Analyse
Pourquoi l’inflation reste-t-elle globalement contenue ? il y a 4 mois - mercredi 13 décembre 2017
Le retour de l’inflation était attendu cette année. Mais malgré une conjoncture favorable et le plein emploi dans certains pays, la pression reste contenue.

Quoi qu’il en soit, cela facilite le rôle des banques centrales, qui gardent leur latitude pour normaliser leur politique monétaire. Il ne faut donc pas s’attendre à une forte hausse des taux en 2018. Et il faudra du temps pour que les obligations redeviennent intéressantes. Restez-en toujours à l’écart. Privilégiez les Bourses, qui bénéficieront encore d’un environnement monétaire et conjoncturel favorable. Notre portefeuille équilibré fait d’ailleurs la part belle aux actions (65%).

Le pétrole, l’alibi presque parfait

L’évolution des prix pétroliers est le premier élément mis en avant pour expliquer la faiblesse de l’inflation. Déprimé depuis fin 2014, le cours du brut devait rebondir cette année, parallèlement à l’accélération de la croissance mondiale et au réveil de la demande. Mais ce n’est pas le cas. Le prix du baril ne s’éloigne pas de la barre des 60 USD, contre plus de 100 USD au 1er semestre 2014. En cause, la nouvelle réalité pétrolière mondiale, en particulier l’essor des hydrocarbures de schiste aux USA, qui concurrencent le pétrole classique. Résultat, malgré la réduction de la production de l’OPEP et de la Russie, mise en place en 2016 et prolongée jusque fin 2018, le prix du pétrole reste relativement stable. Mais la faiblesse des pressions inflationnistes ne s’explique pas uniquement par les prix pétroliers. Et hors énergie, l’inflation reste également faible.

Des salaires à la traîne

La hausse des salaires est un facteur qui aurait aussi dû attiser l’inflation en 2017. Mais ces attentes n’ont pas non plus été rencontrées. Même dans les pays où le plein emploi est de retour (USA, Japon, Allemagne), la hausse des salaires est contenue par plusieurs facteurs. Ainsi, le plein emploi ne signifie pas automatiquement pénurie de main-d’œuvre. Après avoir quitté le marché du travail pendant la crise, des Américains y reviennent aujourd’hui, vu les conditions favorables. Au Japon, la pénurie de main-d’œuvre domestique ne débouche pas davantage sur une forte hausse des salaires vu l’absence de mobilisation des travailleurs. Cette passivité se retrouve dans d’autres pays. La crise a affaibli le pouvoir des syndicats et changé les aspirations des travailleurs vers davantage de sécurité d’emploi plutôt qu’une hausse des salaires. Et c’est ainsi qu’en Allemagne, les demandes de fortes revalorisations se limitent à quelques secteurs, les plus dynamiques, où les syndicats sont puissants, et qui résistent à la concurrence internationale. L’essor du commerce mondial a en effet accentué la concurrence entre les entreprises, les produits et les travailleurs. Et la sphère émergente n’a pas fini de freiner la hausse des prix et des salaires à l’échelle mondiale.

Mutation de l’économie

Les derniers éléments qui freinent la hausse des prix sont liés à la numérisation de l’économie. Les prix des produits technologiques – de plus en plus consommés – sont en baisse continue. Ils ont donc un effet modérateur direct sur l’inflation. Mais indirectement, la révolution numérique freine aussi les pressions inflationnistes, notamment en accentuant la concurrence. Des sociétés comme Uber, Airbnb ou Amazon forcent les acteurs historiques du transport, de l’hébergement et du commerce de détail à contenir leurs prix de vente. Les emplois créés par les acteurs de l’économie numérique sont pour la plupart faiblement rémunérés, renforçant la modération salariale globale. Cette modération est en outre accentuée par la menace d’une automatisation accrue. Les travailleurs des pays développés ne sont pas seulement en concurrence avec la main-d’œuvre émergente, mais aussi avec les robots.
Enfin, la numérisation de l’économie favorise les gains de productivité (= produire la même chose moins cher) et freine la hausse des prix.

Pas morte, seulement endormie

La numérisation de l’économie continuera d’atténuer les pressions inflationnistes dans les prochaines années. Par contre, la modération salariale et des prix énergétiques devrait progressivement s’atténuer. Au fur et à mesure que la situation continuera de s’améliorer sur le marché du travail, les salaires sont appelés à augmenter, ne fût-ce que pour les profils en pénurie. Le déséquilibre sur le marché pétrolier finira aussi par se résorber, l’offre progressant moins vite que la demande. Mais il faudra du temps pour que les salaires et le cours du brut fassent déraper les prix, et tout indique que l’inflation restera contenue en 2018. 

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