Analyse
Obligations ou sicav ? il y a 12 ans - jeudi 10 mars 2005

Les uns ne jurent que par les emprunts qu’ils achètent à titre individuel, les autres ne peuvent se passer du confort des sicav...

Les uns ne jurent que par les emprunts qu’ils achètent à titre individuel, les autres ne peuvent se passer du confort des sicav. En fait, les deux méthodes ont du bon et du moins bon.

Une obligation est une créance sur une institution publique ou une société. L’épargnant qui achète une obligation prête donc de l’argent à l’émetteur. En échange, il reçoit un intérêt et à l’échéance de l’emprunt il récupère son capital.
Une sicav obligataire n’est rien d’autre qu’un rassemblement d’obligations dans un portefeuille auquel les épargnants peuvent souscrire en achetant des parts. Mais la différence ne s’arrête pas là.

Gérer le risque
Que vous achetiez des obligations ou des parts de sicav, ne croyez pas que l’opération soit sans risque. Au contraire, vous prenez :
un risque de taux. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les cours des obligations baissent. Et inversement.

DEXIA BONDS EUR (en gras, éch. de gauche)
ET TAUX DANS LA ZONE EURO (7-10 ans, éch. de droite)

La baisse des taux d’intérêt dans la zone euro a été positive pour les sicav d’obligations. Mais on s’attend à voir remonter le loyer de l’argent, fût-ce de manière modérée. La gestion dynamique des sicav permet de tempérer l’effet négatif de cette évolution. Vous pouvez encore acheter des sicav d’obligations en euros d’une durée moyenne. Attention : vu les frais et le risque, conservez vos parts 3 ans au moins.

un risque économique. Si l’émetteur de l'obligation voit sa situation se détériorer, il est possible que vous ne touchiez plus vos intérêts (= vos coupons), voire que vous ne récupériez plus (tout ou partie de) votre capital. Mais ce risque est réduit avec les emprunts des Etats occidentaux ; par contre, avec les emprunts de sociétés (= emprunts « corporate »), il faut en tenir compte ;
un risque de change. Les cours des devises étrangères fluctuent par rapport à l’euro. Miser sur le mauvais cheval peut éroder (partiellement ou totalement) votre rendement ; miser sur le bon cheval peut le multiplier.

L’obligation
· Acheter une obligation présente certains avantages par rapport à l’achat de parts de sicav obligataires :
protection du capital. Mais cette protection ne vaut qu’à l’échéance, sur le montant nominal (attention donc si vous achetez à un prix supérieur à 100 %), dans la devise d’émission, avant frais éventuels et pour autant que la situation de l’émetteur reste intacte ;
sécurité. Cette sécurité porte à la fois sur le coupon et sur le remboursement du capital à l’échéance, avec la réserve émise ci-dessus ;
frais. Sur le marché primaire, il n’y a pas de frais. Ce n’est pas le cas sur le marché secondaire (= obligations existantes) ;
· Ne nous voilons pas la face, il y a aussi des désavantages :
fiscalité. Un précompte mobilier de 15 % est retenu sur les coupons ;
– (pas de) diversification. Vous mettez tous vos oeufs dans le même panier.
mise de départ. Il est souvent difficile d’acheter pour de petits montants ;
liquidité. Il n’est pas toujours aisé d’acheter et de (re)vendre à un prix intéressant. Il faut tenir compte de la loi de l’offre et de la demande ;
gestion statique. Chaque jour qui passe vous rapproche de l’échéance de votre obligation. Le moment venu, après 5 ou 10 ans, vous devrez réinvestir aux conditions du moment. Et le fait de ne pas réinvestir votre coupon immédiatement vous coûte en rendement.

La sicav
· Le tableau ci-contre vous montre que les avantages de l’obligation répondent aux désavantages de la sicav et inversement. La sicav offre surtout comme avantages :
– l’exonération fiscale. Mais elle ne vaut que pour la formule dite « de capitalisation » ;
– la diversification. Une sicav investit dans des dizaines d’obligations, ce qui réduit d’autant le risque d’accident ;
– une faible mise de départ. On peut déjà acheter des parts à moins de 100 euros ;
– la liquidité. Vous pouvez à tout moment acheter et vendre des parts de sicav à leur prochaine valeur d’inventaire ;
– une gestion dynamique. Le gestionnaire d’une sicav revoit en permanence la composition de son portefeuille et parvient à maintenir sa durée moyenne à un niveau constant ;
· Evidemment, il y a aussi des désavantages :
pas de protection du capital. Lorsque les taux d’intérêt montent, la valeur d’inventaire des sicav obligataires baisse ;
– un rendement impossible à prévoir. Les sicav obligataires n’ont pas d’échéance. Vous ne pouvez donc calculer votre rendement final ;
– des frais. Outre les frais d’entrée, il y a des frais de gestion annuels.

Que choisir ?
· La maîtrise du risque doit être votre ligne de conduite. A moins que vous ne disposiez des capitaux qui vous permettent de vous constituer un portefeuille d’obligations sur mesure, nous vous conseillons plutôt d’acheter des parts de sicav. A fortiori pour les obligations plus risquées : emprunts en devises ou « corporate ».
· Si vous tenez absolument à faire cavalier seul et à gérer vous-même vos obligations, tenez compte de ceci :
– pour réduire autant que possible le risque, ne prenez que des emprunts en euros émis par des institutions ou des sociétés de première qualité. Les autres ne valent que si vous disposez d’un grand portefeuille bien diversifié ;
– conservez vos obligations jusqu’à l’échéance. C’est la seule manière d’être sûr de votre rendement final et cela évite des frais.
· Si par contre vous optez pour le confort des sicav obligataires , soyez très attentif aux coûts. Pour chacune des catégories, vous remarquerez qu’il y a de grandes différences en frais d’entrée et de gestion. Plus les frais d’entrée sont élevés, plus vous devrez garder longtemps vos parts (pour les amortir). Plus les frais de gestion sont élevés, plus votre sicav peinera à battre le marché. Les sicav les plus chères ne sont pas forcément celles qui donnent le meilleur rendement ! Celles que nous reprenons en gras nous paraissent présenter la meilleure combinaison ;
· Optez systématiquement pour la formule de capitalisation, fiscalement plus intéressante puisqu’elle vous exonère du précompte (15 % ou 25 %). Considérez que vos frais de gestion sont votre précompte... Nous ne reprenons quasiment dans nos tableaux que des sicav de capitalisation.

OBLIGATIONS ET SICAV OBLIGATAIRES

Achat direct d’obligations

Achat de parts de sicav

+

Protection du capital à l’échéance

Pas de protection du capital

Rendement connu à l'avance

Rendement final inconnu

Pas de frais sur les nouvelles émissions

Attention aux frais

+

Fiscalité désavantageuse

Pas de précompte si capitalisation

Pas de diversification

Diversification

Mise de départ souvent élevée

Mise de départ modeste

Achat et revente pas toujours évidents

Liquidité élevée

Gestion statique et suivi régulier indispensable

Gestion dynamique confiée à des tiers

 

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