Analyse
La samba dans votre portefeuille il y a 10 ans - vendredi 11 mai 2007
Les audacieux parmi vous peuvent parier sur le potentiel de la Bourse brésilienne, le champion de l’Amérique latine.

Les audacieux parmi vous peuvent parier sur le potentiel de la Bourse brésilienne, le champion de l’Amérique latine. Nous resterions par contre à l’écart des autres pays de la région.

Pour tirer parti du potentiel de croissance de l’Amérique du Sud, le mieux est de recourir à une sicav d’actions misant sur le Brésil et rien d’autre. L’économie du pays dirigé par le président Lula da Silva est saine et son marché boursier n’est pas cher. Il est en outre suffisamment liquide et suffisamment grand. Des qualités que nous n’oserions attribuer à certains autres marchés de la région. Attention toutefois : il s’agit d’un placement spéculatif. Le potentiel y est, mais le risque aussi.

TOUT VA BIEN
Après la récession de 2003, le gouvernement de la dixième économie mondiale (chiffres de fin 2005) a tout fait pour redresser la situation. Les réformes ont été lentes, mais elles ont été faites et elles ont contribué à relancer la croissance économique (4,4 % attendus pour cette année). Oh, ce n’est pas l’Asie, et surtout pas la Chine, mais cette croissance repose sur des fondements stables qui laissent entrevoir le meilleur pour demain. Ces fondements sont la baisse des impôts et les investissements en infrastructure, une inflation relativement faible pour la région (3,5 %), des finances publiques en net progrès (endettement de 50 %) et des exportations florissantes. Revenons sur ces deux derniers points: la dette publique est mieux gérée (financement meilleur marché et dépendance moindre à l’égard du dollar) et les exportations sont moins liées que jamais aux matières premières (exportations en hausse dans les secteurs de l’automobile et du textile). Enfin, la devise locale, le real, a été fortement soutenue par des taux d’intérêt très élevés (12,5 %) qui ont attiré les capitaux étrangers, ce qui a permis à la banque centrale, la Banco do Brazil, de renforcer considérablement ses réserves en devises étrangères. L’amélioration de la situation locale devrait aujourd’hui permettre à la banque centrale de baisser ses taux d’intérêt sans nuire au real. Comme sa crédibilité progresse sûrement mais lentement, le pouvoir d’attraction du Brésil sur les (gros) investisseurs devrait en effet demeurer.

EVOLUTION DE LA BOURSE BRESILIENNE (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base = 100)

Le tracker Lyxor permet de jouer sur les prestations économiques du Brésil. Pour les audacieux seulement et pour une part réduite de votre avoir (5 %).

UN TRACKER ?
Oui. Nous vous expliquons. Il y a différentes manières d’investir sur le marché boursier brésilien, plus exactement la Bolsa de Valores de São Paulo, en abrégé BOVESPA.
· Primo, via une sicav régionale, englobant l’Amérique latine (voir page suivante) et constituée généralement de 50 % environ d’actions brésiliennes. Ou via une sicav du type “BRIC” (le “B” faisant référence au Brésil, voir F&S 141), dont la part brésilienne est de 25 % environ, ou encore via une sicav diversifiée sur les pays émergents. Dans ce dernier cas, la part du Brésil est de 10-15 % seulement. Nous ne vous conseillons pas ces sicav qui ne permettent de profiter que partiellement de la bonne santé du Brésil.
· Secundo, via un placement spécialisé exclusivement dans les valeurs brésiliennes. C’est à notre avis la meilleure solution. Autrefois, ce n’était possible que via les fameux “fonds fermés” cotés en Bourse de New York (voir F&S 93) comme Brazil Fund (ticker: BZF) et Brazilian Equity Fund (BZL). Ils ont disparu. Aujourd’hui, d’autres possibilités s’offrent à vous, les sicav proposées par les institutions financières et les trackers cotés en Bourse. Voyons cela de plus près.
– Le bon d’abord, Lyxor ETF Brazil (Ibovespa) (ISIN: FR0010408799, ticker: ‘RIO’, 17,77 euros fin avril), un tracker coté sur Euronext Paris. Objectif : s’aligner sur l’indice boursier local, le BOVESPA (voir encadré). Malgré son jeune âge, il y arrive. Les coûts de gestion annuels sont de 0,65 %. Avantage : les dividendes sont automatiquement réinvestis.
– Le moins bon ensuite, iShares MSCI Brazil Index (ticker: ‘IBZL’, 30,03 euro), un tracker coté aussi sur Euronext Paris. Nous préférons le précédent. Ses frais de gestion annuels sont de 0,74 %, il est coté en dollars, il distribue un dividende trimestriel, soumis au précompte belge, et il est un peu moins bien géré.
On peut en dire autant du grand frère iShares MSCI Brazil Index (ticker: ‘EWZ’, 52,56 USD), coté lui en Bourse de New York. Ses coûts de gestion sont de 0,7 %, et son dividende annuel est imposé deux fois (une retenue à la source étrangère et le précompte belge).
La sicav ABN AMRO Brazil Equity (63,58 USD) n’arrive (tout juste) pas à égaler les prestations des trackers. Ses frais relativement élevés (gestion annuelle: 1,35 %) y sont pour beaucoup.
– Le tout moins bon enfin, la sicav EMIF Brazil (473,41 USD), émise par CBC-KBC mais commercialisée par nombre d’autres institutions financières. Elle n’arrive pas à la cheville des prestations des trackers du fait notamment de sa gourmandise en frais de gestion (1,5 %) et, surtout, d’une gestion moins perfomante. A éviter.

