Analyse
La consommation quotidienne il y a 10 ans - jeudi 12 avril 2007
Un secteur qui gagne à être connu : le secteur des biens de consommation.

Le secteur des biens de consommation poursuit sa mutation. Son succès reposera sur deux axes : les nouveaux marchés dans les pays émergents et l’adaptation des produits aux besoins nouveaux des consommateurs. Les sicav spécialisées offrent un intéressant potentiel de croissance associé à un caractère défensif de bon aloi. Elles méritent une place dans votre portefeuille. Vous pouvez acheter Fortis B Equity Consumer Goods Europe et le tracker StreetTRACKS MSCI Europe Consumer Staple.

Le marché des sicav spécialisées dans les biens de consommation est vaste. Une distinction doit être faite entre celles qui investissent plutôt dans les biens de consommation quotidienne (alimentation, boissons, etc) et celles qui visent les biens dont les ventes fluctuent au gré de la conjoncture (automobile, médias, loisirs). Nous traiterons ici des premières, dont les perspectives nous semblent plus favorables.

MOROSITE OCCIDENTALE
Quoi qu’il arrive, il faut manger, boire, s’habiller. Ce n’est pas lié à la conjoncture. Pourtant, sur les marchés historiques d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, la croissance des entreprises du secteur de la consommation est faible et leur rentabilité s’érode lentement. Les derniers chiffres publiés par Unilever, Coca-Cola, Kraft ou encore Cadbury Schweppes sont moroses.
En fait, ces groupes n’ont pas bien réussi à s’adapter à l’évolution des besoins des consommateurs, notamment vers une alimentation plus saine, tandis que les coûts des matières premières et les budgets de marketing sont restés orientés à la hausse. Les consommateurs sont du reste plus économes qu’autrefois et plus réticents à acheter des articles de marque lorsque des alternatives existent à moindre coût pour une qualité acceptable.

DEUX AXES CLES
Certains de ces grands groupes industriels se portent mieux que d’autres. Ils ont anticipé les difficultés et se sont développés autour de deux axes :
– l’innovation : pour éviter que leurs produits ne se banalisent, des acteurs comme Procter & Gamble, Nestlé ou encore Danone renouvellent régulièrement leurs gammes en collant davantage à l’évolution des goûts et besoins. Le plus souvent, cela s’accompagne aussi d’un recentrage sur les points forts de leur produit. Apparemment, c’est efficace ;
les pays émergents : l’essentiel de la croissance économique mondiale se fait dans les pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. En mettant résolument le cap sur ces pays – voire sur ceux en développement –, les grands groupes alimentaires compensent l’atonie des marchés occidentaux. C’est pour cela que le brasseur belge Inbev a fusionné en 2004 avec le brésilien Ambev, devenu depuis le moteur de la croissance du groupe. Mais ce n’est pas sans risque : les investissements sont lourds et les stratégies à mettre en œuvre sont souvent radicalement différentes. Il faut par exemple une offre spécifique pour les populations pauvres, voire très pauvres, mais où les attentes sont grandes en matière d’alimentation et d’hygiène. Sans compter que les contrées visées ne sont pas nécessairement vierges, la concurrence des groupes locaux s’organise.
Bref, si la croissance est plus forte sur ces marchés, les marges n’y sont pas forcément plus confortables. Pour réussir la transition, il faut dès se montrer très efficient : continuer à réduire les coûts en Occident et se renforcer au plus vite sur les nouveaux marchés grâce notamment à des acquisitions ciblées permettant de disposer rapidement de réseaux de distribution locaux. C’est par exemple l’ambition déclarée de L’Oréal.

Réduire les coûts est encore possible

Les entreprises du secteur de la consommation ont un souci omniprésent : réduire leurs coûts. C’est un réservoir de hausse bénéficiaire souvent substantiel, comme on l’a vu ces derniers mois avec Inbev, qui a redressé spectaculairement sa rentabilité. Bon nombre d’entreprises du secteur peuvent encore s’améliorer sensiblement sur ce point.

DES DEGÂTS A TERME
Ceci nous amène à nous poser une question : certaines entreprises du secteur ne risquent-elles pas de péricliter par manque ou au contraire par excès d’audace ? Si, il y aura sans doute quelques dégâts. Mais ils devraient rester limités. Les investisseurs et les fonds d’investissement veillent au grain. Mieux, ils sont à l’affût des sociétés dont le potentiel n’est pas complètement exploité. La récente scission décidée par Cadbury Schweppes entre la confiserie et les sodas a été décidée sous la pression d’un gros actionnaire désireux de plus d’efficacité. Et Unilever est souvent citée comme cible potentielle pour les fonds d’investissement. En fait, ces épées de Damoclès suspendues au-dessus des équipes dirigeantes de ces groupes sont une bonne chose pour les cours boursiers.

CARACTERE DEFENSIF
Par nature, le secteur des biens de consommation quotidienne présente un caractère défensif. Et malgré de lourds investissements, les entreprises du secteur offrent une situation financière plutôt saine permettant d’assurer une politique de dividendes relativement stable qui renforce encore le caractère défensif du secteur. Autrement dit, en optant pour une sicav spécialisée dans les produits de base (alimentation, boissons, produits d’entretien…), l’épargnant investit dans un secteur aux perspectives intéressantes en matière de rendement, de risque et de diversification.

