Accord UE-Mercosur : impacts et opportunités
Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur : opportunités et défis pour investir dans le luxe, l’industrie et l’automobile.
Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur : opportunités et défis pour investir dans le luxe, l’industrie et l’automobile.
Pris entre le marteau américain et l’enclume chinoise, les leaders européens ont signé un accord de libre-échange avec les pays d’Amérique du Sud. Négocié de longue date, cet accord ne changera pas la face du commerce extérieur européen, mais il porte en lui son lot de bénéfices potentiels, sur le front commercial comme sur d’autres aspects.
L’Accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur serait-il la bouée de sauvetage dont ont besoin nos économies ? La réponse est négative. En 2024, le Mercosur et ses 270 millions de consommateurs n’étaient que le dixième marché d’exportation pour l’UE, loin derrière des marchés comme le Royaume-Uni ou la Turquie. Les exportations de biens européens vers le Mercosur étaient de 57 milliards d’euros en 2024 (sur un total de 2 584 milliards), auxquelles s’ajoutaient 30 milliards pour les services. La région pèse donc relativement peu dans le commerce extérieur européen.
Mais l’objectif de cet accord est d’accroître les échanges avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) et de diversifier le portefeuille de clients de l’Europe. Cette stratégie est urgente, alors que certains marchés deviennent moins accueillants pour la production européenne (droits de douane accrus aux États-Unis, montée en gamme et compétitivité en Chine). Cet accord n’est donc qu’un premier pas, alors que d’autres, avec l’Inde et bien d’autres, s’annoncent.
L’accord éliminera plus de 90% des droits de douane entre les deux régions, ce qui rendra les importations moins chères et forcera les producteurs locaux à rester compétitifs. Cela entraînera une concurrence accrue dans plusieurs secteurs et exercera une pression à la baisse sur les prix, bénéfique pour les consommateurs, même si l’impact varie selon les secteurs. La structure des échanges explique cette différence : l’Europe exporte vers le Mercosur des produits pharmaceutiques (14% de droits de douane précédemment), chimiques (18%), de la machinerie industrielle et agricole (14%-20%) et de l’automobile (35%).
Ces secteurs bénéficieront le plus de la réduction des barrières, au profit notamment d’un grand exportateur européen : l’Allemagne. Les Pays-Bas et l’Espagne sont aussi bien placés. Enfin, plus de 30 000 petites et moyennes entreprises européennes exportent vers la région, ce qui signifie que la baisse des droits de douane avantagera aussi de nombreux petits entrepreneurs et soutiendra la création d’emplois.
Les objectifs de l'accord ne se limitent pas à stimuler le commerce. L’Europe affiche son engagement pour la globalisation et le commerce mondial, pèse sur l’échiquier global, et exporte ses standards vers d’autres pays, le respect de ceux-ci étant une condition sine qua non pour accéder à ses marchés. Une harmonisation accrue des normes entre les deux régions devrait permettre aux entreprises européennes d’investir plus facilement dans le Mercosur, où le potentiel des économies émergentes est considérable et où de nombreux acteurs pourraient trouver la croissance qui leur manque en Europe.
Déjà premier investisseur étranger dans les pays du Mercosur, l’Europe devrait encore renforcer sa position. Elle s’intéresse aussi aux réserves de terres rares du Brésil, qui détient les deuxièmes réserves mondiales derrière la Chine. Bruxelles souhaite donc approfondir ses liens avec le Brésil pour réduire sa dépendance à l’égard de la Chine.
Mais l’Europe n’est pas seule : les États-Unis convoitent aussi les réserves brésiliennes afin de s’affranchir de leur dépendance envers Pékin. Enfin, n'oublions pas que la Chine entretient un rapport privilégié avec cette région et y est fort présente. Grâce à son savoir-faire en terres rares, elle pourrait y installer des capacités de production et de raffinage, comme pour le nickel indonésien, permettant au Brésil d’exporter plus que des métaux de base.
Si cet accord va dans le bon sens et montre que Bruxelles s’agite enfin pour passer outre certaines dépendances dangereuses, l’UE devra néanmoins garder un œil attentif à certaines évolutions : l’accès aisé aux marchés de l’UE risque d’attirer au Mercosur d’autres acteurs (la Chine en particulier) qui se positionneraient sur place afin de viser nos marchés avec des produits "Made in Brazil" plutôt que "Made in China".
Quant au secteur agricole, la disparition des droits de douane est limitée par des quotas, établis à des niveaux relativement bas : seul l’équivalent de 1,5% de la production européenne de viande de bœuf en profitera, contre 1,3% pour la volaille et 0,1% pour le porc. Dès lors, l’impact total devrait être limité. En même temps, Mercosur s’engage à respecter 344 appellations d’origine contrôlée européennes, ce qui devrait faire disparaître des étalages sud-américains certaines imitations de produits européens.
