Analyse
Moody’s réduit son appréciation de la dette turque il y a 4 mois - vendredi 9 mars 2018
La livre turque touche ainsi son plancher (4,7 TRY pour 1 EUR) et le taux à 10 ans pour l’obligataire d’Etat turc approche les 12%.

Quoi qu’il en soit, nous restons à l’écart de toute forme de placement dans ce pays dans nos portefeuilles.

La décision de Moody’s n’a rien de surprenant, compte tenu des risques liés à ce marché. Il y a d’abord la mainmise du Président Erdogan sur les institutions. La Banque centrale turque n’est pas indépendante et pas libre d’adopter les politiques monétaires les mieux adaptées à la conjoncture. Erdogan estime en effet que si l’inflation turque est élevée, c’est parce que les taux le sont aussi (point de vue contraire à la théorie économique) et prise dès lors sa banque centrale de ne pas augmenter ses taux. Et puisque la lire turque s’affaiblit, le prix des produits importés augmente et l’inflation reste élevée (10,26% en février).

En outre, le déficit de la balance courante est persistant, signe que la compétitivité du pays reste à la traîne.

Enfin, il y a l’endettement des entreprises : afin d’éviter les taux élevés en TRY, les entreprises turques ont été friandes de crédits en devises étrangères (USD, EUR), tout en restant fortement ancrées sur leur marchés intérieur pour leur chiffre d’affaires. Elles sont donc fortement exposées à la faiblesse de leur devise.

Le taux d’épargne du pays étant par ailleurs très faible, la Turquie est très dépendante des capitaux étrangers et donc très susceptible aux chocs extérieurs.

Si la livre turque n’est pas chère, le différentiel d’inflation entre la Turquie et la zone euro est tel que la poursuite de son affaiblissement nous semble inévitable. Et la Bourse d’Istambul étant très volatile, nous préférons rester à l’écart.

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