Analyse
Les obligations ont disparu de nos portefeuilles il y a 7 mois - mardi 21 mars 2017
En nous séparant des obligations en real, nous avons pris une décision historique.

Dans notre portefeuille équilibré, vous trouverez surtout des fonds d’actions (60%), complétés par des fonds immobiliers (10%). Comme il n’est pas question de prendre trop de risque, à défaut d’opter pour des fonds obligataires, nous avons opté pour les assurances-épargne (20%) et un complément (10%) en liquidités sous forme de comptes d’épargne. 

Nous venons de revendre nos dernières obligations

Un portefeuille diversifié doit comprendre des actifs risqués (des actions et/ou des fonds d’actions) et des actifs moins risqués (des obligations et/ou des fonds obligataires). Lorsque les marchés boursiers s’envolent, les actions gonflent le rendement de votre portefeuille. Et lorsque les Bourses sont secouées, les obligations, dont le cours évolue de façon moins sensible, voire différemment de celui des actions, font office de matelas de sécurité. Un portefeuille diversifié en actions et en obligations est donc un outil efficace pour obtenir par tous temps un bon rendement à long terme, sans prise de risque excessive. Pourtant, nous venons de revendre nos dernières obligations. Que s’est-il passé ?

Taux historiquement faibles

Les taux obligataires végètent à des planchers historiques. La Belgique vient d’émettre un bon d’Etat à destination des particuliers qui, pour une durée de dix ans, offre un rendement annuel net de 0,53%. C’est cinq fois moins que le taux d’inflation actuel dans notre pays. Mais la Belgique n’est pas un cas isolé. D’autres grands émetteurs d’obligations comme l’Allemagne proposent des rendements encore moindres. Et si on se tourne vers les obligations d’entreprises, en principe un peu plus généreuses, on voit qu’il est tout aussi difficile d’y trouver son bonheur puisque beaucoup d’entre elles offrent moins de 1% net, sauf à accepter de confier son argent à des émetteurs moins sûrs, à propos desquels se pose la question de leur capacité à rembourser leur dette à l’échéance. Bref, c’est trop risqué.

Bulle obligataire ?

L’investisseur est coincé. Soit le coupon des obligations nouvelles (= marché primaire) est beaucoup trop faible, soit les obligations déjà émises (= marché secondaire) qui offrent encore de jolis coupons se négocient pour la plupart à des prix fort élevés. Tellement élevés que certains n’hésitent plus à parler de bulle obligataire. Autrement dit, le cours de ces obligations serait sur le point d’imploser. En fait, la décrue a déjà commencé. Les taux obligataires ont repris un peu de hauteur ces derniers mois. Comme les cours des obligations évoluent dans le sens contraire des taux, les détenteurs d’obligations ont été immédiatement sanctionnés : la valeur de leur portefeuille a baissé. Le fonds Aviva Long Term European Bond Fund, qui investit en obligations de longue durée en euro, a ainsi vu sa valeur d’inventaire baisser de plus de 10% au cours des six derniers mois. Une telle contre-performance est plutôt rare pour ce type d’investissement qui nous a habitués à des fluctuations bien moins importantes.

Potentiel inexistant

Faut-il vraiment craindre une implosion du cours des obligations et des fonds de placement qui y investissent ? Notre réponse est plus nuancée.

Il est vrai que les taux obligataires sont maintenus artificiellement bas par la BCE qui veut relancer l’économie (des taux peu élevés facilitent l’accès au crédit et encouragent l’endettement pour investissement) et surtout permettre aux pays lourdement endettés de ne pas payer trop d’intérêts, au risque sinon de plomber un peu plus leurs finances publiques. En d’autres termes, sans cette intervention de la BCE, les taux des obligations seraient plus élevés et leurs cours plus faible. Or on sait que la BCE ne pourra pas agir éternellement de cette manière, d’autant que l’inflation fait son grand retour. Pour compenser cette inflation, qui érode le pouvoir d’achat de l’épargne, les investisseurs exigent un supplément de rendement. C’est ce qui explique pourquoi les taux ont remonté (un peu) ces derniers mois.

Le mouvement devrait se poursuive, mais modérément. La BCE freinera en effet la hausse des taux si elle considère que celle-ci devient menaçante pour le soutien de l’économie.

Au final, si le risque d’un important krach obligataire n’est pas notre scénario principal, acheter des obligations en euro ou des fonds obligataires en euro a peu de sens. Non seulement les coupons sont très faibles, mais les cours des obligations vont encore rester sous pression ces prochaines années.

Battre l’inflation

Ne l’oubliez pas, l’un de vos pires ennemis, pour vous investisseur, c’est l’inflation. Pour protéger le pouvoir d’achat de votre épargne, surtout à long terme, vous devez acquérir des placements offrant un rendement supérieur au taux d’inflation. Chose que ne permettent plus les obligations et les fonds obligataires en euro. C’est la raison pour laquelle il n’y en a plus dans nos portefeuilles.

Et les obligations en devises?

Certaines devises offrent des obligations aux coupons plus généreux. C’est ce qui nous a poussés à vous recommander jusqu’au mois dernier les obligations en real brésilien avec leurs coupons à deux chiffres. Attention : lorsqu’on investit dans une obligation dans une devise étrangère, il faut aussi examiner aussi cette devise sous l’angle du potentiel et du risque. Les obligations en dollars (américains, australiens ou néo-zélandais) offrent des rendements un peu plus élevés que dans la zone euro. Mais ces devises sont devenues chères et il arrivera un moment où elles finiront par baisser face à l’euro. Avec le risque, après change, que vous récupériez moins en euros que ce que vous avez investi au départ. Quant aux devises qui offrent des rendements très élevés, comme c’est le cas pour les obligations en rand sud-africain, en livre turque ou en real brésilien, les pertes que ces devises pourraient subir nous paraissent bien plus élevées que ce qu’il y a à gagner avec la hauteur de leurs coupons.

 

Partagez cet article