Analyse
Fonds éthiques cherchent investisseurs motivés il y a 13 ans - vendredi 10 décembre 2004

Les fonds « durables » – font leur petit bonhomme de chemin, mais pas... dans le portefeuille des épargnants ! Pourquoi ?

Les fonds et les sicav éthiques – on dit aussi « durables » – font leur petit bonhomme de chemin, mais pas... dans le portefeuille des épargnants ! Pourquoi ?
Mettez-vous à la place des gestionnaires de fonds durables : ils obtiennent régulièrement de bons résultats, ils ont de bonnes raisons de penser qu’ils ont leur place sur le marché, mais ils ne vendent pas. Ou pas assez. D’après les derniers chiffres de la BEAMA (alias l’Association belge des fonds de placement), la part de marché des fonds éthiques est de… 1,3 % !
Ce n’est pas propre à la Belgique, nos voisins sont dans une situation comparable, sauf au nord, mais les placements de ce type y bénéficient d’un coup de pouce fiscal.

Préjugés
Pourquoi le Belge boude-t-il les fonds éthiques ? En fait, il a des préjugés… parfois fondés, parfois moins. Les voici :

· ces fonds rapportent moins
– c’est faux, ils ne rapportent pas moins que les autres. A court terme, leur cours peut évoluer différemment de celui des sicav classiques, mais à long terme tout cela s'estompe;
– il y a de bons et de moins bons élèves partout, dans les fonds durables aussi ;

· ils sont plus risqués
– contrairement à ce qu’on a connu dans un certain passé, les fonds éthiques n’excluent quasiment plus de secteurs d’activité entiers. Cette exclusion augmentait le risque (et les fluctuations). Ce n’est donc presque plus le cas ;
– mais on ne peut nier qu’aujourd’hui encore les fonds éthiques présentent un risque relatif plus élevé. Pourquoi ? Parce que, selon la composition de son portefeuille, un fonds éthique va prendre plus ou moins de champ par rapport à son indice de référence. Vous comprendrez facilement que KBC Eco Fund Water, qui n’investit que dans des sociétés actives dans le secteur de l’eau, puisse avoir une trajectoire différente de celle d’une sicav d’actions internationales.

· ils sont plus chers
– la plupart des fonds éthiques disposent d’un conseil consultatif spécial ou font appel à un conseil extérieur pour vérifier le contenu de leur portefeuille. Cela entraîne des frais, mais ils ne sont pas toujours reportés sur l’investisseur ;
– s’il y a une différence de frais, elle est souvent due à la taille du fonds ou de la sicav et pas à son caractère éthique. Un fonds de petite taille doit répartir ses frais fixes sur un nombre plus petit d’investisseurs. C’est mathématique et cela peut avoir pour conséquence des frais plus élevés ; 

· ils ne sont pas aussi éthiques que cela…
– il n’y a pas de définition  acceptée par tous de ce qu’est un placement éthique ou durable. Le secteur en  souffre. Entre-temps, c’est vrai, tel placement peut fort bien être éthique pour les uns et pas pour les autres ;
– que dire aussi des sicav comme BBL Solidarity Euro Mixed 1 et Evangelion dont la politique d'investissement est plus traditionnelle mais dont le dividende va à une bonne œuvre ;
– le mot « éthique » peut être pris au sens large. Par exemple, IN.flanders Index Fund (CBC-KBC) utilise le développement de l’emploi comme critère de sélection. Certains trouveront que c’est un peu court. En fait, les appellations disent souvent sur quel sous-secteur un fonds éthique met l’accent.

