Analyse
Les ours, les condors ou les tigres ? il y a 11 ans - jeudi 13 avril 2006

Les sicav investissant dans les pays émergents ont dégagé d’excellents résultats l’an dernier. Beaucoup parmi vous (re)découvrent ce type de placement.

Les sicav investissant dans les pays émergents ont dégagé d’excellents résultats l’an dernier. Beaucoup parmi vous (re)découvrent ce type de placement, risqué certes, mais plus différencié qu’on le croit.

2005 a été une année de feu du diable pour les sicav d’actions des pays dits “émergents” grâce à la progression souvent forte des devises locales par rapport à l’euro et grâce à la forte hausse des marchés boursiers concernés. Les résultats des postes principaux des sicav de pays ou de régions émergentes en témoignent : + 81 % pour la Corée du Sud, + 70 % pour le Brésil et + 111 % pour la Russie, le tout après conversion en euros !

Emergent ?
· Quels sont ces « marchés (ou ces pays) émergents », que l’on appelle aussi « marchés de croissance » ? Il s’agit des marchés (ou des pays) qui se développent à toute allure mais qui ont encore bien du chemin à parcourir dans certains domaines, notamment les finances publiques ou la stabilité politique. Il s’agit aussi de marchés (ou de pays) qui présentent des risques supérieurs à la moyenne.
· On distingue trois grandes zones géographiques où le phénomène est visible : l’Asie – en particulier le sud-est asiatique –, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. Chacun de ces marchés émergents est accessible par l’intermédiaire de sicav dont certaines sont diversifiées et investissent sur les (grands) marchés boursiers concernés, et dont d’autres se concentrent sur un pays en particulier. Vous l’aurez remarqué, il y a un grand absent dans tout cela : le continent africain. Il est complètement à l’écart, sauf l’Afrique du Sud qui, lentement mais sûrement, se fait une place dans les sicav multirégionales.
· Ce sont les sicav d’actions d’Europe de l’Est qui ont dégagé les meilleurs résultats l’an dernier avec une progression moyenne de 73 %. L’Amérique latine suit avec 62 %, puis le sud-est asiatique avec 39 %. A titre de comparaison, la progression moyenne de l’ensemble des marchés boursiers de la planète était de 31 % l’an dernier. Les marchés émergents font donc mieux et c’est ainsi depuis 2003. Pourquoi ?

La chasse au return
· L’Asie bénéficie des commandes en provenance des Etats-Unis, l’Amérique latine et la Russie tirent parti de la hausse du prix des matières premières (pétrole en tête) et l’Europe de l’Est a entrepris une manœuvre de rattrapage dans un contexte économique mondial qui est porteur pour elle. Tout cela a permis à plusieurs de ces pays d’améliorer sensiblement leur situation économique et même, dans certains cas, de rembourser leurs dettes anticipativement.
· Ce n’est pas tout. Que cherchent les investisseurs ? Du “return”. Où le trouvent-ils davantage qu’ailleurs ? Suivez mon regard... Les taux obligataires sont restés longtemps à un plus bas en Occident et les pays émergents affichent des tarifs alléchants. Que fallait-il de plus ? Les investisseurs de la première heure ont fait monter les cours et amorcé la pompe, les autres ont suivi.
· Pour que des investisseurs occidentaux trouvent soudainement un tel attrait aux pays émergents, il fallait aussi qu’ils soient rassurés. Ils l’ont été: la dernière crise financière date déjà de 2001, lorsque l’Argentine était virtuellement en état de faillite. Loin de cette crise maintenant, les capitaux ont afflué dans les économies – souvent de taille réduite – des pays émergents, ce qui a fait monter sensiblement les cours des obligations, des actions et des devises locales.

Prudence
· Il ne faudrait pas en déduire que la météo est définitivement au beau fixe. Prudence ! La proximité des élections en Amérique latine (Brésil et Mexique en tête) génère de l’instabilité politique et, comme souvent en période électorale, les budgets sont gérés avec davantage de laxisme, ce qui entraîne une hausse des déficits publics. C’est quelque chose que les investisseurs n’aiment pas ! En Europe de l’Est aussi plusieurs pays vont vers des élections. On pourrait y voir monter en puissance les partis eurosceptiques, ce qui retarderait l’entrée de certains de ces pays dans la zone euro et pourrait déstabiliser leur devise.
· Pour le dire de manière plus générale, si 2004 et 2005 ont été de fortes années dans les pays émergents, la croissance économique pourrait être moins forte cette année et les suivantes. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt en Europe et surtout aux Etats-Unis réduit l’attrait de ces marchés. Si les investisseurs reviennent en masse vers les placements à revenus fixes en euros ou en dollars, les conséquences pourraient en être fortement négatives sur les marchés obligataires et boursiers des pays émergents, d’autant que leur taille est généralement réduite.