FONDS INVESTISSANT DANS LE SECTEUR ES BIENS DE CONSOMMATION QUOTIDIENNE

Nom

Distribué par

Valeur
d'inventaire
au 31/03/2007

Frais (%)
d'entrée

Rendement (%)

Indicateur
performance

1 an

3 ans

5 ans

Balzac Consumer Staples Index

Deutsche Bank

179,76 USD

2,00

10,2

8,5

-0,1

*

Fortis B Equity Consumer Goods Europe

Fortis

318,56 EUR

2,50

23,7

16,6

7,3

**

Fortis L Equity Consumer Goods Europe

Fortis

141,59 EUR

2,50

23,2

16,1

5,7

**

Fortis L Equity Consumer Goods World

Fortis

356,64 EUR

2,50

8,50

9,7

0,8

*

ING L Invest European Food & Beverages

ING

330,04 EUR

3,00

23,0

15,8

6,3

*

ING L Invest Food & Beverages

ING

1 044,71 USD

3,00

9,3

8,1

-0,3

*

KBC Equity Food & Beverages

KBC

728,41 EUR

3,00

12,9

11,3

2,8

*

Robeco Food & Agri Equities (EUR) D

Robeco Bank

57,16 EUR

2,00

12,6

12,4

0,9

*

Share Consumer Staples

Bearbull

637,63 EUR

2,50

10,6

10,6

2,6

**

StreetTracks MSCI Europe Consumer Staple

Euronext Paris

75,95 EUR

Bourse

24,5

17,6

6,7

**

QUE CHOISIR ?
Dans le tableau ci-dessus, vous trouverez un aperçu des sicav disponibles sur le marché belge. Il existe aussi un tracker disponible sur Euronext Paris.
· Plusieurs sicav se concentrent exclusivement sur l’alimentation et les boissons, comme l’indique leur appellation « Food & Beverages ». On y trouve de grands noms comme Nestlé, Danone, Coca Cola et… une petite place réservée aux producteurs de tabac (Altria) ! D’autres sicav se concentrent aussi sur les produits d’entretien (Procter & Gamble, Unilever), les cosmétiques (L’Oréal) et même un peu de « pharma », tous produits dont chacun a aussi l’usage régulièrement.
· Certaines sicav se concentrent sur l’Europe, d’autres voient plus large, au niveau mondial. Comme la plupart des sociétés concernées sont mondiales, la distinction n’a pas beaucoup de sens. A noter toutefois que les sicav spécialisées dans les valeurs mondiales ont dégagé un moins bon rendement ces dernières années. C’est dû pour l’essentiel à la méforme du dollar américain, qui a perdu près de 35 % au cours des cinq dernières années.
· Sur la base de notre indicateur de performance, qui tient compte du rendement, du risque et de la régularité des prestations des cinq dernières années, on constate que les gestionnaires exploitant cette niche peinent à aligner de bons résultats. Nous avons toutefois épinglé deux possibilités, la sicav Fortis B Equity Consumer Goods Europe et le tracker StreetTRACKS MSCI Europe Consumer Staple (code ISIN : FR0000001745), auxquels nous attribuons **. Vous pouvez acheter.
Share Consumer Staples (Bearbull) a droit aussi à **, mais ses gestionnaires semblent éprouver ces derniers temps plus de difficultés à obtenir de bonnes performances. Conservez, mais n’achetez pas.
Les autres sicav ne sont pas intéressantes à acheter. Vous aurez remarqué que nous ne conseillons plus Fortis L Equity Consumer Goods World et Balzac Consumer Staples Index. La qualité de leur gestion s’est quelque peu dégradée ces derniers temps. Mais vous pouvez conserver.

EVOLUTION DE FORTIS B EQUITY CONSUMER GOODS EUROPE (en euro)

Cette sicav investit pour 50 % dans l’alimentation, pour 20 % dans les boissons, pour 15 % dans le tabac et pour 10 % dans les produits ménagers et les cosmétiques. Les principales actions en portefeuille sont Nestlé, Danone, Unilever et L’Oréal.

Un peu d’automobile et de médias…

Certaines sicav spécialisées dans le secteur des biens de consommation misent sur l’automobile et les médias. Cette option nous semble moins intéressante pour le moment. Les actions du secteur automobile sont devenues globalement chères alors que la situation sur le terrain reste inégale. Beaucoup de constructeurs éprouvent des difficultés à se différencier des autres et souffrent de ce fait de la concurrence. Il faut aussi compter avec la hausse du coût des matières premières.

Du côté des médias, l’évolution technologique rapide (internet et le numérique en général) a modifié la donne. Certaines entreprises cherchent toujours un nouveau modèle de développement de leurs activités et la Bourse nous semble trop optimiste à cet égard.

Nous vous conseillons de vendre vos parts de sicav investissant dans ces secteurs, mais faites bien attention de les distinguer – les dénominations peuvent induire en erreur – de celles investissant dans les biens de première nécessité et qui, elles, sont plus intéressantes.

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