Analyse
Le retour d'un ancien champion il y a 11 ans - jeudi 9 février 2006

Le Pays du Soleil Levant semble avoir mangé son pain noir. Le moment est-il  venu d’y prendre position ?

Le Pays du Soleil Levant semble avoir mangé son pain noir. Les indicateurs économiques repassent progressivement au vert. Le moment est-il venu d’y prendre position ?

Oui, mais pas n’importe comment. Profitez du redressement attendu du yen avec une sicav d’obligations. L’intérêt que manifestent les investisseurs pour le Japon est à nouveau fort élevé. Ce n’est pas étonnant. Après plus d’une décennie de dépression, il semble que l’économie nipponne ait trouvé son second souffle. L’an dernier, la Bourse de Tokyo a réalisé une des meilleures performances au monde avec une hausse de 46 % (après change en euros). Il est normal que ceux qui ont raté le train essaient de le prendre en marche. Hélas, vu le niveau actuel des cours, nous vous le déconseillons. Ce qui ne veut pas dire que le Japon soit inintéressant. Les sicav obligataires par exemple méritent une place dans un portefeuille bien diversifié.

Soleil levant
· Après l’effondrement de son système financier et le déclenchement de la sonnette d’alarme boursière au début des années nonante, le Japon a toujours vécu dans un état de dépression économique. Le secteur financier n’était plus en mesure de faire crédit et les prix ne cessaient de baisser (= déflation), ce qui pesait sur la consommation (pourquoi acheter maintenant alors que ce sera moins cher dans un mois ?). Ajoutez-y un immobilisme politique total et, vous l’aurez compris, le Japon se démenait au beau milieu d’un cercle vicieux.
· Aujourd’hui, le Pays du soleil levant mérite à nouveau son appellation. Le catalyseur de rebond fut la croissance mondiale, surtout en Asie et aux Etats-Unis, les deux principaux partenaires économiques du Japon. Le taux de croissance est remonté à 2,7 % en 2004, il sera sans doute supérieur à 2 % pour 2005. Un autre facteur joue encore : la baisse du yen (- 13,2 % par rapport au dollar en 2005), qui rend les produits japonais moins chers pour le plus grand bien des exportations.
· Mais le plus important fut le redémarrage de la consommation intérieure (+ 1,1 % pour les ventes au détail l’an dernier). On n’avait plus vu ça depuis longtemps et c’est un signal : le Japon est revenu sur le bon chemin. Le consommateur a repris confiance grâce notamment à la baisse du chômage (4,6 % seulement fin novembre), l’amélioration de la qualité des offres d’emploi et la hausse des salaires.
L’augmentation des exportations et de la consommation intérieure a pour la première fois été de pair avec une croissance économique stable. Ajoutez-y un Premier ministre prêt à réformer et vous avez les bons ingrédients pour un avenir prometteur.

Secteur financier
· Il fut un temps où les banques japonaises ployaient sous le joug de leurs dettes et de leurs crédits impayés. Leur situation a fini par se détériorer à un point tel qu’elles ont fermé le robinet du crédit pour de nombreuses entreprises, ce qui a encore ralenti une activité économique déjà timide.
· Un plan de campagne a été lancé en octobre 2002 : réduire de moitié pour mars 2005 le montant des mauvais crédits. Les résultats ont dépassé les espérances puisque 60 % de ces crédits à problèmes ont disparu grâce à un renforcement des contrôles, à l’amélioration de la situation dans les entreprises (du fait de la croissance économique), à la modestie des taux d’intérêt (qui rend le crédit meilleur marché) et à la mise sur pied d’un organisme public chargé de mener à bien les restructurations d’entreprises les plus douloureuses.
· Aujourd’hui, les autorités japonaises estiment que le problème des mauvais crédits est résolu. Lors de leur dernier exercice, les banques nipponnes ont dégagé à nouveau des bénéfices. De ce fait, elles peuvent à nouveau remplir leur rôle de dispensateur de crédit pour les entreprises et les ménages. Elles ne freinent plus la croissance, elles l’encouragent !

