Analyse
Investir en actions américaines reste un grand classique il y a 12 ans - jeudi 15 décembre 2005

Economie américaine à plein régime,  Bourse de New York correctement évaluée, dollar loin d'être cher. Mais comment choisir parmi plus de 100 sicav d'actions ?

Pour savoir si investir en actions américaines est intéressant ou non, il faut se poser trois questions: où en est l’économie américaine, où en est le dollar par rapport à l’euro et la Bourse de New York offre-t-elle encore un bon potentiel ?

L’économie
· Le plus gros défaut de l’économie américaine, c’était la hauteur vertigineuse du déficit budgétaire de 2004 : 3,6 % du PIB (= produit intérieur brut ou somme des biens et des services qu’une économie produit et fournit en un an). Début octobre, on apprenait que ce déficit avait été ramené à 2,6 % du PIB, soit moins que dans la zone euro (2,7 %). Le plus beau de l’affaire, c’est qu’il n’a même pas fallu assainir. Pourquoi ? Parce que l’économie tourne à plein régime.
· Malgré l’endettement élevé des ménages, la hausse des prix pétroliers et les catastrophes naturelles, le consommateur américain consomme et les investissements dans les entreprises sont en hausse alors que chez nous la croissance patine (1,2 % pour 2005). On s’attend outre-Atlantique à la voir se maintenir à 3,6 %.
· Dans ces conditions, le seul danger réel est l’inflation : 4,3 % en octobre. Il est à peu près sûr que les Etats-Unis vont continuer sur la voie de la hausse (progressive) des taux d’intérêt de manière à ralentir la croissance économique. Ils peuvent se le permettre ! On peut en effet s’attendre  à voir l’oncle Sam afficher en 2006 un taux de croissance de 3 %.

Le dollar
L’évolution du dollar a été un des facteurs les plus déterminants pour le rendement des sicav investissant exclusivement aux Etats-Unis. Au cours des douze derniers mois, le billet vert s’est apprécié d’un petit 13 % par rapport à l’euro. Mais il est encore loin d'être cher.

La Bourse
· Le marché boursier américain est toujours le plus grand du monde. Beaucoup parmi les actions les plus importantes et les plus connues du monde sont américaines. Des actions que l’on trouve dans bien des portefeuilles de sicav comme Exxon Mobil (pétrole), General Electric (holding), Microsoft (software), Citigroup (banque) ou Johnson & Johnson (pharma). Les trois plus grands secteurs de la Bourse américaine sont précisément la finance, la technologie et la pharmacie.
· En ce moment, nous trouvons que la Bourse américaine est correctement évaluée.

Faites vos jeux !
L’investisseur belge a à sa disposition plus d'une centaine de sicav spécialisées dans les valeurs américaines. Sans compter toutes les sicav diversifiées qui investissent une part de leur avoir aux Etats-Unis. Dans ce cas, on aurait tendance à dire : « faites vos jeux ! » Et bien  non, il faut distinguer entre :
– les sicav indicielles qui s’alignent sur un grand indice boursier, comme le S&P 500 ou le Dow Jones Industrial Average (DJIA, plus connu sous l’appellation de « Dow Jones » tout simplement). Leur objectif est de faire aussi bien que ces indices. On les reconnaît à leur appellation et à la modestie de leurs frais de gestion annuels : Dexia Index US (*, frais de gestion 0,35 %), KBC Index United States (**, 0,40 %) ou Osiris Equities US Index (Banque Degroof, *, 0,10 %).
Ne vous laissez pas impressionner par la modestie de ces frais, notamment ceux d’Osiris. L’important, c’est l’ensemble des frais. De ce point de vue, Osiris revient plus cher que la sicav de CBC-KBC.
– les trackers. Ils ont aussi pour objectif de s’aligner sur un indice. Retenez deux noms, iShares S&P 500, coté sur Euronext Amsterdam (ISIN: IE0031442068) et dont la mission est de suivre au plus près l’indice des 500 plus grandes actions américaines, Lyxor ETF Dow Jones Industrial Average, coté sur Euronext Paris (ISIN: FR0007056841) et aligné, lui, sur l’indice Dow Jones (30 actions), moins diversifié mais plus connu. Ces deux trackers distribuent un dividende soumis au précompte, le premier tous les trois mois, le second tous les ans.
– Les sicav gérées activement, qui tentent de battre leur indice de référence. Les frais de gestion sont généralement de 1,5 % par an. On trouve dans ce groupe Aviva American Equity (Banque Van Breda, *), KBC Equity America (*) et Parvest USA (*).
– Les sicav de style et à thème , parmi lesquelles on trouve les sicav aux meilleures performances de ces dernières années. Ainsi, les sicav spécialisées dans les petites valeurs (‘small caps’) ou les valeurs moyennes (‘mid caps’) ont sans problème battu les indices, lesquelles ne comprennent que de grandes valeurs. La meilleure sicav à long terme est ainsi Parvest US Small Cap (Cortal Consors, *****). Fortis L Equity Mid Caps USA (***) a aussi fait mieux que la moyenne. Les gestionnaires de KBC Equity Buyback America (***) investissent, eux, dans des actions de sociétés qui rachètent leurs actions. Une stratégie qui a porté ses fruits.

