Le vieillissement de la population est l’un des grands bouleversements économiques du XXIᵉ siècle. Partout dans le monde développé – et de plus en plus dans les pays émergents – les sociétés vieillissent, sous l’effet combiné de la baisse de la natalité et de l’allongement de l’espérance de vie.
Pour l’investisseur, l’enjeu n’est pas de craindre le vieillissement démographique, mais de comprendre ses mécanismes, ses effets contradictoires et la manière dont les marchés financiers tentent d’y répondre.
Un défi macroéconomique bien réel
Sur le plan économique, le vieillissement de la population tend à peser sur la croissance. Une population active moins nombreuse signifie, toutes choses égales par ailleurs, moins de production, moins de consommation et un potentiel de croissance plus faible. Le Japon et l’Italie illustrent bien cette dynamique : malgré des économies développées et technologiquement avancées, leur croissance reste modérée depuis de nombreuses années.
Le vieillissement met également les finances publiques sous pression. Une croissance plus faible limite les recettes fiscales, tandis que les dépenses liées aux pensions et aux soins de santé augmentent. Cette combinaison contribue à l’accumulation de dettes publiques élevées, en particulier dans les pays où les réformes structurelles tardent.
Ce lien n’est toutefois pas mécanique. La Chine, par exemple, voit sa population diminuer depuis plusieurs années, tout en conservant une croissance encore robuste. Des gains de productivité importants, des investissements massifs et des réformes – comme le relèvement progressif de l’âge de la retraite – permettent de compenser partiellement l’effet démographique. À moyen terme, l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle pourraient également atténuer l’impact du vieillissement en augmentant l’efficacité du travail, voire en remplaçant certaines tâches humaines.
Quel impact sur les marchés financiers ?
Le vieillissement a aussi influencé les marchés financiers au cours des dernières décennies. L’épargne accumulée par les générations nombreuses des baby-boomers a afflué vers les marchés, contribuant à la hausse des actifs financiers et à la baisse des taux d’intérêt. À mesure que ces générations atteignent l’âge de la retraite, ces flux pourraient progressivement s’inverser.
Les retraités ont en effet tendance à désépargner pour financer leur consommation, ce qui pourrait réduire l’afflux de capitaux vers les marchés et exercer une pression à la hausse sur les taux d’intérêt. Cela pourrait se traduire par des marchés boursiers moins porteurs à long terme. Néanmoins, le moment précis et l’ampleur de ce basculement restent très incertains, car de nombreux autres facteurs entrent en jeu : politiques monétaires, innovation, résultats des entreprises, comportement des investisseurs ou contexte géopolitique.
Autrement dit, le vieillissement est un facteur important, mais il n’explique pas à lui seul l’évolution des marchés.
Une thématique d’investissement déjà bien exploitée
Pour l’industrie financière, le vieillissement de la population est devenu un « méga-thème » à part entière. D’ici 2050, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans devrait atteindre plus de deux milliards dans le monde, soit environ le double du niveau de 2020. Cette évolution alimente une demande croissante pour des biens et services spécifiques, ce qui a conduit à la création d’indices et de fonds dédiés à cette thématique.
En 2016, le fournisseur d’indices Stoxx a lancé l’indice Stoxx Global Ageing Population. Il regroupe des entreprises réalisant une part significative de leur chiffre d’affaires grâce aux besoins des seniors. On y retrouve principalement le secteur de la santé (pharmacie, biotechnologies, dispositifs médicaux), mais aussi les assurances, les services financiers, les loisirs ou le tourisme. Le fonds iShares Ageing Population UCITS ETF réplique fidèlement cet indice.
D’autres fonds suivent d’autres eaux et diffèrent fortement en termes de répartition géographique, sectorielle ou de nombre de lignes en portefeuille. Cette définition large en dit long sur la thématique et la façon dont les sociétés de gestion l’envisagent. CPR Invest Global Silver Age investit aussi dans le monde entier, mais des fonds comme Generali IS Sycomore Ageing Population et R-Co Thematic Silver Plus sont eux exclusivement axés sur les entreprises européennes.
Pourquoi la prudence reste de mise
Si la thématique est séduisante, elle ne doit pas être surestimée. Les fonds thématiques dédiés au vieillissement investissent souvent très largement, y compris dans des secteurs dont les perspectives sont plus incertaines ou dont le lien avec le vieillissement est indirect. Le risque est alors de payer cher une histoire attrayante, sans bénéficier d’un réel avantage en termes de rendement ou de diversification.
Pour les investisseurs qui souhaitent s’exposer à cette tendance de manière plus mesurée, une approche indirecte peut être plus pertinente. Le secteur mondial de la santé, par exemple, bénéficie clairement du vieillissement de la population, mais aussi d’autres moteurs puissants comme l’essor de la classe moyenne dans les pays émergents et l’innovation médicale. Pour y investir, vous pouvez opter par exemple pour le fonds Xtrackers MSCI World Health Care UCITS ETF.
De même, certaines entreprises technologiques peuvent tirer parti de l’évolution démographique sans dépendre exclusivement de celle-ci.
Enfin, certains pays – notamment les pays émergents – sont mieux armés pour faire face à cette évolution démographique.
Intégrer le vieillissement sans déséquilibrer son portefeuille
Le vieillissement démographique est à la fois un défi économique majeur et une source d’opportunités ciblées pour certains secteurs. Il ne justifie ni un pessimisme excessif, ni un engouement aveugle pour des solutions d’investissement thématiques.
Pour l’investisseur, la bonne approche consiste à considérer la démographie comme un paramètre parmi d’autres dans la construction d’un portefeuille diversifié, en cohérence avec son horizon de placement et son profil de risque. Anticiper les grandes tendances de long terme est essentiel, mais c’est la diversification, plus que la recherche du thème « gagnant », qui reste le meilleur allié de la performance durable.