Même si sa portée sera limitée, du moins dans l’immédiat, cet accord est, selon nous, plutôt positif pour les économies, investisseurs et ménages européens. En Bourse, certains secteurs en profiteront plus que d’autres.
Le secteur du luxe bénéficie particulièrement de l’accord pour les vins et spiritueux : la baisse des droits de douane encouragera les exportations de champagne vers l’Amérique du Sud. Cela avantagera notamment LVMH, qui fait face à des droits de douane de 15% aux États-Unis, son premier marché d’exportation, et à une concurrence accrue en Europe. Le secteur pourra ainsi ouvrir de nouveaux débouchés, et les appellations seront mieux protégées, réduisant ainsi la présence de "champagnes" sud-américains. L’impact sur les bénéfices de LVMH restera toutefois limité, ses performances étant principalement portées par la mode en Chine. Concernant l’industrie de la mode, l’accord UE-Mercosur a également des conséquences positives : les droits de douane sur les vêtements exportés de l’UE vers le Mercosur (actuellement 8% à 12%) seront peu à peu supprimés, et les marques bénéficieront d’une meilleure protection. Le développement d’une classe moyenne/aisée devrait renforcer encore les opportunités pour le secteur.
L’accord intègre la protection de nombreuses indications géographiques européennes dans les pays Mercosur : cela garantit une meilleure défense des produits labellisés (fromages AOP, yaourts traditionnels, etc.), ce qui est favorable aux acteurs comme Danone. Les produits alimentaires transformés (yaourts, produits laitiers protéinés) pourront bénéficier de réductions tarifaires progressives à l’exportation, ce qui pourra stimuler la demande sur les marchés du Mercosur. Danone pourrait être plus concurrencé en Europe par des produits à moins forte valeur ajoutée.
L’accord entend réduire graduellement les droits de douane sur les exportations de ces matières premières vers l’UE et lève certaines barrières à l’exportation côté Mercosur, comme pour le cuivre ou le lithium. L’objectif est de diversifier les sources d’approvisionnement de l’UE (actuellement dépendante de la Chine pour une grande partie des matériaux critiques) pour sa transition énergétique et numérique. A terme, l'accord sera positif pour le secteur des énergies renouvelables et les composants électroniques.
L'accord est positif pour l’industrie européenne, qui pourra exporter plus facilement vers les pays du Mercosur. Les droits de douane (jusqu’à 20% actuellement) devraient tomber à zéro les prochaines années, avec une reconnaissance des normes techniques. Les machines européennes deviendront plus compétitives face aux fabricants locaux et aux machines chinoises ou asiatiques bas/moyen de gamme. A long terme, l'impact sera positif sur les fabricants d’équipements, comme Schneider, Siemens et Atlas Copco (compresseurs et équipement d’air, outils industriels).
L'accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur va permettre la baisse des droits de douane pour le secteur pharmaceutique et donc favoriser les exportations de produits pharma vers les pays concernés (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Si cet accord sera donc profitable pour le secteur, les deux zones principales restent néanmoins les Etats-Unis et l’Europe, avec une montée en puissance de la Chine. Nous restons à l’achat sur ce secteur. Investissez-y via Xtrackers MSCI World Health Care UCITS ETF.
Le Mercosur supprimera, sur une quinzaine d’années, les droits de douane élevés sur les voitures européennes (jusqu’à 35% aujourd’hui). En échange, l’UE ouvrira davantage son marché aux produits du Mercosur, facilitant ainsi les échanges de voitures, pièces détachées et équipements entre les deux régions. Selon la Commission, les exportations de voitures européennes vers le Mercosur pourraient tripler d’ici 2040, générant plus de 20 milliards d’euros pour le secteur. Si les volumes restent modestes par rapport à la Chine ou aux USA, le Mercosur est un relais de croissance intéressant pour les groupes en quête de nouveaux débouchés. À court terme, l’impact économique restera limité, mais l’accord offre une opportunité utile pour un secteur européen en surcapacité et sous pression, tant en Europe qu'en Chine.
Déjà présent au Brésil et en Argentine, Volkswagen pourra à terme exporter plus de modèles à forte marge (SUV, premium, électriques) depuis l’Europe. BMW, concentré sur les modèles premium importés, bénéficiera d’une meilleure compétitivité prix avec la baisse des droits de douane, bien que l’effet reste marginal comparé à l’importance de ses marchés chinois et américain.
Pour Mercedes-Benz, l’accord est favorable à ses modèles haut de gamme, ainsi qu’aux ventes de véhicules utilitaires et de flottes pour les marchés publics. Renault, bien implanté sur les petites et moyennes voitures à prix abordable, pourra monter en gamme et introduire plus de modèles électriques. Enfin, Stellantis, acteur clé au Brésil et en Argentine sur l’entrée et le milieu de gamme, pourra conforter son leadership et importer davantage de modèles à forte valeur ajoutée depuis l’Europe.