Un vaste choix
· L’offre est vaste et nous en publions une sélection dans nos tableaux : Asie, Amérique latine, Europe de l’Est, auxquelles s’ajoute une quatrième catégorie « pays émergents » tout simplement regroupant des sicav investissant sur tous ces marchés. Le gestionnaire moyen mise 40 à 60 % sur l’Asie, 10 à 25 % sur l’Amérique latine et 10 à 20 % sur l’Europe de l’Est. L’Afrique du Sud ferme la marche avec 10 % environ de la plupart des portefeuilles. Pourquoi ces pourcentages et pas d’autres ? L’explication tient généralement à la capitalisation boursière des pays et régions concernés (voir " Capitalisation boursière ").
· Lorsqu’on zoome sur nos tableaux, que constate-t-on ?
Asie: il est difficile de comparer les portefeuilles des sicav investissant dans les économies des “tigres” asiatiques tant elles diffèrent. Ainsi, les gestionnaires de Fidelity Asean Fund ont misé 40 % sur Singapour alors que ce pays n’est même pas présent dans le portefeuille de Fructilux Sud-Est Asiatique. Telle sicav va donner beaucoup de poids à la Chine (Hong Kong), telle autre pas. Le seul pays présent à peu près partout est la Corée du Sud ;
Amérique latine: deux pays sont mis en avant, d’abord le Brésil, parfois jusqu’à 60 % des portefeuilles, ensuite le Mexique (30 %). Les miettes vont au Chili et à l’Argentine ;
Europe de l’Est: il faut distinguer entre les sicav misant sur la Russie et celles qui ne le font pas, les premières ayant bénéficié de la hausse de la Bourse de Moscou : + 300 % en trois ans ! Le gestionnaire moyen investit 40 % de son portefeuille en Russie, 15 % en Pologne, 10 % en Hongrie et 5 % en Tchéquie. La Turquie fait de plus en plus son apparition dans ces portefeuilles. Lorsque la Russie est absente, la répartition est la suivante : Pologne 25-50 %, Hongrie 20-30 % et Tchéquie 15-20 %.

EVOLUTION COMPAREE DES INDICES BOURSIERS D’EUROPE DE L’EST (en gras) ET D’ASIE (2001 = base 100)

Les dernières années, les bourses d'Europe de l'Est (en gras) ont connu un véritable feu d'artifice. Grâce à la Russie surtout, qui a profité de la hausse des prix des matières premières. Mais cette région est vraiment risquée pour y investir encore. Si vous n’avez pas froid aux yeux, vous pouvez investir en Asie.

Ce qu’il faut retenir
· On l’a dit, le risque s’est amenuisé ces dernières années, mais il n’en reste pas moins qu’un investissement dans les pays émergents doit être considéré comme une opération à risque. Vous devez donc vous poser cette question essentielle : ce type d’investissement me convient-il et puis-je me passer de mon argent pendant longtemps ? Quoi qu’il en soit, limitez le poids de ce poste à 10 % de votre avoir.
· Résistez à l’appel des sirènes. On ne peut le nier, les Bourses latino-américaines et d’Europe de l’Est surtout ont très bien travaillé ces dernières années. Or, ce sont celles qui, à nos yeux, offrent le potentiel le moins intéressant. Beaucoup de ces marchés, beaucoup de devises locales aussi, nous semblent surévalués. Des corrections ne sont pas exclues à la moindre hausse des taux d’intérêt ou lors du moindre retournement conjoncturel.
· Si vous vous sentez l’âme audacieuse et que votre portefeuille vous le permet, préférez une sicav investissant dans un des « tigres » d’Asie. Nous croyons surtout au potentiel des Bourses sud-coréennes, de Hong Kong et de Singapour. Vous pouvez acheter ING (L) Invest New Asia ou Fidelity South East Asia (Deutsche Bank). Axa Rosenberg Pacific Ex-Japan Small Caps est une excellente sicav, mais elle ne peut être achetée pour le moment. Vous pouvez aussi envisager d’acheter des parts d’une sicav investissant en Chine (voir " L'alternative chinoise ").

Capitalisation boursière
Lorsque l’on multiplie la valeur de chacune des actions cotées sur un marché boursier par le nombre des titres en circulation, on obtient ce que l’on appelle la “capitalisation boursière” d’un marché. C’est un ratio important. Plus la capitalisation boursière d’une action, d’un pays ou d’une région pèse lourd, plus ce poste sera présent dans le portefeuille de sicav moyen. Il n’y a donc rien d’étonnant au fait que dans les sicav multirégionales le poste le plus lourd soit réservé à la plus grande région concernée, l’Asie, suivie par l’Amérique latine.
Vous trouverez ci-dessous le top 5 des pays émergents et leur poids dans l’indice boursier mondial. Pour les raisons décrites ci-dessus, ce sont aussi les pays qui pèsent le plus dans le portefeuille des sicav. A titre d’information, fin 2005, la Bourse d’Afrique du Sud, qui se classe en 6ème position, a dépassé la Bourse de Bruxelles en poids, et ce pour la première fois. Voici le top 5 :

1. Hong Kong (2,2 %)
2. Corée du Sud (1,5 %)
3. Russie (1,5 %)
4. Brésil (1,4 %)
5. Taïwan (1 %)

L’alternative chinoise
Il n’y a pas que les sicav investissant en Asie du Sud-est, il y a aussi celles qui investissent en Chine ; elles sont tout aussi intéressantes et le choix ne manque pas. Certaines ont un champ d’action limité à la Chine et à Hong Kong, d’autres visent la « grande » Chine et incluent surtout Taïwan. On les reconnaît à leur appellation « Greater China ». Nous leur préférons les sicav qui misent sur la « petite » Chine, lesquelles mettent d’avantage l’accent sur les Bourses continentales de Shanghai et de Shenzhen qui recèlent, estimons-nous, un fort potentiel. Vous pouvez acheter Dexia Equities B Red Chips ou Top-Global China (ABN AMRO).

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