Analyse
Attention au cheval de Troie il y a 12 ans - jeudi 10 février 2005

Ces dernières années, la Bourse d’Athènes a fini par livrer tout ce qu’on pouvait en attendre. Mais la qualité de la seule sicav disponible et les perspectives posent problème. 

Il est temps, si vous l'avez encore en portefeuille, de revendre EMIF Greece Index Plus.
La bonne stratégie, c’est d’acheter, effectivement, mais de supporter pendant le temps qu’il faut les sauts de carpe de ces valeurs et d’oser vendre quand le (bon) moment est venu.
La récente hausse des cours nous incite à penser que c’est le cas. Vendez pour échapper aux trois dangers décrits ci-dessous.

Croissance minée
· L’économie grecque tient du cheval de Troie en ce moment. Inoffensive à l’extérieur, elle est plus dangereuse à l’intérieur. Que voit-on  en effet ? Un taux de croissance qui s’effrite, certes, mais qui reste élevé. Pour  2005, nous tablons sur 2,9 % contre 2,1 % en moyenne dans la zone euro.
· Ce qu’on ne voit pas, c’est ceci :
– la Grèce accumule les déficits malgré la promesse de son gouvernement d’inverser la vapeur. Ces déficits sont d’ailleurs plus élevés que l’on croit. On a appris en effet que les chiffres communiqués à l’Europe étaient entachés d’erreurs. La Commission a aussitôt entamé une procédure de sanction ;
– la dette publique, notamment pour les raisons qui précèdent, a gonflé au point d’atteindre jusqu’à 112 % du produit intérieur brut (PIB). La charge d'intérêts que cela représente mine la croissance;
– le gouvernement n’arrive pas à maintenir l’inflation dans des limites acceptables (3,3 % en 2004) et il n’arrive pas non plus à contenir la hausse des salaires, ce qui se paie en compétitivité;
– si la croissance reste malgré tout assez forte, c’est à cause de la demande intérieure. Le consommateur grec a aussi appris à utiliser sa carte de crédit… parce que cette demande repose de plus en plus sur l’endettement des ménages. On peut comparer cette situation à celle des Etats-Unis ou à celle qui prévalait au Portugal dans les années nonante. On sait ce qu’il en est advenu : le Portugal a vécu une crise profonde. La Grèce ne pourra y échapper que si ses dirigeants font preuve de l’autorité nécessaire pour réaliser ce qu’ils ont promis.
Actions chères

· Depuis 2002, la Bourse d’Athènes fait mieux que la moyenne. En 2003 et en 2004 surtout les actions grecques ont dégagé des prestations supérieures à ce qui se faisait ailleurs (voir graphique). Il y avait à cela plusieurs raisons : les Jeux olympiques, la découverte de l’investissement boursier par les Grecs eux-mêmes, la baisse de l’impôt des sociétés et la présence sur le marché de sociétés et donc d’actions candidates à une reprise par d’autres. Ce dernier facteur a surtout joué ces derniers mois.
· Cela pourrait encore durer quelque temps, mais à notre avis les actions grecques sont devenues trop chères. Cela réduit d’autant leur potentiel de hausse. Ne vous laissez donc pas aveugler par les chiffres de ces dernières années.

Offre limitée
· Pour ce qui est de l’offre en fonds et en sicav, nous serons brefs. Nous l’avons déjà dit : il est regrettable qu’il n’y ait qu’une seule sicav d’actions grecques disponible sur le marché belge, EMIF Greece Index Plus (CBC-KBC, *). Ce n’est pas beaucoup…
· Cette sicav tente de battre son indice de référence, malheureusement sans y arriver. Sur les trois dernières années, ses prestations sont même inférieures à celles de l’indice, et de plus en plus. Les chiffres sont cruels : si la Bourse d’Athènes a gagné 24 % en trois ans, la sicav, elle, n’a gagné que 18,7 %. Et en prenant plus de risques ! Rien ne permet de dire que la situation doive s’améliorer. Nous trouvons d’ailleurs que l’offre en sicav d’actions grecques n’est pas seulement insuffisante en quantité, elle l’est aussi en qualité.

 

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