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L’Inde au bord de la panne sèche il y a 9 mois - mercredi 11 janvier 2017
L’été dernier, l’Inde avait le vent en poupe. Quelques mois plus tard, l’activité est à la peine.
L’Inde au bord de la panne sèche

L’Inde au bord de la panne sèche

Après le premier semestre et une croissance de plus de 7%, le Premier ministre indien Modi est enfin parvenu à imposer une TVA unique. Mais quelques mois plus tard, sa décision de démonétiser son économie est un échec. La Bourse de Mumbai a perdu 8% depuis ses sommets de septembre. La roupie, largement surévaluée face à l’euro et au dollar, est très vulnérable en cas de retour des craintes sur les pays émergents, la visibilité est réduite et la capacité des autorités à mettre en œuvre les réformes est loin d’être acquise.
Restez à l’écart.

Conjoncture favorable

A son arrivée au pouvoir en 2014, Modi faisait presque l’unanimité. Perçu comme principal responsable de l’essor économique de l’Etat du Gujarat, il mettait en avant sa capacité à réformer l’économie. Les marchés indiens ont donc largement profité de son élection, d’autant qu’il arrivait au pouvoir à un moment où la croissance était au rendez-vous et où les prix des matières premières reculaient. Une aubaine pour l’Inde qui, à l’inverse de bon nombre de pays émergents, est plutôt pauvre en ressources naturelles. Le recul des prix des hydrocarbures et le soutien par l’Inde de sa devise, la roupie, ont alors permis un meilleur contrôle de l’inflation. A plus de 12% fin 2013, celle-ci n’est plus qu’à 3,6% et la banque centrale en a profité pour baisser ses taux, de 8% lors de l’élection à 6,25% aujourd’hui. Dans pareil contexte, les ménages avaient le moral, la croissance est restée forte et les marchés ont applaudi des deux mains l’adoption d’une TVA unique au lieu de la multitude de taxes locales empêchant de nombreux échanges au sein même du pays.

Démonétisation : du rêve au cauchemar

La réforme suivante a été moins réussie. Pour lutter contre la corruption et l’évasion fiscale et obliger les Indiens à réduire les paiements en liquide (90% des échanges), Modi a annoncé en novembre la démonétisation soudaine de l’économie. En clair, le retrait des billets de 500 et 1 000 roupies (86% de l’argent liquide en circulation) au 30 décembre 2016. L’impact ne s’est pas fait attendre. Les banques ne disposaient pas des moyens nécessaires pour remplacer ces billets et les distributeurs n’étaient pas configurés pour les nouvelles coupures. Si les Indiens étaient libres de déposer leur argent sur leur compte, les retraits ont été limités et l’économie s’est vite retrouvée à court de liquidités, provoquant une chute soudaine des échanges et de l’activité.

Un problème parmi tant d’autres

On le sait, des secteurs comme les ventes de détail ou l’agriculture sont à la peine. Dans les zones rurales et parmi les plus pauvres, les Indiens sont nombreux à ne pas avoir de compte bancaire. Dès lors, même si Delhi est parvenue à faire accepter ces mesures en insistant sur la lutte contre la corruption et en évoquant une purification du système, les indicateurs commencent à faire état d’un impact négatif sur l’activité. Les chiffres pour l’industrie montrent une contraction en décembre, alors que le secteur des services accuse deux mois de forte contraction. Pour couronner le tout, le climat des affaires est au plus bas depuis 11 ans. Avec une consommation des ménages à la peine faute de liquidités, l’Inde doit donc espérer un soutien de la croissance grâce aux dépenses publiques et aux investissements, mais ni l’un ni l’autre ne semblent plausibles. Côté dépenses publiques, le déficit budgétaire reste une réalité (3,5% du PIB) et la dette publique (69% du PIB) figure parmi les plus élevées des pays émergents, ce qui laisse peu de marge. Quant aux investissements privés (surtout étrangers), ils restent difficiles dans un pays où même les réformes approuvées doivent encore être mises en œuvre, où les autorités refusent de signer de nouveaux accords de libre-échange et reviennent sur les existants…

Si l’Inde se remettra de la démonétisation, la conjoncture mondiale lui est devenue moins favorable. La hausse des taux américains rendra les pays émergents moins intéressants aux yeux des investisseurs étrangers et à plus de 55 USD le baril, le pétrole pourrait stimuler l’inflation. En outre, sans les investissements et le savoir-faire des entreprises étrangères, le potentiel du pays risque de rester un mirage. Les investisseurs en sont conscients.

 

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