Analyse
Crowdfunding : réelle alternative aux placements classiques ? il y a 2 ans - jeudi 26 février 2015

Le crowdfunding ou finance participative consiste à faire appel au grand public (crowd) pour financer (funding) un projet.

Le crowdfunding est utilisé par de petites sociétés innovantes (start-ups) ou des organisations, pour lever des capitaux ou contracter un emprunt.
Ce n’est pas une alternative à un compte d’épargne ! Confier de l’argent au crowdfunding, c’est se séparer de fonds qu’on est prêt à mettre en danger, voire à perdre ! Pour l’heure, un cadre mieux règlementé est indispensable. Si les investisseurs se sentaient protégés, ils seraient plus enclins à se lancer dans le crowdfunfing. Cela favoriserait l’essor du système et, partant, le dynamisme des entreprises !

 

Trois formules de crowdfunding

– Sponsoriser : accorder son aide à un projet en sachant qu’on ne la récupèrera pas (tout au plus sera-t-on gratifié en nature : place de cinéma, de théâtre, copie d’une œuvre…).
Il ne s’agit pas d’un placement. Nous ne le commentons pas ici.
– Prêter : avec ou sans intérêts; aussi appelé crowdlending.
– Investir : devenir le plus souvent actionnaire de la société et participer aux bénéfices du projet.

 

Diversifier oui, remplacer non

S’il s’agit de crowdfunding sous la forme d’un prêt, ce prêt est risqué et sans comparaison avec un bon de caisse ou une obligation bien notée. S’il s’agit d’une participation au capital ou aux bénéfices de l’entreprise, c’est un investissement spéculatif.
Le crowdfunding doit s’envisager pour la petite partie de votre patrimoine avec laquelle vous acceptez le risque, en complément d’un portefeuille diversifié et tout en veillant à ne pas tout miser sur un seul projet (heureusement, en Belgique, un plafond de 1 000 euros par projet est généralement appliqué, ce qui diminue le risque de miser trop sur un seul cheval).

 

Réfléchir

Si vous tenez à récupérer votre argent ou à faire croître patrimoine, ne vous laissez pas aveugler par votre affinité pour un projet ou la manière séduisante avec laquelle il est présenté. La réussite du projet fait trop souvent défaut ! Evaluer les risques d’échec et les chances de succès. Certes, pour l’heure, on ne trouve guère de conseil indépendant ou d’analyse objective. Et si, pour toute émission d’action, obligation, sicav, il doit y avoir un prospectus certifié par un reviseur d’entreprise et agréé par la FSMA, dans le cas du crowdfunding, cette règle ne s’applique pas tant que l’investisseur ne peut pas miser plus de 1 000 euros et que le projet ne récolte pas plus de 300 000 euros. C’est donc à vous, investisseur, qu’incombe de tenter de vérifier l’exactitude de ce qui est prétendu, de ressentir le caractère raisonnable des espoirs, de trouver des infos fiables sur le projet. Bien sûr, il ne faut pas vouloir éviter tout risque, auquel cas mieux vaut rester sur un compte d’épargne. Mais il faut savoir à quoi on s’engage. En l’absence de cadre légal, la qualité de l’information dépend beaucoup du sérieux du promoteur ou de la plateforme à laquelle il a fait appel.

 

Projets et plateformes

Pour lancer un projet de crowdfunding, une société candidate passe par une plateforme spécialisée, qui va l’aider à soumettre son projet au public.
– MyMicroInvest : plateforme axée sur les projets innovateurs d’entreprises et de start-ups. Elle fournit beaucoup d’information sur des projets bien documentés. Elle soutient par exemple le projet Domobios, une start-up qui commercialise un piège anti-acariens, pour laquelle elle a récolté 99 900 euros.
– Socrowd : propose des prêts sans intérêt pour des projets à dimension sociale. Elle a déjà financé 110 projets. L’ASBL JNM (Jeugdbond voor natuur en Milieu) a ainsi récolté 45 000 EUR pour rénover ses bâtiments.
– Appsfunder : s’occupe de projets liés au développement de nouvelles applications pour tablettes et smartphones (mais elle n’est pas en conformité avec la loi puisque, sans prospectus, elle permet d’investir plus de 1 000 euros en une fois).
– KBC Bolero crowdfunding : toute jeune plateforme du groupe KBC.
– SonicAngel : spécialisée dans le domaine de la musique.
– Crofun et Look&Fin : proposent des financements via des prêts.

 

Certains projets sont financés via des plateformes étrangères (aux Pays-Bas, aux USA…).

 

Il existe enfin des projets dans l’immobilier, qui ne passent pas par une plateforme. Soit vous participez au financement de la construction d’un immeuble et une fois l’immeuble vendu, vous récupérerez votre capital augmenté d’intérêts. Soit vous devenez associé d’une SPRL qui acquiert un immeuble et le met en location. Pour ces projets, les rendements annoncés ne sont pas assez contrôlés et les risques de conflits d’intérêts trop importants.

 

Soyez prudent !

– Les premières questions à se poser sont celles qui sont préalables à tout placement à risque. Ai-je par ailleurs assez d’épargne de précaution, pour tout besoin inattendu ou de prochaines dépenses ? Puis-je me passer longtemps de la somme investie ? Suis-je prêt à la perdre ?
– Choisissez une plateforme sérieuse, pour éviter les escroqueries, les projets mal ficelés. Privilégiez celles qui sélectionnent et contrôlent les projets. Voyez sur leur site comment elles agissent et avec quel sérieux elles communiquent.
– Pour toute plateforme peu connue, tentez de savoir où elle est basée, qui la dirige, si elle contrôle ses projets et ses promoteurs, si elle recoupe ses infos.
– Pour toute entreprise à la recherche de capitaux, tentez de savoir qui sont les actionnaires et les dirigeants, d’évaluer ses garanties de sérieux.
– Prenez le temps de comprendre le projet et ses risques. Tâchez d’évaluer l’expérience des promoteurs, de savoir si d’autres investisseurs leur font confiance.
– Vérifiez qu’il n’y a pas de déséquilibre entre risque et rendement (par exemple un montant investi entièrement soumis au risque d’échec mais une participation aux bénéfices plafonnée…).

 

Nos exigences

Il n’est pas acceptable de proposer des investissements sans un minimum d’infos et sans contrôle. Le public a droit à des garanties minimales. Nous préconisons dès lors les obligations suivantes.
• Informations à fournir
– Risques du projet et mesures prises pour les réduire
– Facteurs de succès
– Résumé du plan financier du projet, accès possible au plan détaillé
– Résumé de la situation financière de la société, accès possible à ses bilans
– Détail des frais liés à l’opération
– Suivi de la situation financière de la société
– Validation des données financières par un tiers (p.ex. un expert-comptable)
– Pour les prêts : conditions, rémunération, durée; sortie anticipée possible ?
– Pour les participations au capital : durée minimale; revente possible ?
• Délai de réflexion
Offrir à l’investisseur la possibilité de revenir sur une décision trop rapide.
• Pour les plateformes
Vérifier l’identité du promoteur, la réalité du projet, le fait que les informations ont été validées par un tiers, sont compréhensibles par le grand-public…

 

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