Analyse
Les conséquences du tsunami il y a 12 ans - jeudi 10 février 2005

Le tsunami fut une des pires catastrophes naturelles et humaines de tous les temps. Malgré cela, ses conséquences économiques sont limitées.

Près de 300 000 victimes et des millions d’habitations dévastées, c’est le triste bilan du raz-de-marée qui a déferlé sur l'Asie le 26 décembre dernier.
Au-delà du drame humain que cela représente, le moment nous semble venu de faire le point sur l’impact (économique) que cette catastrophe pourrait avoir sur les perspectives de développement à long terme de cette région. Sans oublier les éventuels changements de stratégie chez les gestionnaires de sicav : vont-ils revoir la composition de leurs portefeuilles ?

Quel impact ?
· Ne soyez pas choqué, mais c’est la réalité : tout bien considéré, on peut dire que le coût économique de ce désastre est encore supportable, tant pour les régions touchées que pour la communauté internationale, et ce pour deux raisons :
– les zones touchées (essentiellement côtières) étaient assez peu industrialisées. L’économie, dans ces zones, repose sur le tourisme (voir plus loin), l’agriculture et la pêche ;
– normalement, les grands groupes de réassurance assument ce type de risque, mais avec pour conséquence que les primes d’assurance explosent. Ce n’est pas le cas plus d’un mois après les faits. Pourquoi ? Parce qu’il y avait dans les zones sinistrées relativement peu d’entreprises locales assurées. Elles devront donc couvrir elles-mêmes les dégâts, mais avec l’aide de leurs gouvernements et d’une communauté internationale dont l’appui, vous le savez, a été aussi massif que généreux. Les conséquences économiques de la catastrophe peuvent donc être considérées comme supportables. Sauf pour quelques sous-secteurs du tourisme, comme les compagnies aériennes ou les hôtels.
· Ce qui attire les investisseurs dans ces régions, c’est le potentiel (élevé) de croissance des économies locales – les fameux « tigres ». Voyons de plus près ce qu’il y a sous le capot des deux principaux véhicules de cette croissance, le tourisme et l’industrie.

Et les touristes ?
· Les dégâts les plus forts viendront du tourisme. Les chiffres indiquent que les pays les plus touchés tiraient jusqu’à 12 % de leur produit intérieur brut (PIB) de ce secteur. C’est le cas de la Thaïlande. On en est à 10 % en Indonésie et à un peu moins de 5 % en Inde et au Sri Lanka. Mais par chance, le paradis indonésien qu’est Bali n’a pas été touché et au Sri Lanka le gros de l’infrastructure hôtelière est toujours opérationnel. Les principaux centres touristiques de la Thaïlande ont d’ailleurs été épargnés, eux aussi.
· Mais il faut se rendre à l’évidence : ce ne sont pas seulement les zones touchées, c’est l’ensemble de cette région du monde qui risque de voir l’afflux de touristes se tarir, ce qui pèsera inévitablement sur le taux de croissance de ces pays. Nous sommes toutefois de ceux qui pensent que tout ceci n’est que provisoire. La reconstruction des zones touchées se fera à rythme accéléré.

Des “tigres” intacts
· Le cœur des économies et les infrastructures des pays touchés par le “tsunami” sont à peu près intacts, tout comme les installations pétrolières et gazières de l’Indonésie, vitales pour ce pays.
– La Thaïlande a décidé d’affecter les lignes de crédit exceptionnelles dont elle dispose et son régime d’imposition particulièrement souple à la reconstruction des zones touchées. On s’attend à ce que le raz-de-marée absorbe quelques dixièmes de pour cent de croissance, mais sur un taux attendu de 6 % pour 2005, il n’y a pas de quoi s’alarmer.
– La zone la plus touchée de l'Indonésie ne représente que 2 % à peine du PIB du pays et comme l’aide internationale va s’y concentrer, il y a de fortes chances que la reconstruction soit rapide, surtout si les pays riches consentent une remise partielle des dettes de l'Indonésie. Cela pourrait même donner des ailes à son économie !
– En Inde, la pêche a été relancée à coups de microcrédits et les deux locomotives – non touchées – que sont les services et l’informatique continuent à tirer tout le reste.
· Dans tous les pays concernés, la demande intérieure et le commerce interrégional restent aussi dynamiques. D’ailleurs, les travaux d’infrastructure ne vont pas se concentrer sur les zones touchées, ils vont se poursuivre ailleurs, dans l’amélioration de la situation actuelle. A terme, ce double effort portera ses fruits.

