Analyse
Faut-il craindre un krach obligataire ? il y a 7 ans - lundi 11 janvier 2010

Comme chaque année, les analystes essaient d’anticiper les évolutions à venir et d’identifier les écueils à éviter. La survenance d’un krach obligataire est un des thèmes abordés en 2010. Nous y croyons peu.

De quoi s’agit-il ?
On parle de krach obligataire lorsque survient une brusque remontée des taux. Les nouvelles obligations s’adaptant aux nouvelles conditions, elles offrent des coupons plus généreux que les obligations existantes et pour convaincre les investisseurs d’acheter ces dernières, leur prix doit être revu à la baisse. Ceux qui en ont déjà voient alors la valeur de leur portefeuille obligataire diminuer et si le mouvement est trop brutal, on parle de krach obligataire…

Un effet potentiellement dévastateur
La crainte d’une hausse brutale du loyer de l’argent est à vrai dire commune à chaque sortie de crise. Si les banques centrales ont pour habitude de baisser leurs taux directeurs en période de récession pour soutenir l’économie, la question du durcissement monétaire surgit elle automatiquement lors de la reprise. Cette question se pose toutefois avec plus d’insistance encore aujourd’hui en raison de plusieurs éléments spécifiques. Tout d’abord, l’assouplissement monétaire a été d’une grande ampleur avec une baisse historique des taux d’intérêt dans plusieurs pays, et même un taux nul aux États-Unis, et la prise de mesures non conventionnelles qui ont inondé les marchés de liquidités. Aujourd’hui accoutumée à cette surabondance de liquidités, l’économie pourrait retomber malade si la perfusion monétaire venait à être enlevée. Ensuite, la crise a été non seulement économique mais aussi financière, et plusieurs banques n’ont dû leur survie, justement, qu’à cet assouplissement. Le retour des bénéfices ces derniers trimestres doit lui aussi beaucoup à cet argent bon marché et un renchérissement du financement ferait donc replonger les comptes des institutions financières les plus faibles dans le rouge. Enfin, les gouvernements ont recouru massivement aux déficits budgétaires pour contrer la crise et l’endettement public a explosé. Un endettement qui deviendrait problématique en cas d’envol des taux d’intérêt.

L’erreur de 1994 ou l’exemple de 2004 ?
Les autorités monétaires sont parfaitement conscientes du risque que représenterait une hausse prématurée des taux pour l’économie et les marchés financiers. Mais, comme le soulignent les pessimistes, elles l’étaient aussi le 4 février 1994 quand la Banque centrale américaine avait procédé à une première hausse inattendue de ses taux pour contrer l’inflation. Ce mouvement s’était poursuivi pendant un an, portant le taux directeur américain de 3 à 6 %. Dans la foulée, les taux obligataires de toutes les échéances avaient explosé un peu partout dans le monde et le krach obligataire qui en avait découlé avait, à l’époque, fragilisé l’économie et provoqué des crises financières. En 2004, les autorités monétaires américaines, échaudées, avaient par contre procédé au resserrement monétaire de manière bien plus progressive pour préserver la stabilité économique et financière.
Dans un contexte de reprise toujours hésitante, de pressions inflationnistes limitées et de situation toujours difficile sur le marché du travail, nous ne voyons pas les autorités monétaires rééditer l’erreur de 1994 et se précipiter pour relever leurs taux directeurs.

Pris au piège monétaire
Comme la hausse des dettes publiques dépasse ce que les investisseurs privés sont prêts à acheter, les banques centrales ont financé les déficits publics par l’achat direct de titres de dette ou en donnant les moyens aux banques d’en acheter. Une monétisation des dettes publiques qui a permis d’éviter des crises budgétaires et empêché la hausse des taux, mais a aussi enfermé les autorités monétaires dans une politique difficilement réversible. Au risque de faire dérailler la reprise, de raviver la crise bancaire et de placer certains États dans l’impasse budgétaire, les banques centrales n’ont donc d’autre choix que de poursuivre leur politique expansionniste et s’en accommodent d’autant plus facilement que la hausse des prix et les prévisions inflationnistes restent contenues.

Krach rampant
Si l’investisseur ne doit donc pas craindre de krach obligataire en 2010, la situation n’en est pas moins peu favorable pour ceux qui voudraient se constituer un portefeuille d’obligations compte tenu des faibles rémunérations offertes au regard du risque. Si nous prévoyons toujours une hausse des taux à long terme, celle-ci risque d’être chaotique, avec des périodes ponctuelles de hausse des taux obligataires qu’il faudra mettre à profit pour investir, mais restera au final très limitée. En réalité, il faudra composer avec un krach rampant qui pénalisera petit à petit la valeur des obligations sans pour autant donner lieu rapidement à des rémunérations plus intéressantes pour l’investisseur qui préférerait attendre avant de passer à l’achat. Tout en restant à l’affût des titres en euro intéressants, nous préférons encore pour l’instant un bon compte d’épargne. Si vous acceptez un risque de change, les obligations en dollars australien et néo-zélandais, plus rémunératrices, constituent une excellente source de diversification.

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