Analyse
Introductions en Bourse : toujours une affaire ? il y a 2 ans - jeudi 21 mai 2015

A chaque introduction en Bourse, des investisseurs espèrent que le cours de la nouvelle action va exploser.

Souvenez-vous de Facebook : l’espoir de voir le cours s’envoler dès le premier jour avait fait saliver plus d’un. Plus récemment le cours de Biocartis a pris 15 % le premier jour. Mais la suite est souvent moins rose.

 

Climat favorable

Comme les taux sont bas, de nombreux épargnants cherchent du rendement en Bourse. Et les entreprises profitent que les indices boursiers flirtent avec les records pour introduire leur action en Bourse à un cours très attractif pour elles.
En 2014, dans la zone euro, il y a eu 400 IPO (‘Initial Public Offering’ ou introduction en Bourse), soit deux fois plus qu’en 2013 et quatre fois plus qu’en 2012. Et ce chiffre sera sans doute dépassé cette année. Aux USA, c’est à peu près la même chose. Rien qu’à Bruxelles, il y a déjà eu 3 IPO cette année (Bone Therapeutics, Biocartis et TINC).

 

Pourquoi ?

Une société entre en Bourse pour se procurer des capitaux, puis développer ses activités, sa recherche, investir dans des bâtiments, des machines, d’autres actifs, rembourser sa dette…. C’est parfois aussi pour permettre à ses actionnaires de la première heure (sociétés de capitaux à risque…) de se retirer avec une plus-value.

 

Fixation du prix

L’underwriter, la banque qui accompagne l’opération (comme KBC Securities p.ex.) fixe avec la société une fourchette de prix calculée sur la base des comptes, du secteur, des conditions de marché… Elle teste l’intérêt des institutionnels, puis des petits investisseurs. Au terme de cette opération, le prix est fixé.

 

Spéculation et déception

Entre 1960 et 2014, les actions introduites en Bourse américaine ont en moyenne gagné 16,9 % lors de leur premier jour de cotation. A Bruxelles, Bone Therapeutics et Biocartis ont quasiment fait de même. Il n’en faut pas plus pour attirer les spéculateurs. Or le petit actionnaire, qui n’a souvent que peu de chances d’obtenir les nouveaux titres au cours d’introduction, achète généralement à un prix déjà trop élevé. Après la traditionnelle (forte) hausse du premier jour, la plupart déçoivent dans les 12 mois et offrent des prestations inférieures à la moyenne. Une étude sur le return des sociétés américaines introduites en Bourse entre 1960 et 2012 montre qu’après un an les nouvelles actions font en moyenne 4,4 % moins bien que le marché. Après deux ans, cette contre-performance passe à 8,2 %. Car le prix fixé est souvent trop élevé. Une entreprise qui décide de coter ses actions, et qui veut recueillir un maximum de capitaux, a la tentation de proposer un prix dans le haut de la fourchette. D’autant plus quand les actionnaires de la première heure veulent revendre leurs actions. Pour séduire, l’entreprise évoque des perspectives souvent trop optimistes. Son activité étant souvent récente, les investisseurs n’ont pas le recul pour juger. Quelques mois plus tard, quand les résultats tombent, l’euphorie fait place à la déception. La même étude montre qu’il vaut mieux attendre 4 à 5 ans avant d’acheter de telles actions. Passé ce délai, les mauvaises nouvelles sont absorbées et la surévaluation a disparu.

 

Pas toujours

Cela ne signifie pas que toutes les IPO doivent être laissées de côté. Comme pour n’importe quelle action, il convient surtout d’analyser les perspectives fondamentales à long terme. Et si le cours est suffisamment attractif au regard de ces perspectives, l’action peut être achetée. Ainsi, l’entrée en Bourse de bpost a démontré qu’une IPO pouvait être un succès. L’action a donné un return de 93 % en un peu moins de deux ans. L’analyse de la société nous avait convaincu de recommander l’action. Compte tenu de la hausse du cours entre-temps, notre conseil est maintenant de conserver.

 

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