Vous avez dit BOVESPA?

Pour savoir quels sont les secteurs d’activité et les sociétés présentes sur un marché boursier, il suffit généralement de se rendre sur le site internet ad hoc. Pour la Bourse brésilienne, l’adresse est www.bovespa.com.br. Hélas, nous avons déjà vu mieux et certaines informations, comme les secteurs par exemple, ne sont guère aisées à trouver. De plus, ce site est exclusivement en anglais, en espagnol et en portugais.

Heureusement, il y a un truc : la fiche technique du tracker Lyxor. C’est ainsi qu’on apprend que les principaux secteurs présents en Bourse de São Paulo sont les mines (30 %), l’énergie (25 %) et la finance (10 %). Les principales sociétés cotées sont Petrobras (le géant pétrolier local), Companhia Vale do Rio Doce (mines, surtout fer et cuivre) et les institutions financières Banco Bradesco et Banco Itaú.

PLUS LARGE
· Elargissons notre champ de vision et intéressons-nous au reste de l’Amérique latine : c’est clair, les économies locales sont en meilleur forme qu’il y a quelques années. Grâce à un mélange savant de saines politiques économiques, de taux d’intérêt en baisse et de prix à l’exportation en hausse. Le revers de la médaille, ce sont les écarts entre les pays. Cela pose problème.
– Le Chili (42ème économie mondiale) présente l’économie la plus saine de la région. Sa croissance est forte (plus de 5 %), son inflation raisonnable (moins de 3 %) et sa devise, le peso, stable. La présidente du pays reste très vigilante, ce qui est à la fois rassurant et prometteur. Il y a beaucoup de chances que la banque centrale réduise encore ses taux d’intérêt, ce qui serait une bonne chose pour le marché boursier local, la Bolsa de Comercio de Santiago.
– L’Argentine (32ème économie mondiale) devrait connaître cette année une croissance d’un bon 7 %. C’est costaud et c’est dû surtout à la hausse du prix des matières premières, à la baisse des impôts et à la faiblesse de la devise locale, le peso. Comme il y a des élections présidentielles cette année, on ne peut dire que la rigueur budgétaire soit le maître mot en ce moment, ce qui est plutôt inquiétant à court terme. La croissance économique devrait fléchir l’an prochain et l’inflation, qui est déjà de plus de 10 %, devrait croître encore. L’Argentine fait penser à un moteur qui tourne à plein régime et qui présente d’inquiétants signes d’échauffement.
– Le Mexique (13ème économie mondiale) est l’enfant à problème de la région. Il reste fortement dépendant des Etats-Unis et le président Calderon ne parvient pas à mener les réformes qui s’imposent. Le pays souffre aussi d’un manque chronique d’investissements dans le secteur pétrolier, pourtant stratégique. On le voit au fait que la production du pays est en baisse alors que le prix de l’or noir atteint des sommets. L’un des principaux atouts du pays, la faiblesse de ses salaires, est de plus en plus menacé par la concurrence asiatique. Avec pour conséquence que la devise locale, le peso, est en baisse et que la croissance économique est faible pour la région : un peu plus de 3 %. Nous ne voyons pas ce qui changerait à court terme dans ce scénario assez sombre.
· Le principal inconvénient des sicav investissant dans toute l’Amérique latine est qu’elles ne répartissent pas leurs avoirs en fonction du potentiel des pays mais en fonction des capitalisations boursières, c’est-à-dire de l’importance, du poids des différents marchés boursiers. Le Brésil et le Mexique sont chouchoutés, mais l’excellent Chili est discriminé dans les portefeuilles. C’est regrettable. Pour nous, c’est surtout le poids prépondérant du rigide Mexique (40 %) dans le portefeuille de ces sicav qui est inquiétant. Ne pas acheter.

EVOLUTION DES BOURSES SUD-AMERICAINES (en gras) ET DE L’INDICE BOURSIER MONDIAL (base = 100)

Les marchés boursiers sud-américains ont parcouru bien du chemin ces dernières années. Mais il y a peu de chances que ces performances puissent se répéter. A l’exception de celui du Brésil, nous pensons que ces marchés ne présentent plus un grand potentiel. Evitez les sicav diversifiées sur la région. Préférez un placement qui se concentre sur le Brésil.

Un marché n’est pas l’autre

Investir dans un pays isolé comme le Brésil s’adresse plutôt aux spéculateurs qui souhaitent dégager rapidement une confortable plus-value mais qui acceptent aussi, lecas échéant, de subir une perte. Si vous n’avez pas le tempérament spéculateur mais que, dans la perspective d’un placement à long terme, vous souhaitez néanmoins profiter du potentiel qu’offrent les pays émergents, nous vous conseillons d’opter pour une sicav dont le risque est réparti sur toute une région émergente et pas sur un seul pays.

Cela ne vous dispensera pas de connaître des hauts et des bas. Les marchés boursiers de ces pays sont généralement fort petits par rapport aux marchés occidentaux, leur liquidité n’est que rarement optimale et les mouvements de capitaux, à l’entrée comme à la sortie, y sont particulièrement brusques. Les sommets peuvent très vite se muer en abîmes et inversement. Le potentiel est donc réel, mais investir dans les pays émergents représente quoiqu’il en soit un risque supérieur à la moyenne et n’est donc pas indiqué pour tout le monde. L’Asie présente selon nous le meilleur potentiel. N’y investissez pas plus de 10 % de votre avoir.

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