Le yen, un cas à part
· Comme vous le savez, tout placement en dehors de la zone euro doit prendre en compte le risque lié à la devise concernée, en l’occurrence le yen (voir graphique). Un yen qui est littéralement piloté au plus près par le ministère japonais des Finances. Depuis mars 1991, il est intervenu 340 fois sur le marché des changes, le plus souvent via la banque centrale nipponne. Le scénario est parfaitement huilé : le yen monte par rapport au dollar ? On vend en masse et on achète des dollars – en masse aussi –, ce qui rétablit l’équilibre. Pour vous donner une idée, sur le même laps de temps, la banque centrale américaine n’est intervenue que 22 fois seulement.
· La dernière intervention japonaise de ce type date de mars 2004. Aujourd’hui, les autorités nipponnes n’ont plus vraiment de raison d’intervenir sur le marché des changes. Les entreprises n’ont plus besoin de coup de pouce, le climat économique étant stable. Une petite hausse du yen pourrait même faire du bien en ce qu’elle allégerait la facture énergétique du pays, très dépendant à cet égard.
· Depuis mars 2001, le taux d’intérêt directeur du Japon est de… 0 % ! Toute la question est de savoir si cela va durer puisque la période de déflation est terminée (les prix ont augmenté de 0,1 % en décembre). Les taux japonais vont-ils augmenter ? Peut-être parce que la (stabilité de la) croissance, la (forte) hausse du prix de l’énergie et la (légère) reprise de l’inflation pourraient poser problème. A notre avis, ce sera fait avant la fin de cette année.
· La hausse des taux et l’interventionnisme moins fréquent du gouvernement japonais auront pour effet de soutenir un yen qui, à nos yeux, est pour le moment sous-évalué de 10 % environ par rapport à l’euro. Cette sous-évaluation va très bientôt se mettre à fondre.

EVOLUTION DU YEN EN EUROS

Depuis 2000, le yen a perdu plus d’un cinquième de sa valeur par rapport à l’euro. Nous nous attendons à ce que la sous-évaluation qui en a résulté se résorbe. Vous pouvez tabler sur cette perspective en achetant des parts de sicav obligataire. Cela ajoute à votre portefeuille un petit supplément de diversification qui est toujours bienvenu.

Sicav obligataires
· Deux arguments plaident à nos yeux en faveur d’un placement en yens :
– la devise est sous-évaluée et cette sous-évaluation devrait disparaître ;
– votre portefeuille bénéficie d’une diversification supplémentaire.
· Vous lirez dans l’encadré ci-contre pourquoi nous ne sommes pas partisans d’un placement en sicav d’actions japonaises. Par contre, les sicav obligataires nous paraissent intéressantes. L’offre est limitée, mais suffisante. Tant ING (L) Renta Fund Yen (***) que KBC Renta Yenrenta et Parvest Japan Yen Bond (**) peuvent être achetées. Ces trois sicav investissent essentiellement en emprunts d’Etat d’une durée (restant à courir) de quelque 5 ans et leur rendement sur dividende est proche de 1,2 %. Cela peut vous sembler peu, mais ce désavantage est compensé par le potentiel de la devise et le supplément qu’elle apporte en diversification.

BOURSE DE TOKYO: TOUJOURS A EVITER

· L’an passé, les sicav d’actions japonaises ont mis un terme à des années de prestations faibles, voire négatives (voir graphique, en JPY). Nous vous déconseillons de prendre le train en marche. Pourquoi ? Parce que la Bourse de Tokyo est en ce moment une des plus chères du monde et qu’il n’y a pas de raison que cela change à court terme quand on voit les perspectives bénéficiaires des sociétés cotées. De plus, le rendement moyen sur dividende ne tourne qu’autour de 1 % (contre 2,9 en Belgique). Bref, investir en Bourse de Tokyo, c’est spéculer.
· Bon à savoir:
– en ce moment, la Bourse de Tokyo est la deuxième du monde en importance. Elle représente à elle seule un huitième du marché mondial ;
– elle compte surtout trois grands secteurs, la finance (Mitsubishi Financial, Mizuho Financial), la consommation (Tokyo Motor, Honda, Nissan Motor) et l’industrie (Mitsubishi, East Japan Railway) ;
– son indice phare est le Nikkei 225 qui, comme son nom l’indique, reprend les 225 principales valeurs du marché (voir graphique). Un autre indice connu, le Topix, reprend, lui, plus de 1600 valeurs.

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