Analyse
Alibaba entre en Bourse pour conquérir le monde il y a 3 ans - jeudi 11 septembre 2014

Le chinois Alibaba se prépare à faire ses premiers pas en Bourse de New York. Sauf accident, l’opération sera une des plus importantes de l’histoire de la finance.

Nous conseillons donc aux investisseurs ayant une stratégie d’investissement de bon père de famille et visant un rendement à moyen et long termes de rester à l’écart de cette action. L’action ne sera d’ailleurs pas intégrée à notre sélection. Nous vous expliquons pourquoi.
NE PAS ACHETER.

 

Qui est Alibaba ?

Créé en 1999, Alibaba est le n°1 chinois du commerce en ligne. Concrètement, son modèle d’activité consiste à mettre des acheteurs (surtout des particuliers) et des vendeurs (surtout des entreprises) en relation, en prélevant au passage une commission. Il n’a donc pas de stocks ni d’outils de production à gérer.

 

Alibaba tire 85 % de ses revenus du marché chinois où il est en situation de quasi-monopole. Contrairement à Facebook, il ne révolutionne pas son marché par une nouvelle technologie, mais mise sur le développement de la classe moyenne chinoise grâce à la hausse du pouvoir d’achat.

 

Sur l’exercice 2013/14, son chiffre d’affaires s’est établi à 8,46 milliards USD, pour un bénéfice net de 3,72 milliards, soit une hausse respective de 52 et 175 % par rapport à l’exercice précédent. Outre une demande en forte croissance, le groupe bénéficie de coûts extrêmement faibles.

 

Une stratégie agressive

Le potentiel du commerce en ligne en Chine est loin d’être épuisé (630 millions d’utilisateurs en 2013 et 850 attendus en 2015). Attirée par la taille de ce marché et des marges élevées, la concurrence s’organise donc peu à peu et Baidu, premier moteur de recherche en Chine, développe par exemple son offre.

 

En réponse, Alibaba se diversifie et entend accroître son internationalisation (Etats-Unis, Europe, pays émergents). Il se développe ainsi en multipliant les acquisitions dans les paiements en ligne, les réseaux sociaux, la messagerie mobile, la production de vidéos et même le football pour améliorer son image… Une manière pour le groupe de contrôler une grande partie de son écosystème, à savoir permettre à un client, où qu’il se trouve, de trouver un magasin vendant ce qu’il cherche, faciliter achat, paiement et livraison et s’assurer qu’il en parlera positivement sur les réseaux sociaux. Reste à voir sur le long terme si la direction sera à même de gérer cet ensemble un peu hétéroclite pour en tirer un maximum de synergies et d’économies d’échelle. Au vu des investissements que devra consentir Alibaba pour tenir la concurrence à distance et s’internationaliser, nous prévoyons une décélération du rythme de croissance du bénéfice ces prochaines années.

 

Valorisation élevée…

Si Alibaba devait entrer en Bourse autour de 66 USD (fourchette fixée à 60-66 USD), il serait valorisé à 18 fois le chiffre d’affaires, soit bien plus que Google (7 x), Amazon (2 x) et eBay (4 x). Facebook serait par contre mieux valorisé à 26 fois ses revenus. A 66 USD, l’action sera donc loin d’être bon marché, même en tenant compte d’une poursuite de la forte croissance de l’activité.

 

L’entrée en Bourse, qui devrait avoir lieu le 19 septembre, valoriserait Alibaba à 170 milliards USD, contre 200 pour Facebook, 160 pour Amazon et 400 pour Google.

 

… pour un risque élevé !

A ce niveau de prix, l’actionnaire ne pourra même pas compter sur une gouvernance qui lui garantira un niveau de protection minimum. En effet, la loi chinoise encadrant sévèrement l’actionnariat étranger, Alibaba sera côté par l’intermédiaire d’une société logée aux îles Caïmans. Les investisseurs ne seront donc pas directement actionnaires d’Alibaba, mais bien de cette société dont les résultats dépendront de ceux d’Alibaba. Autrement dit, les actionnaires ne seront pas propriétaires des actifs chinois qui alimentent l’actuel engouement.

 

L’existence de ce montage a deux conséquences. Primo, comme il contourne la loi chinoise, ce montage pourrait être déclaré illégal par le gouvernement chinois. Ce risque nous apparaît toutefois peu probable. Deuzio, il sera pratiquement impossible pour l’actionnaire étranger de faire valoir ses droits ou de peser sur les décisions de la direction. Il risque donc d’être à la merci de décisions non transparentes d’Alibaba, une situation que reconnaît elle-même la direction.

 

Spéculer ?

L’engouement autour d’Alibaba et la recherche de sociétés en forte croissance par les investisseurs pourraient entraîner une hausse rapide du cours dans les premiers échanges, même si l’action est selon nous chère. Mais les plus spéculateurs d’entre vous qui souhaiteraient en profiter en seront pour leurs frais. A l’image des autres introductions sur le marché américain, cette opération ne sera en effet accessible qu’aux résidents américains.

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