Analyse
Les pays nordiques ? Oui, mais pas n'importe lesquels il y a 12 ans - jeudi 15 décembre 2005

La croissance économique est forte au nord de l’Europe. Peut-on en déduire que les marchés boursiers locaux sont intéressants ?

Seules les obligations en couronnes suédoises offrent un bon potentiel.
Les pays nordiques présentent un bon bulletin. La recette ? Une politique courageuse d’investissement dans l’enseignement et la recherche couplée à la création et l’entretien d’un climat favorable à l’entreprise. Ce n’est pas pour rien si la Finlande (1), la Suède (3) et le Danemark (4) sont au top des économies les plus performantes du monde (selon le World Economic Forum). La Norvège est classée 9ème. Autrement dit, ces pays sont des partenaires commerciaux très recherchés. Les capitaux étrangers y affluent et ils tirent grand profit de la croissance du commerce mondial.
Et vous, épargnant, pouvez-vous tirer parti du bon fonctionnement de ces économies ? Si oui, de quelle manière ?
Nous avons préféré nous concentrer sur les trois pays nordiques dans lesquels il est possible d’investir via une sicav, à savoir la Norvège, la Suède et le Danemark. La Finlande ne fait en effet pas partie du paysage proposé à l’investisseur belge.

Des Bourses trop chères
Pour les marchés boursiers, nous serons brefs : sur la base des ratios habituellement utilisés, ils sont tous trop chers et ils n’offrent plus en ce moment qu’un potentiel limité.

Potentiel monétaire
· Tout investisseur qui sort de la zone euro doit tenir compte du potentiel de la devise dans laquelle il investit. Dans les pays nordiques, il y a trois devises différentes : la couronne suédoise (SEK), la couronne danoise (DKK) et la couronne norvégienne (NOK).
· Nous avons un faible pour la couronne suédoise, une des devises le plus sous-évaluées qui soient par rapport à l’euro.
– A notre avis, la devise suédoise va combler son retard, tôt ou tard. La Riksbank (= banque centrale suédoise) a ramené les taux d’intérêt à un niveau historiquement faible (son taux directeur est à 1,5 %) parce que l’inflation (moins de 1 % en octobre) le permettait. Mais cela ne durera pas.
Pourquoi ? Parce que la conjugaison de taux d’intérêt faibles et d’une croissance économique forte va faire monter les prix. De plus, la sous-évaluation de la couronne rend les importations chères. Ces facteurs nous amènent à tabler, pour 2006, sur une inflation de 1,7 %, ce qui contraindra la banque centrale à augmenter ses taux pour calmer le jeu. A notre avis, cela se produira relativement vite, plus vite que dans le reste de l’Europe, si bien que les obligations en couronnes suédoises offriront à nouveau des coupons plus élevés que leurs équivalentes en euros.
– L’impact de ce facteur sera plus important que l’impact négatif que génère toute hausse de taux sur la valeur d’un portefeuille obligataire. Vous pouvez donc (encore) acheter des obligations en SEK à titre de diversification, mais pas plus de 20 % de votre avoir, selon votre horizon temporel et votre profil de risque.
· La couronne norvégienne s’est fort bien comportée par rapport à l’euro ces dernières années. A première vue, c’est étonnant puisque la banque centrale norvégienne a fait passer entre 2002 et 2004 son taux directeur de 7 à 1,75 %. Normalement, cela aurait dû provoquer des prises de bénéfice sur le marché obligataire et les capitaux auraient dû fuir à toute vitesse vers des cieux plus cléments, faisant baisser la devise. Ce ne fut pas le cas : la hausse des prix pétroliers (la Norvège est le 3ème exportateur mondial de pétrole) a fait rentrer des sommes énormes dans le pays, pour le plus grand bien de la devise locale. Mais celle-ci est aujourd’hui vulnérable. La couronne norvégienne n’est donc pas un bon placement à long terme.
· La couronne danoise par contre bénéficie d’un statut particulier : elle est arrimée à l’euro, dont elle ne peut s’écarter de plus de 2,25 % dans un sens ou dans l’autre. Le risque monétaire est donc réduit. Mais les obligations en couronnes danoises donnent à peu près le même rendement que leurs équivalentes en euros. La banque centrale danoise suit d’ailleurs les décisions de la Banque centrale européenne à la trace. Vous pouvez conserver vos sicav obligataires en couronnes danoises. Mais acheter n’a pas beaucoup d’intérêt.

Les sicav
Pour investir dans les pays nordiques, vous avez le choix entre divers types de sicav.
· En ce qui concerne les sicav d’actions, vous trouverez les pays en tant que tels dans la gamme Balzac (distribuée par Deutsche Bank), Balzac Sweden Index (*), Balzac Norway Index et Balzac Denmark Index. Il s’agit de sicav indicielles gérées passivement. Vous pouvez aussi investir en actions suédoises via EMIF Sweden Index Plus (CBC-KBC, *).
Il y a davantage de possibilités dans la catégorie des sicav régionales: elles investissent dans les pays concernés, mais le poids lourd est la Suède, ce qui est normal vu la taille de son marché boursier. Vous retrouverez ces catégories et leur répartition géographique.
Nous ne sommes pas chauds pour cette forme de placement. Les Bourses de cette région sont trop chères et leurs perspectives limitées. Les performances des sicav ne sont du reste pas du meilleur cru. Vendez.
· En ce qui concerne les sicav obligataires, seules ING et CBC-KBC proposent un large éventail, lequel est intéressant sur le plan qualitatif. Chez ING, vous pouvez avoir recours à ING (L) Renta Fund DKK (***), à ING (L) Renta Fund NOK (**) et à ING (L) Renta Fund SEK (***). Chez CBC-KBC, il y a KBC Renta Decarenta (***), KBC Renta NOK-Renta et KBC Renta Sekarenta (***) ou encore KB Lux Danske Kroner (Kredietbank Luxembourg).
Il y a aussi deux sicav régionales. Tant chez Fortis L Bond Scandic (**, cotée en euros) que chez Parvest Scandinavian Bond (**, en DKK), l’accent est mis sur la Suède, puis sur le Danemark.
Seules les obligations en couronnes suédoises offrent des perspectives intéressantes, du fait surtout du potentiel de hausse de la devise. Nous sommes par contre neutres vis-à-vis de la couronne danoise et négatifs vis-à-vis de sa consoeur norvégienne.

COURS DE LA COURONNE SUEDOISE EN EUROS

La couronne suédoise est sous-évaluée d'environ 20 % par rapport à l’euro. L’an prochain, la banque centrale suédoise devrait augmenter ses taux plus rapidement que la Banque centrale européenne. Cela devrait être bénéfique pour la couronne. Vous pouvez en profiter via une sicav d'obligations en couronne suédoise.

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