Les taux japonais à 4% !
Hausse du taux des obligations d’État japonaises.
Hausse du taux des obligations d’État japonaises.
Le graphique que vous avez sous les yeux suscite pas mal d’agitation. On y voit que le taux des obligations japonaises à 40 ans oscille autour de 4%. C'est le niveau le plus élevé depuis l'introduction de ce type d'obligations en 2007 et c’est aussi la première fois en plus de trente ans qu'une obligation d'État japonaise atteint un tel niveau. Les taux japonais à 10 et 20 ans sont eux aussi fort élevés. Tout cela fait trembler les marchés financiers.
Le marché obligataire japonais traverse actuellement une phase délicate. L’offre croissante de nouvelles obligations peine à trouver suffisamment d’acheteurs pour être absorbée. Parallèlement, les investisseurs institutionnels japonais traditionnellement les plus fidèles – en particulier les assureurs – n’ont jamais autant cédé d’obligations domestiques depuis 2004.
Dans ce contexte, les taux d’intérêt doivent augmenter pour attirer les investisseurs. Les marchés financiers adressent par la même occasion un signal clair à la Première ministre Sanae Takaichi : ils ne valident pas sa stratégie combinant baisses d’impôts et hausse des dépenses publiques, laquelle ne ferait qu’aggraver un endettement déjà colossal. Le Japon détient en effet le record mondial de la dette publique, qui atteint environ 240% du produit intérieur brut (PIB).
Les investisseurs japonais disposent de beaucoup d’argent et jouent un rôle clé dans l’écosystème financier mondial. Pendant des années, les taux très bas des emprunts d’État au Japon les ont incités à investir massivement à l’étranger, notamment dans les obligations souveraines américaines.
Aujourd’hui, la remontée progressive des taux d’intérêt japonais accroît non seulement le risque de voir ces flux de capitaux se tarir, mais aussi celui d’un rapatriement, à terme, de montants très importants. Un tel mouvement exerce déjà une pression à la hausse sur les taux d’intérêt à long terme dans de nombreux pays, en particulier aux États-Unis.
Les marchés boursiers préféreraient éviter que ce scénario ne s’inscrive dans la durée. À terme, la hausse des taux pèserait en effet sur la valorisation des actions – les investisseurs se reportant davantage vers des obligations redevenues plus attractives – et renchérirait le coût du capital pour les entreprises.
Pendant des décennies, les investisseurs se sont plaints du niveau extrêmement bas des taux d’intérêt japonais. Pourtant, alors même que ces taux atteignent aujourd’hui des niveaux historiquement élevés, l’enthousiasme reste très limité.
De notre point de vue, il est encore prématuré d’investir dans un tracker (ETF) tel que Xtrackers II Japan Government Bond UCITS ETF. Les obligations japonaises offrent certes des taux plus attractifs que dans le passé mais le yen demeure sous pression : sur un an, il s’est déjà déprécié d’environ 13% face à l’euro.
La Bank of Japan se trouve en outre dans une position particulièrement délicate. Elle cherche à lutter contre une inflation qui dépasse son objectif de 2% depuis 46 mois, ce qui plaide en faveur d’un resserrement monétaire. Mais une hausse des taux directeurs risquerait d’entraîner une envolée des rendements obligataires, mettant les entreprises en difficulté. À l’inverse, une baisse des taux affaiblirait encore le yen, renchérissant le coût des importations et alimentant davantage l’inflation.
Décidément, la vie d’un banquier central est loin d’être de tout repos.