Les obligations aussi
· Jusqu’il y a peu, il était pratiquement impossible d’investir de manière éthique en sicav obligataires. Triodos Values European Bonds, lancée en 2002, est longtemps restée seule sur son créneau. Ce n’est plus le cas, CBC-KBC a élargi l’offre l’an dernier en offrant au particulier l’occasion d’investir dans la sicav institutionnelle KBC Institutional Ethical Euro Bonds qui existe depuis un moment déjà. Dexia a suivi avec Dexia Sustainable Euro Bonds.
· Ethique et obligations, le mariage n’est pas évident. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a peu de problèmes sur le marché des obligations de sociétés (= « corporate ») puisque les emprunts de sociétés qui ont un comportement éthique sont tout aussi éthiques. Hélas, beaucoup de ces emprunts sont fort peu liquides, si bien que les fonds ou les sicav n’en raffolent pas, et puis les emprunts « corporate » sont toujours plus risqués que les emprunts d’Etat. Or, à propos de ces derniers justement, on est parfaitement en droit de se poser la question : qui va juger si un Etat est éthique ou pas ? Nous, semblent dire Dexia, CBC-KBC et la Banque Triodos, où l’on assure en chœur qu’il suffit de mesurer la chose : le pays concerné respecte-t-il les traités internationaux ? Les droits de l’homme ? Est-ce une démocratie ? Etc. Malheureusement, les exigences en  la matière varient d’un gestionnaire à l’autre, les uns trouvent que tel Etat a une attitude éthique, les autres pas.

Du neuf !
· Depuis notre précédente analyse (F&S 102) :
la sicav la plus ancienne du lot (à une exception près), VMS Luxinter Ethifond (voir aussi F&S 121) a disparu, mais dix autres sont venues s’ajouter :
4 chez Fortis, 4 chez CBC-KBC, 1 chez Petercam et 1 chez Dexia.
Certaines ont aussi revu leur structure de coûts (voir encadré « Dexia augmente ses frais »).
· Nous ne faisons plus de distinctions entre les générations de fonds ou sicav éthiques. Le marché a évolué vers davantage de maturité rendant la distinction quelque peu désuète.
· La distinction faite sur base du label Ethibel saute également. Que le fonds (ou la sicav) soit contrôlé(e) par une instance externe (comme Ethibel) ou interne, pour l’investisseur, c’est du pareil au même !

Question personnelle
· Nos analyses traitent les sicav éthiques sur le même pied que les autres sicav. On y constate de bonnes et de moins bonnes sicav comme ailleurs.
·
Investir en fonds ou en sicav éthiques est d’abord une question de choix personnel. A long terme, les sicav d’actions éthiques n’affichent aucun handicap de rendement par rapport aux autres. A court terme, il peut y avoir des différences. Tenez-en compte. Notre préférence va à Dexia Sustainable Accent Social, une sicav qui investit dans le monde entier. Nous vous déconseillons d’ailleurs d’investir dans des sicav ou des fonds dont l’univers de placement est réduit, comme KBC Eco Water et OHRA New Energy.
· Les sicav obligataires éthiques comprennent le plus souvent des emprunts “corporate” et sont donc légèrement plus risquées. Elles n’existent pas depuis suffisamment longtemps pour que nous puissions nous faire un jugement correct. A envisager uniquement à titre de diversification.
· Pour ce qui est des sicav mixtes, nous n’avons de réelle préférence, si bien que nous vous conseillons plutôt les fonds ou les sicav ayant les trois compartiments habituels  (défensif, neutre et dynamique). Si votre approche et donc votre profil d’investisseur changent, vous pouvez sans trop de frais adapter votre portefeuille et changer de compartiment. Dexia Sustainable et Fortis L Strategy nous paraissent les offres les plus complètes en la matière.

Ethique, durable…
Les mots “éthique” et “durable” – on utilise de plus en plus le second – sont en concurrence avec d’autres très proches, comme “écologique”, “vert” ou l’expression “socialement responsable”. En anglais, cela donne “sustainable” ou “socially responsible”, en abrégé “SR”. C’est important à dire parce que ces vocables se retrouvent dans l’appellation de bien des sicav.

Dexia augmente ses frais
A partir du 1er janvier, les frais de gestion de la plupart des compartiments de Dexia Sustainable seront revus à la hausse.
Pour les compartiments “Accent Earth”, “Accent Social”, “EMU”, “Europe”, “North America”, “Pacific” et “World Large Caps”, le tarif passe de 1 à 1,4 %.
Pour “European Balanced Medium”, il passe à 1 % (+ 0,1 %) et pour “European Balanced High” il passe à 1,2 % (+ 0,3 %).
Seuls les amateurs de “European Balanced Medium” tirent leur épingle du jeu : statu quo.

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