants économiques sont au vert, seul le calendrier politique obscurcit le ciel

Après les victoires surprises du Brexit et de Donald Trump, les investisseurs regardent d’un autre œil le calendrier électoral. Et celui-ci est chargé et potentiellement à haut risque cette année dans la zone euro. Après les élections législatives du 15 mars aux Pays-Bas, où le scénario catastrophe d’une victoire du parti xénophobe et anti-européen PVV n’a pas eu lieu, les marchés ont aujourd’hui les yeux tournés vers le scrutin présidentiel français. Ils redoutent, au 1er tour du 23 avril, la victoire des extrêmes Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Cela se traduit par certaines tensions à la Bourse de Paris et surtout par une hausse des taux d’intérêt de la dette française. Nous pensons toutefois que les craintes des investisseurs sont excessives. Après avoir été surpris en 2016 par le référendum au Royaume-Uni et l’élection présidentielle aux USA, ils ont tendance cette année à exagérer le risque politique.

 

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