Analyse
Fiches techniques et prospectus il y a 11 ans - vendredi 2 décembre 2005

Les informations sont-elles à jour ? Nous avons mené l'enquête.

Description de l'enquête
En octobre et début novembre, nos enquêteurs ont visité trois agences de différentes banques avec, chaque fois, une agence en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Ils y ont demandé la fiche technique et le prospectus d’une sicav déterminée. Voici la sicav dont il s’agissait pour chaque banque :

Axa Banque : Axa Rosenberg Pacific Ex-Japan Sm. Cap Alpha Fund

Argenta : Argenta Fund Utilité Publique Europe

Banque de la Poste : Post-Rente

Citibank : Fidelity Funds European Growth

Cortal Consors :  Fidelity Funds

European Growth

Deutsche Bank : Fidelity Funds European Growth

Dexia Banque : Dexia Equities L Australia

Fortis Banque : Fortis L Equity Finance World

ING : ING (L) Renta Fund Dollar

KBC/CBC : KBC Renta AUD-Renta

L’objectif de l’enquête était de vérifier dans quelle mesure ces documents étaient disponibles dans les agences et si les informations qu’ils contenaient étaient à jour.

Avant d’investir dans une sicav, il est logique que vous souhaitiez vous informer à son sujet. La fiche technique que les banques publient sur les sicav qu’elles commercialisent doit normalement répondre à cette attente et vous permettre d’étudier tranquillement votre placement chez vous avant de prendre alors votre décision. Mais pour cela, il faut que les informations soient régulièrement actualisées. Selon nous, une fois par mois est un minimum. La pratique nous apprend que c’est rarement le cas.

Résultats de l’enquête
· En nous rendant dans les agences bancaires, nous espérions recevoir des fiches actualisées fin septembre ou fin août 2005. Le tableau ci-contre montre hélas que nous sommes loin du compte. Certaines fiches contenaient même des informations totalement obsolètes. Une agence Axa nous a ainsi remis une fiche qui datait de fin… 2003 ! Impossible dans ce cas de se faire une idée du contenu de la sicav. Sans parler des frais qui, sur une fiche aussi désuète, n’ont plus aucun rapport avec la réalité. Seule CBC-KBC a systématiquement remis des informations actualisées.
· Un autre constat est que la “date de fraîcheur” des informations peut varier dans les différentes agences d’une même banque. Chez ING par exemple, deux agences nous ont remis les fiches techniques les plus récentes, alors que la troisième nous en a remis une datant de fin 2004. Les informations nécessaires ont visiblement du mal à passer auprès de toutes les agences, un point sur lequel la plupart des banques feraient bien de se pencher.
· D’une agence à l’autre, nos enquêteurs n’ont pas non plus toujours reçu le même document, certaines fiches techniques contenant plus d’informations que d’autres.
· De nombreuses agences ont aussi eu du mal à retrouver les informations sur les sicav. Or, celles-ci se trouvent sur les sites Internet des banques et sont bien souvent plus à jour que dans les documents remis par les agences !

Fiche technique : informations du…

 

