Analyse
Donald Trump a envoyé une déclaration de guerre aux partenaires commerciaux des Etats-Unis il y a 4 mois - mercredi 14 mars 2018
Quel peut en être l’impact sur vos placements ?
Donald Trump a envoyé une déclaration de guerre aux partenaires commerciaux des Etats-Unis

Donald Trump a envoyé une déclaration de guerre aux partenaires commerciaux des Etats-Unis

Pour l’investisseur, les attaques de Trump ne changent pas fondamentalement la donne. Elles confortent notre stratégie : privilégier les pays bénéficiant d’une dynamique interne. Evitez ainsi le Japon mais investissez ainsi aux USA (10% du portefeuille), dans la zone euro (5%), en Chine (10%) et en Indonésie (5%) via les fonds suivants:
- iShares Core S&P 500 ETF 
- Legg Mason ClearBridge US Large Cap Growth
- DPAM CAP B Equities US Dividend 
- Henderson Euroland A2 
- Fidelity China Focus A EUR 
- Fidelity Indonesia A 
- Lyxor MSCI Indonesia ETF 

Une promesse électorale

Le constat de Donald Trump est simple. Les USA affichent année après année un important déficit commercial à cause d’accords commerciaux déséquilibrés et de distorsions de concurrence. Rééquilibrer les échanges était une priorité du candidat Trump lors de la campagne. Et dès son installation à la Maison Blanche, il s’est attaqué au déficit du commerce extérieur, en incitant les entreprises à produire sur le sol américain, en renégociant (l’accord de libre-échange entre les USA, le Canada et le Mexique, en dénonçant les pratiques chinoises et aujourd’hui, en taxant les importations d’acier et d’aluminium. Mais Trump n’est pas un précurseur. Les pratiques commerciales chinoises sont de longue date dénoncées à Washington, et tant Obama que Bush avaient pris aussi des mesures pour protéger la sidérurgie américaine.

Conséquences de la crise

L’ampleur des déséquilibres commerciaux actuels résulte de la crise de 2008. Il y a dix ans, la plupart des pays voulaient dynamiser leurs exportations pour surmonter la récession. Les mesures protectionnistes se sont multipliées, mais c’est surtout grâce à des mesures monétaires que plusieurs pays ont favorisé leurs ventes à l’étranger. La Chine a ainsi ouvert les vannes du crédit, au profit des entreprises exportatrices, mais aussi de clients étrangers, avec, à la clef, des surplus commerciaux record. Grâce à une politique monétaire hors normes, le Japon a affaibli le yen et rééquilibré sa balance commerciale, tombée dans le rouge après la catastrophe de Fukushima. La zone euro, et l’Allemagne en particulier, profitent de la politique de la BCE, qui empêche une hausse de l’euro. Grâce au moteur allemand, la zone euro dégage un surplus commercial, alors que ses comptes étaient dans le rouge avant 2008. Par contre, les USA apparaissent comme les grands perdants. Hors produits énergétiques, dont le solde est à l’équilibre grâce au boom des hydrocarbures de schiste, la balance commerciale des marchandises n’a jamais affiché un déficit aussi élevé : 738 milliards de dollars en 2017, contre un pic à 520 milliards avant 2008 et seulement 286 milliards en 2009.

Tous perdants

Les mesures protectionnistes déboucheront sur une riposte des pays visés. Et au final, cette multiplication des barrières commerciales pénalise tout le monde. Par contre, il est vrai que les USA ont moins à perdre et sont mieux placés pour gagner une guerre commerciale. Leurs exportations ne représentant que 13% du PIB, ils sont moins dépendants du commerce international que l’Allemagne (50%), que la Chine (qui a bâti son développement sur les exportations) ou que le Japon (où la demande domestique est atone). Trump espère ainsi que les partenaires des USA qui ont plus à perdre accepteront des ajustements dans les échanges commerciaux. C’est un pari risqué, mais cohérent au niveau politique, et qui peut se justifier au niveau économique.

Acier européen

En Europe, les grands sidérurgistes ont déjà fait part de leurs craintes. Selon l’association Eurofer, les exportations d’acier d’Europe vers les Etats-Unis(5 millions de tonnes en 2017) seraient réduites de moitié, soit 1,5% de la production de 2017. Mais le vrai problème est ailleurs. Des barrières tarifaires plus élevées aux USA pourraient réorienter plus d’acier sur des marchés européens déjà victimes d’une offre abondante. Sauf si l’Union européenne mettait en place de nouvelles taxes. On estime à maximum 20 millions le tonnage d’acier (15% de la consommation européenne) qui devrait trouver une nouvelle destination avec la hausse des droits de douane. L’impact sur ArcelorMittal reste peu clair puisqu’il est très implanté aux USA, ainsi qu’au Mexique et au Canada. Un regain de protectionnisme ne pourrait qu’être négatif (moins d’exportations et de croissance). Hormis Schnitzer Steel, qui profite de la croissance américaine, n’achetez rien dans le secteur.

