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Rouler à l’hydrogène ? Investir dans le domaine ?

il y a 7 jours - jeudi 16 mai 2019
Le moteur à hydrogène est-il une réelle alternative au moteur à combustion ? Quelles sont les sociétés actives dans ce domaine ? Leurs actions sont-elles intéressantes ?
Rouler à l’hydrogène ? Investir dans le domaine ?

Rouler à l’hydrogène ? Investir dans le domaine ?

Les objectifs climatiques de l’Union européenne nécessitent une sérieuse transition énergétique. Pour cela, il faut que la consommation d’énergie fossile, qui représente 75% des émissions de gaz à effet de serre, soit sensiblement réduite. L’usage de l’hydrogène peut accélérer cette transition. Ce gaz peut être utilisé pour stocker de l’énergie, pour chauffer et refroidir, il ‘décarbone’ les procédés industriels et la circulation des véhicules (supprime les émissions de gaz à effet de serre). Mais parmi les sociétés actives dans le secteur, quelle que soit celle que vous choisirez, il s’agira d’un placement spéculatif. Compte tenu du risque et du niveau actuel des cours, il n’y a aucune action du secteur que nous achèterions en ce moment.

Selon le Hydrogen Council, un groupe de dirigeants de divers secteurs qui promeut le recours à l’hydrogène dans la transition énergétique, la demande en hydrogène va être multipliée par 14 d’ici 2050, ce qui sera tout bénéfice pour les entreprises qui travaillent sur ce type de projet. Les investisseurs ont aussitôt entendu sonner le tiroir-caisse et se sont jetés sur les actions les plus populaires du secteur.

D’ou vient l’hydrogène ?

Même ceux parmi vous qui ont quasi tout oublié de leurs cours de chimie se souviennent du fameux tableau périodique de Mendeleïev. L’hydrogène (symbole H) s’y trouve tout en haut à gauche flanqué du numéro atomique 1. L’hydrogène est l’élément le plus répandu dans l’univers, mais le problème est qu’on ne l’y trouve pas sous sa forme la plus pure. Il fait immédiatement la liaison avec l’oxygène, lequel entre notamment dans la composition de l’eau (H2O). Pour utiliser l’hydrogène dans la transition énergétique, par exemple à des fins de stockage de l’énergie, il faut donc le séparer de l’oxygène. Pour cela, il y a plusieurs procédés, le plus respectueux de l’environnement étant l’électrolyse au moyen d’électricité d’origine éolienne ou solaire. C’est le procédé le plus propre, mais c’est aussi le plus coûteux.

Hydrogène et automobile

On a beaucoup parlé ces dernières années de l’hydrogène en tant qu’alternative à l’usage des carburants d’origine fossile comme l’essence et le diesel, ce qui a suscité un énorme intérêt pour le véhicule roulant à l’hydrogène, lequel est essentiellement un véhicule électrique qui utilise le gaz d’hydrogène et non des batteries comme source d’énergie. Ce gaz d’hydrogène est capté dans l’atmosphère en même temps que l’oxygène (O2) par une pile à combustible et transformé en eau (H2O) pour produire de l’électricité, laquelle fait fonctionner un moteur électrique. L’avantage est que ce moteur ne rejette que de la vapeur d’eau et de la chaleur, mais pas de CO2, raison pour laquelle le véhicule mû par ce type de moteur est dit ‘à zéro émission’. Autre avantage par rapport au moteur électrique classique, un plein d’hydrogène ne dure que quelques minutes pour une autonomie comparable à celle du moteur à combustion (= à l’essence ou au diesel).

Encore marginal

Ce sont surtout les constructeurs automobiles asiatiques qui misent sur l’hydrogène, Toyota faisant figure de pionnier mondial avec la Mirai. Honda a suivi avec la FCX Clarity et Hyundai avec la Nexo, puis les constructeurs chinois (Dongfeng, SAIC, FAW et Greatwall), soutenus, eux, par des aides d’Etat.
Les constructeurs européens sont plus réticents sur ce plan. Ils préfèrent se concentrer sur le développement de véhicules électriques classiques alimentés par des batteries et se satisfont pour le moment des tests sur le recours à l’hydrogène effectués via des partenariats technologiques. BMW par exemple travaille avec Toyota et Audi avec Hyundai. Daimler a lancé il y a peu, mais à petite échelle, une GLC F-Cell qui peut fonctionner tant sur batteries qu’à l’hydrogène. Mais malgré les campagnes de sensibilisation des grands acteurs de l’automobile, malgré les subsides d’Etat, les ventes de véhicules à l’hydrogène restent marginales : quelques milliers d’exemplaires par an dans le monde.

