Analyse
Les sicav de tiers devraient être disponibles partout il y a 13 ans - mercredi 13 octobre 2004

Qu’attendent nos banques pour proposer des sicav d'autres promoteurs? La réponse des grands du marché. 

Quelques-uns de nos lecteurs nous ont demandé ce que nous pensions du site néerlandais www.fundix.nl, spécialisé dans la comparaison et la commercialisation de sicav et de fonds de placement. On y trouve quelque 800 fonds en provenance d’une cinquantaine d’institutions différentes, dont la franco-belge Dexia (17 sicav), la belgo-néerlandaise Fortis (25) et les belgo-belges CBC-KBC (11) et Petercam (10).
On trouve sur ce site un avis sur chaque sicav, que vous pouvez acheter à prix écrasé (1% de frais, voire pas du tout). C’est nettement moins cher qu’en Belgique. Hélas, les Belges ne peuvent pas ouvrir de compte chez Fundix.
Le plus intéressant est que ce site, ou plutôt cette plate-forme, appartient à ING, n° 3 des sicav et des fonds aux Pays-Bas. Jusqu’ici, les banquiers belges n’ont pourtant pas osé s’aventurer sur la voie des fonds de tiers...

Architecture ouverte
· La plus grande frustration des gestionnaires de sicav est de voir que des produits moins bons que le leur passent la rampe parce qu’ils sont commercialisés via un réseau performant. En Belgique par exemple, l’essentiel des ventes de sicav se fait via le réseau des banques. Tout challenger qui veut proposer ses produits doit passer par ce réseau. Lorsque c’est le cas, on parle “d’architecture ouverte”. Mais les banques qui acceptent de commercialiser des fonds gérés par d'autres ne sont pas nombreuses. La plupart considèrent que c’est une lame à double tranchant. Le client peut facilement comparer et, comme on sait, l’herbe est toujours plus verte dans le jardin d’à côté. Pourtant, un client satisfait est un client qui reste…
· Aucune banque ne propose toutes les catégories de sicav. Tout comme il est exclu que les meilleures sicav de chaque catégorie soient disponibles chez un seul et même banquier, chez un seul et même assureur, chez un seul et même gestionnaire de fortune. Mais à supposer que cela se trouve, il ne faut pas oublier que :
– votre intermédiaire financier doit non seulement vous communiquer toutes les informations nécessaires sur toute sicav qu’il vous propose (prospectus, fiche technique, rapport annuel), mais il doit aussi vous donner son avis sur le potentiel de chaque sicav, son marché, son degré de risque, les différences avec les autres, etc. La pratique montre que c’est déjà difficile avec des sicav maison. Avec des sicav de tiers...
– vous avez littéralement l’embarras du choix, tant il y a de sicav. Laquelle choisir dans chaque catégorie ? Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. C’est la raison pour laquelle certaines banques ne proposent l’une ou l’autre sicav de tiers que si cela leur permet d’offrir ce qu’elles n’ont pas dans leur gamme à elles. Pourtant, l’information sur un très grand nombre de sicav est traitée dans les banques, mais le client ne peut en bénéficier.

Aux Pays-Bas
· Aux Pays-Bas, c’est différent. Les grandes banques y contrôlent aussi leur réseau de distribution, mais elles proposent beaucoup de sicav ou de fonds de tiers et, surtout, elles communiquent aux clients toutes les informations et les avis nécessaires. Le mot d’ordre y est : le client est idéalement servi par la gamme maison, mais complétée par ce que le marché offre de mieux. Le fait que cette concurrence renforcée mette une certaine pression sur les gestionnaires de fonds maison est aussi un avantage pour le client.
· Tout a commencé lorsque le numéro un du secteur aux Pays-Bas, ABN AMRO, s’est mis en tête de proposer les produits de gestionnaires comme Fidelity, Merrill Lynch et UBS. La concurrence a rapidement suivi. ING a préféré agir de manière indirecte, via ses filiales Postbank (qui propose une sélection limitée) et Fundix (voir plus haut), mais le réseau de vente de la banque devrait suivre bientôt. Rabobank offre aussi une sélection limitée et Fortis Bank Nederland n’est pas en reste sur ce segment. Enfin, SNS Fundcoach, le magasin virtuel de SNS Bank, propose les sicav d’une trentaine de gestionnaires.

En Belgique
· Vous avez bien lu : ING et Fortis proposent aux Pays-Bas des sicav de tiers. En Belgique non. Seules quelques institutions s’y risquent chez nous, notamment Cortal Consors, Deutsche Bank et Keytrade Bank, mais leur impact sur le marché est limité.
· Nous avons fait le tour des grandes banques et tout indique qu’elles ne sont pas prêtes à passer à l’architecture ouverte. Ni ING, ni Fortis. Dans le meilleur des cas, le petit épargnant se verra proposer des sicav de tiers via un fonds de fonds (ou une sicav de sicav) estampillée maison évidemment. L’argument le plus souvent avancé par les banquiers est que le client belge est déjà abondamment servi. C’est évidemment de la poudre aux yeux puisque, comme dit plus haut, aucune banque n’est présente dans toutes les catégories de sicav. De plus, les différences dans les mêmes catégories sont parfois criantes. Pour toutes ces raisons, nous estimons plutôt que le petit épargnant est mal servi.
· Pourtant, toutes les (grandes) banques disposent d’équipes spécialisées qui suivent en permanence le marché des sicav. Il est regrettable que ce savoir soit mis à la disposition des seuls clients en « private banking » – les plus fortunés. Apparemment, monsieur Tout-le-monde n’est pas encore mûr. Chez nous du moins. Nous ne pouvons qu’espérer que cette situation change au plus vite.

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