Prudence et circonspection
· Si l'offre en sicav est abondante, pratiquement aucun gestionnaire n’arrive à long terme à faire mieux que l’indice américain le plus large. Certains n’arrivent même pas aux chevilles des indices qu’ils sont supposés battre. Prudence et circonspection donc.
· Nous vous conseillons de miser sur les sicav investissant le plus en grandes valeurs. Seule Parvest US Small Caps, fort bien gérée, nous semble mériter le titre d’exception, mais à la condition que vous disposiez déjà d’un portefeuille bien diversifié. Sinon, nous conseillons plutôt :
– en ce qui concerne les sicav indicielles, KBC Index US ou Dexia Index US. Elles se valent. La seconde compte cependant des frais d’entrée trop élevés (5 %), ce qui l’écarte de notre liste d’achat. La sicav de la Banque Degroof nous paraît moins intéressante parce que moins bien gérée.
– les trackers cotés sur Euronext sont une alternative. Tant iShares S&P 500 que Lyxor ETF DJIA font très bien leur travail. Mais ils n’intéressent que ceux qui ont besoin de toucher des dividendes et qui s'accommodent des contraintes pratiques que cela engendre.
– Dans le domaine des sicav gérées activement, nous ne retiendrions qu’un seul nom, celui de Fidelity America Fund, dont les gestionnaires parviennent, à long terme, à faire mieux que leur indice (voir graphique). Le risque est réduit et cette sicav est vraiment gérée activement : son portefeuille est donc beaucoup plus changeant que celui de la sicav de CBC-KBC. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les bonnes prestations récentes de cette sicav sont dues à ses placements en valeurs énergétiques comme Valero Energy (+ 163 % depuis début 2005). Le fait d’avoir moins investi dans le secteur financier était aussi une bonne chose.

Et moi ?
· Les actions américaines méritent d’avoir une place dans tous les portefeuilles de sicav. Voyez notre "Stratégie".
· L’économie américaine est en pleine forme, la devise locale et la Bourse sont correctement évaluées.
· Parmi l'offre abondante de sicav, trois parviennent à suivre au plus près leur indice de référence, KBC Index US, ainsi que les trackers iShares S&P 500 et Lyxor ETF DJIA. Seule une sicav gérée activement nous semble en état de faire au moins aussi bien, Fidelity America Fund.
· Ne vous laissez pas trop impressionner par les performances de certaines sicav spécialisées. Rien ne dit qu’il en sera de même demain. Nous ne conseillons que Parvest US Small Cap, et encore, en complément d’un portefeuille déjà bien diversifié.

EVOLUTION DE FIDELITY AMERICA FUND (en gras) ET DE LA BOURSE AMERICAINE DEPUIS 2000 (base = 100, en USD)

Ces dernières années, les sicav spécialisées en petites valeurs (“small caps”) ont réussi à battre leur indice de référence. Celles misant sur les grandes valeurs sont restées au balcon. Il y a toutefois une exception, Fidelity, dont la stratégie est fondée sur une sélection sévère (“stock picking”)… et réussie !

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