Analyse
Le secteur portuaire il y a 2 ans - mardi 24 février 2015

Les actions des sociétés actives dans le secteur portuaire méritent-t-elles une place dans votre portefeuille ?

Les opérateurs font la course aux investissements pour accroître leur compétitivité et acquérir ou conserver un leadership régional, voire mondial.
Parmi les acteurs, conservez Cargotec, Gaussin et Bolloré.
Vendez Konecranes, Hamburger Hafen und Logistik, DP World.
Parmi les armateurs (sous pression, vu la fin de la forte croissance des échanges internationaux et le ralentissement de l’économie chinoise et souffrant de tarifs atteignant parfois leur plancher depuis 30 ans),
vendez A. P. Moller-Maersk et
CMB, conservez Seaspan, achetez Exmar et Euronav.

 

Public et privé

La plupart des ports sont contrôlés par les Etats, qui y développent les infrastructures, puis délèguent la gestion à des opérateurs partiellement privés. Ainsi par exemple, à Hambourg, les activités logistiques ont été confiées à la société Hamburger Hafen und Logistik, laquelle est détenue à 68 % par la ville et cotée en Bourse pour le reste.

 

Acteurs mondiaux

Avec le développement du commerce mondial (jusqu’à son coup d’arrêt en 2009), le secteur des activités portuaires (chargement, déchargement, logistique…) a vu naître quelques grands groupes de taille mondiale : DP World, PSA International, Hutchinson PortHoldings, APM Terminals, filiale du danois AP Moller-Maersk.

 

Le transport maritime se fait beaucoup par conteneurs. A l’exception de ce qui se traite en vrac, comme le pétrole, le charbon, les minerais…, ±90 % des biens transportés dans le monde le sont par conteneurs. La présence de ces conteneurs, qui doivent être déchargés et véhiculés, imposent aux ports de disposer d’équipements de manutention et de logistiques (grues-portiques, chariots élévateurs, tracteurs…). Les principaux groupes actifs sur ce marché (et ne travaillant pas toujours exclusivement dans la logistique portuaire) sont : Cargotech, Konecranes, Terex, Terberg et Mafi Transport.

 

Commerce mondial

Ces prochaines années, la croissance mondiale des volumes transportés par conteneurs se limitera à 5 à 6 % par an. Auparavant, elle était de 9 %. En cause, le ralentissement économique de la Chine et la faiblesse économique en Europe. Parallèlement, on constate une tendance des grandes entreprises à ne plus délocaliser leurs activités dans des pays émergents. Au contraire, c’est un début de relocalisation qui est observé aux USA. En cause, l’énergie bon marché (qui permet de produire chez soi à moindre prix qu’il y a quelque temps) et la hausse des coûts de production en Chine. L’activité portuaire est dès lors inévitablement touchée. Cela a déjà été visible d’ailleurs dans de récents résultats.

 

Carte redessinée

Depuis les années 50, les ports européens profitaient de la proximité d’industries du secteur de l’acier, de la pétrochimie, de l’automobile. Mais à présent, ils souffrent du fait que d’autres pays sont de sérieux concurrents dans ces secteurs. Ces mêmes ports gardent néanmoins toujours leurs fonctions de stockage et de distribution. Par ailleurs, ils cherchent des relais de croissance. L’activité est en revanche plus soutenue dans les zones plus dynamiques où l’on construit et agrandit des installations portuaires (Inde, Asie, Amérique du Sud…). L’Afrique de l’Ouest développe également ses capacités portuaires. Le français Bolloré y réalise déjà 40 % de son bénéfice, dans la gestion des terminaux.

 

Accueillir les géants

Les très gros porte-conteneurs, plus rentables et plus compétitifs, sont de plus en plus nombreux. Le plus grand du monde, appartenant à l’armateur chinois CSCL, est long de 400 mètres et peut transporter 19 100 conteneurs (en l’an 2000, le maximum transportable était de 8 500 conteneurs; en 2006, il était de 10 000). Les grands ports doivent donc s’adapter pour attirer ces géants.

 

Améliorer la productivité

Pour répondre à la hausse des tonnages transportés, les ports doivent améliorer leur productivité. Cela passe par une plus grande automatisation des terminaux de déchargement et de stockage. Mais aussi par l’amélioration de la sécurité lors des manœuvres. Un besoin de bon augure pour le marché des tracteurs, autres véhicules et machines portuaires automatisés, en en début de phase de croissance.

 

Les grands groupes semblent bien armés pour répondre aux appels d’offre. Les plus petits devront passer par des alliances, surtout pour les contrats en dehors de l’Europe.

 

Les opérateurs portuaires

Cargotec
Le cours, bien qu’ayant pris ±50 % ces trois derniers mois, est à un niveau correct.
Le groupe a enregistré une grosse commande pour l’Amérique du Nord.

 

Konecranes
Le cours, qui a pris ±50 % ces trois derniers mois, incorpore les bonnes nouvelles. Le groupe a décroché un contrat pour équiper le port de Lagos (Nigeria).

 

Ces deux groupes affichent de bons résultats 2014 et de bonnes perspectives pour 2015. Ils bénéficient de la bonne orientation de la demande sur le marché portuaire, ainsi que de la baisse de l’euro (un coup de pouce à leurs exportations vers les USA et l’Asie). Ils se développent toujours dans l’automatisation de la logistique portuaire, et dans d’autres secteurs nécessitant de la manutention lourde.

 

Gaussin
En dépit du récent repli, l’action n’est pas digne d’achat. Le groupe termine le développement de ses systèmes automatisés de manutention et cherche à conquérir des marchés, via des coopérations avec de grands groupes. Il a conclu un accord avec un groupe indonésien, ou 20 nouveaux terminaux seront construits ces prochaines années, tandis que les plus anciens seront modernisés. Sa petite taille est cependant un handicap pour s’imposer sur de gros marchés.

 

Hamburger Hafen und Logistik
Bien que stagnant depuis plusieurs années sous 20 EUR, l’action n’est pas attrayante. Actif à Hambourg, port d’entrée de l’Europe centrale et de l’Est, le groupe cherche à desservir au mieux ses clients en utilisant le transport intermodal (port + train +…) ainsi que des entrepôts relais entre port et villes clientes. Mais il souffre de la crise en Russie et en Ukraine (en 2014, le nombre des conteneurs traités à Hambourg, à destination de la Russie a reculé de 8 %).

 

DP World
Basé à Dubai, le groupe axe sa stratégie sur les marchés les plus dynamiques. Il a ainsi cédé des actifs en Russie et au Royaume Uni pour réinvestir au Brésil, en Afrique et en Inde. Mais depuis fin janvier 2015, il s’est retiré de la Bourse de Londres, où il était coté depuis 2011. Il n’aurait pas voulu communiquer les informations sur son endettement.

 

Bolloré
Le groupe a de belles perspectives de croissance mais le cours en tient compte. Bolloré réalise presque la moitié de son activité dans la gestion de terminaux en l’Afrique de l’Ouest francophone. Il accompagne ainsi la croissance économique de la région, en y développant les capacités de manutention de conteneurs. Le groupe affiche cependant une structure très opaque (il est par ailleurs actif dans les médias, l’énergie…).


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