Sicav : le statu quo
· Les gestionnaires de sicav que nous avons contactés ne nous ont pas donné l’impression d’être particulièrement inquiets à propos des conséquences économiques du « tsunami ». Aucun d’entre eux n’a changé quoi que ce soit à la composition du portefeuille qu’il gère. Ou les sociétés dont ils détiennent des actions ne sont que peu à être concernées par la catastrophe, ou… ils n’ont (quasiment) pas investi dans le tourisme ! Certains ont toutefois anticipé sur la reprise de l’activité et acheté des actions, par exemple de sociétés de construction locales.
· Les marchés financiers considèrent aussi que l’impact de la catastrophe sur l’économie mondiale sera limité. Les Bourses locales se sont bien comportées depuis (voir encadré), de même que les devises. C’est le signe que la confiance demeure.

Conclusion
· Notre point de vue sur la région ne change pas. Le "tsunami" est d’abord et avant tout un immense drame humain. Les perspectives économiques sont intactes, le sud asiatique est et reste une des régions les plus dynamiques au monde.
· Nous ne vous conseillons pas de travailler avec des sicav nationales, mais avec une sicav régionale qui exclut le Japon et qui répartit ses avoirs sur plusieurs pays. Nos préférées sont ING (L) Invest New Asia et la plus singulière Axa Rosenberg Pacific Ex-Japan Small Cap Alpha Fund (Axa Banque). Cette sicav investit dans les actions de petites sociétés de la région, mais 40 % de son portefeuille sont aussi constitués d’actions australiennes – une Bourse que nous conseillons dans tous nos portefeuilles.
· Attention : vu le risque (plus) élevé (qu’ailleurs), n'investissez dans la région qu’à titre de diversification pour un portefeuille existant et conçu pour le long terme.

Prestations boursières en Asie du Sud
Les prestations boursières des pays les plus touchés par le “tsunami” sont loin d’être une catastrophe. Au 31 janvier dernier, alors que l’indice boursier mondial gagnait 1,5 %, voici ce que donne l’Asie du Sud:

Inde                       + 11,6 %
Indonésie              + 9,7 %
Sri Lanka             + 16 %
Thaïlande            + 10,3 %

REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES SICAV INVESTISSANT EN ASIE DU SUD

Nom

Distribuée par

KO

HK

SG

TW

ID

CH

MY

TH

Autre

Axa Ros. Pacific Ex-Japan Small Cap

Axa Banque

-

30

20

-

-

-

-

-

50 (1)

Fidelity Asean Fund

Deutsche Bank

-

-

40

-

10

-

25

20

5

Fortis B Equity Asia

Fortis Banque

25

20

10

15

-

10

5

5

10

Fortis L Equity Asia

Fortis Banque

25

20

10

15

-

10

5

5

10

Fructilux Actions Sud-Est Asiatique

Keytrade Bank

25

5

5

10

35

15

-

-

5

ING (L) Invest New Asia

ING

25

25

10

20

-

5

5

5

5

KBC Equity New Asia

CBC-KBC

25

20

10

15

5

10

5

5

5

PAM (L) Equities Asian Growth

Petercam

30

20

15

-

25

-

10

-

0

Parvest Asia

Cortal Consors

25

20

10

20

-

10

5

5

5

KO = Corée du Sud, HK = Hong Kong, SG = Singapour, TW = Taïwan, ID = Indonésie, CH = China, MY = Malaisie, TH = Thaïlande. Un tiret indique que la sicav concernée n’investit (quasiment) pas dans ce pays; (1) surtout Australie.

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