Analyse
Fin de la fièvre d’achat? il y a 2 ans - mercredi 5 novembre 2014

De plus en plus de grandes sociétés américaines rachètent des entreprises à l'étranger en utilisant le principe de l'inversion, ce qui leur rapporte un avantage fiscal.

Le gouvernement américain souhaite empêcher ce genre de pratiques. Cela freinera-t-il la vague d'opérations de rachat?

 

Ces derniers mois, les opérations de rachat à l’étranger par des sociétés américaines ont suscité pas mal d’intérêt. Si Pfizer s’est cassé les dents sur AstraZeneca, Medtronic lorgne sur l’irlandais Covidien et AbbVie sur le britannique Shire. Récemment Burger King s’est montré intéressé par le canadien Tim Hortons et le géant de la banane Chiquita Brands veut s’emparer de l’irlandais Fyffes. Pourquoi cette poussée de fièvre ?

 

La fièvre d'achat est due à 2 raisons

D’une part, les grands groupes américains regorgent de cash à l’étranger étant donné leur présence mondiale. C’est d’autant plus vrai pour le secteur pharmaceutique qui dégage beaucoup de liquidités. Or, si celles-ci sont rapatriées aux Etats-Unis, elles sont soumises à l’impôt sur les sociétés américaines (35 %). Pour éviter de voir une partie de cet argent partir dans les caisses du fisc, beaucoup cherchent donc à utiliser leurs liquidités pour racheter des sociétés à l’étranger.

 

D’autre part, en achetant une firme étrangère implantée dans un pays fiscalement attractif, les firmes de l’Oncle Sam en profitent pour s’exiler fiscalement grâce au principe de l’inversion fiscale. Il leur suffit pour cela d’accorder au moins 20 % des actions de la nouvelle entité aux actionnaires de la firme étrangère.

Pour l’actionnaire, l’optimisation fiscale permet à première vue de favoriser les bénéfices de la société, ce qui est tout à son avantage. Mais pas dénué de risques: car vouloir utiliser à tout prix les liquidités détenues à l’étranger incite les groupes américains non seulement à surpayer leur achat, et donc à détruire de la valeur pour l’actionnaire, mais aussi à faire des choix qui ne sont pas forcément optimaux d’un point de vue industriel et donc contre-productifs pour les perspectives à long terme.

Au vu de la multiplication de ce type d’opérations (qui touche désormais de grandes sociétés) et du manque à gagner pour ses caisses, le Trésor américain a adopté fin septembre des mesures destinées à rendre ces opérations d’inversion fiscale moins attractives.

D’ores et déjà, le labo AbbVie a décidé de renoncer au rachat de Shire. D’autres pourraient lui emboîter le pas. Et la perspective d’une nouvelle offre de Pfizer sur son concurrent britannique AstraZeneca s’éloigne un peu plus.

Ce n’est cependant pas une raison pour délaisser le secteur pharmaceutique, surtout dans le contexte incertain actuel. Dans la santé, achetez Teva et ResMed.

 

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