Trop cher

Ne croyez pas que rouler à l’hydrogène soit plus avantageux que le recours à un véhicule électrique ordinaire. Un véhicule roulant à l’hydrogène coûte à l’achat le double d’un véhicule électrique ordinaire comparable et son coût aux 100 km est en moyenne de plus du double. Pour une voiture personnelle, l’électricité devrait l’emporter sur l’hydrogène, à moins que ce dernier type de carburant passe à la production de masse et réduise fortement ses coûts. A notre avis, ce n’est pas pour bientôt. Sans compter avec la nécessité de construire les infrastructures adéquates, lesquelles existent déjà pour les véhicules électriques. 
Nous pensons que pour le secteur automobile, l’hydrogène a surtout un avenir dans le transport professionnel (bus, camions, chariots élévateurs) grâce à ces trois qualités : remplissage rapide du réservoir, zéro émission et autonomie plus grande.

Un marché fragmenté

Sous-traitants automobiles 
Les entreprises françaises Michelin (n° 2 mondial dans la production de pneumatiques) et Faurecia (leader mondial des intérieurs de véhicules et de la technologie des réductions d’émission) ont fondé ensemble Symbio, en mars dernier. Cette entreprise, qui n’est pas cotée en Bourse, va héberger le savoir-faire de ses deux fondateurs dans le domaine de l’hydrogène. Une autre entreprise française, Plastic Omnium (production et la commercialisation de matières synthétiques), est devenue entre-temps le spécialiste des réservoirs d’hydrogène et des piles à combustible, un domaine pour lequel l’allemande Continental (pneumatiques et matériel de freinage) investit de plus en plus dans la recherche.

Fabricants de piles à combustible
Lorsqu’on recherche quelles sont les sociétés cotées en Bourse qui se concentrent exclusivement sur l’hydrogène, on tombe immanquablement sur le roi de ce marché, Ballard Power Systems. Cette entreprise canadienne cotée sur le Nasdaq est un des principaux fournisseurs mondiaux de piles à combustible. L’an passé, Weichai Power, le leader chinois du marché du diesel, y a pris une participation. Les Chinois ont immédiatement commandé 2 000 piles pour véhicules industriels, un contrat qui devrait stabiliser le chiffre d’affaires de l’entreprise canadienne et mener à sa rentabilité (en 2021). Le même groupe chinois a aussi pris une participation dans la britannique Ceres Power qui produit des piles à combustible fonctionnant à l’hydrogène mais aussi au gaz naturel et au biogaz. Hélas, tout comme Ballard, Ceres perd de l’argent depuis de longues années. Citons encore Plug Power, une société américaine spécialisée dans les piles à combustible pour chariots élévateurs. A elles seules Walmart et Amazon assurent 50% de ses rentrées, mais malgré une hausse de son chiffre d’affaires de 70% sur la période allant de 2015 à 2018, Plug Power a vu ses pertes opérationnelles augmenter de 17% sur la même période.

Stockage de l’énergie 
En amont de la chaîne de sous-traitance, certaines entreprises se sont spécialisées dans la production et le stockage de l’hydrogène. Par exemple la britannique ITM Power, qui fabrique des électrolyseurs (pour produire de l’hydrogène) destinés aux stations d’hydrogène. Ses mauvais résultats opérationnels sont imputés au fait que son offre en est encore au stade du développement et que les rentrées issues du lancement de sa phase de commercialisation ne compensent pas (encore) ses coûts d’exploitation. La norvégienne Nel ASA fabrique elle aussi des systèmes de production d’hydrogène pour les stations de stockage. Tout comme sa concurrente britannique elle est dans le rouge depuis des années.

  

Un avenir incertain

Bien que son potentiel de développement soit considérable, l’hydrogène en tant que carburant alternatif pour le secteur automobile n’en est encore qu’à ses prémices. Les entreprises qui ambitionnent de se développer dans ce domaine en sont encore à une phase précoce, ce qui implique d’investir beaucoup pour une rentabilité qui n’est pas assurée. Ces sociétés accumuleront les pertes tant qu’elles n’auront pas vu leur chiffre d’affaires et leurs revenus augmenter sensiblement. D’ailleurs, pour se maintenir à flot, elles recourent régulièrement aux appels de fonds. Bien sûr, la situation pourrait changer rapidement en cas de grosse commande ou de nouvelle percée technologique, mais pour le moment le recours à l’hydrogène en tant que carburant alternatif est tout simplement trop onéreux pour être durablement commercialisé. En plus, certaines actions du secteur comme Plug Power ou Nel ASA ont vu leur cours progresser fortement ces derniers temps. Cet optimisme boursier réduit d’autant leur potentiel de hausse.

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