Quant à Bekaert , dont les ventes américaines représentent un peu plus de 10% du chiffre d’affaires, il est obligé d’importer l’acier qu’il utilise pour son fil destiné au renforcement des pneumatiques, faute de trouver des produits de qualité suffisante sur le territoire américain. Mais ses concurrents sont dans le même cas. A moins que des négociations du secteur aboutissent à une exemption de taxes, ce sont probablement les clients qui paieront la note.

Industrie automobile

Le président américain a déjà menacé d’imposer des droits de douane plus élevés sur les importations de voitures européennes. A l’heure actuelle, les USA sont le premier marché d’exportation pour les constructeurs européens, tant en termes de volumes (20% des exportations en 2017) que de valeur (29%). Les constructeurs français Peugeot et Renault sont peu présents outre-Atlantique et donc moins concernés. Si Trump mettait ses menaces à exécution, ce sont les allemands qui en souffriraient le plus (ils réalisent une bonne part de leur activité aux USA). Mais ces constructeurs y disposent aussi d’une importante base industrielle. Ainsi, la plus grande usine de BMW (17% de sa production totale) se trouve à Spartanburg, en Caroline du Sud. Cette présence américaine permettra aux constructeurs allemands d’augmenter la production locale et de limiter ainsi l’impact d’éventuelles barrières protectionnistes. Par ailleurs, l’imposition de droits de douane sur l’acier et l’aluminium fera grimper le coût de production d’un véhicule de ±200 USD. Une hausse qui s’ajoute à d’autres préoccupations (dossiers CO2 et diesel, Brexit, mobilité électrique…), mais ne constitue pas pour autant un nouveau paramètre. En effet, les prix de l’acier augmentent depuis des mois et les constructeurs ont déjà dû s’y adapter. En outre, des marques de luxe comme BMW et Daimler peuvent plus facilement répercuter la hausse du prix des matières premières sur leur clientèle.

Aéronautique

Dans l’aéronautique, une hausse des tarifs sur l’aluminium, matière dont le prix augmente déjà depuis de nombreux mois, renchérirait les coûts de production comme chez Boeing (conservez), mais pour une amplitude limitée. L’aluminium représente entre 15% et 20% des coûts de production des anciens modèles et moins de 10% pour les plus récents comme le B787 qui font la part belle aux matériaux composites. Insuffisant que pour handicaper réellement ce groupe, en forte concurrence avec Airbus. Une guerre commerciale qui s’envenimerait avec la Chine ferait plus de mal à Boeing, puisque 25% des livraisons d’avions en 2017 se sont faites en Chine.

Technologie

Le secteur technologique n’est pas touché directement par les nouvelles taxes douanières. Mais l’électronique grand public pourrait être parmi les prochaines cibles avec, dans le viseur, des acteurs chinois qui ambitionnent de se faire une place sur le marché américain, comme le fabricant de smartphones et équipementier télécom Huaweï ou le fabricant de smartphones Xiaomi. Résultat, des acteurs américains du secteur pourraient se voir imposer des barrières en Chine. Apple, qui réalise 20% de son chiffre d’affaires en Chine, pourrait en pâtir, mais pour l’heure, nous ne voyons pas de raison de modifier nos prévisions bénéficiaires ou nos conseils. Plus globalement, la plupart des géants américains spécialisés dans les équipements informatiques ou l’électronique grand public recourent à des sous-traitants asiatiques, surtout chinois, pour assembler à moindre frais leurs produits. Une escalade des tensions commerciales avec la Chine serait de nature à gripper cette belle mécanique au détriment de tous.

Alimentation

Les mesures protectionnistes américaines n’auront pas un grand impact sur le secteur de la distribution alimentaire. Les produits vendus sont surtout locaux. Eventuellement, des hausses de prix sont possibles pour les produits importés. Donc pour Walmart et Ahold Delhaize (plus de 60% des ventes aux USA), l’impact sera certainement (très) limité. Carrefour n’est quant à lui pas actif aux USA.

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