Analyse
L’Espagne s’offre enfin un nouveau gouvernement il y a un an - mardi 8 novembre 2016

Un signe de stabilité et de croissance ? Pas si sûr…

La tâche du nouveau gouvernement ne s’annonce guère évidente

Certes, avec une croissance de 3,2 % en 2015 et 3,3 % en moyenne sur les trois premiers trimestres 2016, l’économie espagnole est une des plus dynamiques de la zone euro. Toutefois, si ces bons chiffres sont en partie le fruit de plusieurs années de modération salariale et de réformes qui ont amélioré la compétitivité du pays, ils sont aussi, en partie, le résultat de politiques budgétaires et fiscales moins restrictives à l’approche des élections législatives. Des mesures populaires et excellentes pour la croissance, mais qui ont laissé un vide important au niveau des recettes fiscales et des caisses de l’Etat. Le déficit budgétaire en 2015 était ainsi de 5,16 % (contre un objectif de 4,2 %), un niveau suffisamment important pour que Bruxelles lance une procédure pour dépassement de déficit budgétaire.

 

Le nouveau gouvernement prend le pouvoir à un moment délicat

Avec un gouvernement en affaires courantes pendant 10 mois en 2016, le pays a été incapable de remettre la dette sur la bonne trajectoire et une nouvelle procédure pour dépassement de déficit (avec amende) apparaît plus que probable. Si l’Europe a longtemps dû composer avec l’absence d’un gouvernement susceptible de respecter les compromis signés, le retour aux affaires de Rajoy change la donne. L’Union ne manquera pas d’exiger qu’il se plie au plus vite à ses injonctions. Or, les objectifs budgétaires n’ont aucune chance d’être atteints sans des décisions douloureuses, dont un retour à l’austérité. Et c’est là que le bât blesse puisque ce gouvernement Rajoy est minoritaire au parlement et dépendra, pour faire approuver ces mesures, des voix de l’opposition. Et autant l’avouer, les chances de voir celle-ci approuver des mesures très impopulaires nous semblent infimes. Pire, la stabilité du gouvernement est loin d’être garantie puisque sa longévité dépendra de calculs politiques et de sondages.

 

Le laisser-faire budgétaire porte ses fruits

Certes, les 3,2 % de croissance en 2015 ont été exceptionnels, mais sauf nouvelles politiques d’austérité brisant son élan, le pays affichera encore une croissance supérieure à la moyenne européenne en 2017 et au-delà. De là à remettre en cause l’orthodoxie budgétaire à tout prix qu’impose Berlin au reste de la zone euro, il n’y a qu’un pas. Si les USA ou le Royaume-Uni se sont mieux remis de la crise économique de 2008-2009 que la zone euro, c’est parce que leurs marchés sont plus flexibles, mais aussi parce qu’ils n’ont pas hésité à laisser filer le déficit budgétaire plutôt que de miner la demande intérieure avec des mesures d’austérité.

 

Faut-il investir en Espagne ? La réponse est plutôt non.

Côté obligations, le pays profite de l’intervention de la BCE sur les marchés pour se financer à du 1,2 % à peine à 10 ans. Un rendement clairement insuffisant au vu des risques.

 

Côté actions, la Bourse est correctement évaluée, mais un peu plus chère que la moyenne de la zone euro. Malgré la croissance attendue, elle aussi supérieure à la moyenne, elle n’est pas intéressante, mis à part quelques actions :
– Repsol, groupe pétrolier et gazier qui opère principalement en Espagne et en Amérique latine et qui respecte ses objectifs de réduction des coûts, d’augmentation de la production de ses acquisitions et de baisse de l’endettement.
– Telefónica, l’opérateur télécom n°1 en Espagne, qui souffre certes d’un endettement excessif mais qui est trop sanctionné en Bourse.

 

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