Flandre

Wallonie

Bruxelles

Axa

Mauvaise

31/12/03

31/12/04

Argenta

Aucune

Aucune

Aucune

Banque de la Poste

30/06/05

30/06/05

Pas reçue

Citibank

30/06/05

30/06/05

30/06/05

Cortal

31/08/05

31/01/05

30/06/04

Deutsche
Bank

31/08/05

30/06/05

30/06/05

Dexia

30/06/05

30/06/05

30/06/05

Fortis

31/08/05

31/08/05

30/06/05

ING

30/09/05

31/12/04

30/09/05

KBC/CBC

31/08/05

30/09/05

30/09/05

Il y a fiche et fiche
· La qualité des fiches varie fortement d’une banque à l’autre. Chez Argenta, ces fiches n’existent tout simplement pas. Cette banque remet un document avec la composition de la sicav, un autre avec l’historique des valeurs d’inventaire et un troisième qui fait office de prospectus simplifié. Après, à vous de vous débrouiller !
· Nous reprenons pour vous ci-après un aperçu des éléments qui devraient figurer sur une fiche technique, avec dans la mesure du possible, un commentaire relatif à nos observations sur le terrain :
– classe de risque : hormis Argenta, toutes les banques indiquent la classe de risque à laquelle appartient la sicav.
– horizon de placement : si cette information n'est pas reprise systématiquement, nous avons particulièrement apprécié le spectre de risque mis en place par CBC-KBC.
– répartition entre actions, obligations et liquidités dans le portefeuille : la plupart des banques publient cette information.
– répartition par région, secteur et devise : les répartitions géographique et sectorielle figurent bel et bien sur la plupart des fiches mais on ne peut en dire autant pour les devises.
– solvabilité des émetteurs pour les sicav d’obligations (plus la solvabilité est grande, plus le risque est faible) et sensibilité aux taux (plus la sicav est investie dans des obligations dont l’échéance est proche, plus la sensibilité aux taux est faible) : cette information est relayée le cas échéant.
– comparaison avec l’indice de référence ou benchmark, pour voir comment une sicav se comporte par rapport à cet indice : quasiment aucune banque ne reprend cette information.
– frais d’entrée, de sortie et de gestion, TER (Total Expense Ratio, exprimant le total des frais d’une sicav en %) et taxes éventuelles. Les informations à ce sujet laissent clairement à désirer. Chez Cortal Consors, une seule des trois agences a remis un document reprenant les frais de la sicav. Aucune agence Dexia ne pipait mot des frais de gestion. Nous n'avons par ailleurs trouvé aucune trace d'un quelconque TER.
– rendement annuel : cette information est toujours mentionnée.
– commentaire sur la politique d’investissement de la sicav : cette information est également reprise.
– commentaire du gestionnaire sur l’évolution récente de la sicav : cette information fait souvent défaut.

Et le prospectus ?
Lorsque vous achetez des parts d’une sicav, vous signez un document stipulant que vous avez pris connaissance du prospectus. Vous reconnaissez ainsi avoir été correctement informé. Même si sa lecture peut s’avérer fastidieuse et si très peu d’investisseurs le lisent réellement, un tel prospectus doit normalement être présent dans chaque agence pour vous permettre d’en prendre connaissance. Certaines agences proposent un prospectus simplifié et c’est certainement tout aussi valable. D’autres, par contre, manquent totalement à leur devoir. Dans certaines agences, le prospectus n’était pas disponible ou devait être commandé. Nombre d’agences ont aussi renvoyé au site Internet. Selon nous, chaque agence devrait au moins avoir un prospectus pour chaque sicav. Comme il s’agit de documents de dizaines ou de centaines de pages, les banques ne peuvent certes pas remettre un exemplaire à tout le monde. Néanmoins, la remise du prospectus simplifié ne devrait pas poser de problème et permettre à tous d’investir en connaissance de cause.

Axa Banque : zéro pointé

Bien sûr, il serait malvenu de généraliser les résultats de tels échantillons. Ceux-ci restent en effet des « instantanés du moment ». Néanmoins, notre expérience chez Axa s’est avérée très décevante. Dans deux des trois agences, le conseiller s’est trompé de sicav et un seul a corrigé son erreur mais a alors remis des informations datant de fin 2003 ! Aucune agence n’était en possession du prospectus et dans la troisième agence, les informations les plus récentes dataient de 2004. L’explication d’une de ces agences, selon laquelle elle ne vendait des produits bancaires que depuis peu et ne vendait auparavant que des produits d’assurance, nous est apparue un peu légère…

Les perles de nos banquiers
· A la Banque de la Poste, un conseiller a prétendu que la sicav n’existait pas avant de reconnaître qu’il s’était trompé. Mais il a refusé de remettre les documents en invoquant comme excuse que le… produit n’était pas intéressant (sic) !
· Chez Cortal Consors, notre enquêteur néerlandophone s’est vu remettre une fiche en français parce que les informations qu’elle contenait étaient plus à jour qu’en néerlandais.
Dans une agence de la Deutsche Bank, par contre, les informations les plus à jour étaient en anglais.
· Chez Dexia, enfin, un conseiller a confondu prospectus et fiche technique.

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