Analyse
Placements durables : peut mieux faire il y a 10 ans - jeudi 14 juin 2007
On le sait, il y a parfois un écart important entre la théorie et la pratique. Notre vaste enquête menée sur le marché des placements éthiques et durables montre que c’est le cas aussi dans ce domaine.

On le sait, il y a parfois un écart important entre la théorie et la pratique. Notre vaste enquête menée sur le marché des placements éthiques et durables montre que c’est le cas aussi dans ce domaine. Sur papier, les institutions financières sont enthousiastes. Dans les points de vente, ce n’est pas la même disposition d’esprit. Il faut que cela change !

On n’a jamais placé autant d’argent dans les sicav dites durables, à savoir celles visant à dégager aussi une plus-value écologique, sociale ou éthique. L’offre, de ce fait, n’a jamais été aussi large et aussi diversifiée. Pourtant, ce n’est pas la percée attendue. Malgré leur croissance spectaculaire ces dernières années, les sicav de ce type ne représentent même pas 5 % du marché belge. Alors que les institutions financières et les intermédiaires sont tous d’accord pour dire qu’une sicav durable est tout aussi rentable qu’une autre à risque égal. C’est du moins le discours officiel.
Comment expliquer la modestie de cette part de marché ? Manque d’intérêt de la part de l’investisseur ? Manque de connaissance de l’offre disponible ? Ou bien le problème est-il ailleurs, chez les banquiers par exemple ? La promotion de ces sicav est-elle mal faite ? Ou bien sont-elles tout simplement mal vendues ?
Ces points d’interrogation ont amené la secrétaire d’Etat au Développement durable, Els Van Weert, à lancer une enquête en collaboration avec la Loterie Nationale et Test-Achats. Au total, 29 institutions ont été interrogées, dont 18 proposent un total de 80 produits durables.

SUR PAPIER...
Un questionnaire a d’abord été envoyé au siège social des institutions. But de l’opération : savoir à quoi correspond le concept de durabilité et quelle est la gamme des produits offerts. Rapportent-ils moins ? Sont-ils plus risqués ? Dégagent-ils une plus-value ? Quels en sont les avantages et les inconvénients, etc. Quelques résultats :
– il n’y a pas de définition unique du concept de durabilité, les uns le voyant au sens large, les autres à un sens plus étroit. Comme les mesures de contrôle, permettant de déterminer si une entreprise répond ou non aux critères de durabilité, sont différentes (contrôle interne au sein même de la banque ou contrôle externe indépendant par exemple), il n’y a rien d’étonnant au fait que ce qui est durable pour l’un ne l’est pas pour l’autre – et inversement. Tout cela est de nature à créer la confusion chez le client ;
– 90 % environ des institutions sondées estiment que les placements éthiques ne rapportent pas moins que les autres et ne sont pas plus risqués. On est plus nuancé chez Citibank, Deutsche Bank, Fortis Banque et Petercam ;
– plus de la moitié des institutions estiment que ce type de placement a sa place dans tout portefeuille. Un point de vue partagé même par certaines institutions qui (pour le moment) ne proposent pas de placements durables.

ING (L) INVEST SUSTAINABLE GROWTH (en euros)

La sicav d’ING est célébrée au siège central de cette banque, mais dans certains points de vente on est loin du compte. ING n’est d’ailleurs pas la seule dans ce cas.

... ET SUR LE TERRAIN
Un groupe d’enquêteurs anonymes a ensuite été envoyé dans 50 agences des 29 institutions étudiées. Dexia, Fortis Banque, ING et KBC ont été visitées six fois, la Banque de La Poste deux fois, les autres une fois. Ces enquêteurs avaient pour mission de demander quels étaient les placements durables qui convenaient le mieux dans leur cas. Les autres placements ne les intéressaient pas. Si l’institution ne proposait pas de placements durables, nous avons laissé le champ libre aux agences de proposer, ou non, une solution alternative.

· Parmi les onze institutions ne proposant pas de placements durables :
– Sept ont réagi commercialement et proposé un placement non durable. Seules Argenta, Europabank et Van Lanschot Bankiers ont respecté le souhait des enquêteurs et admis qu’elles ne pouvaient pas les aider ;
– la Banque de La Poste (deux fois), Citibank, Dierickx, Leys & Cie et Puilaetco Dewaay ont prétendu disposer de placements durables alors que ce n’est pas le cas. Elles ont donc – souvent inconsciemment – induit nos enquêteurs en erreur ;
– seule SG Private Banking a pris la peine de rechercher un placement durable disponible sur le marché. Mais le spécialiste de l’agence de préciser dans la foulée que l’aspect durable des placements n’était selon lui pas intéressant. Si notre enquêteur avait réellement voulu acheter une sicav, il serait donc probablement rentré à la maison avec une sicav classique.

· Parmi les dix-huit institutions proposant des placements durables :
– AXA, Deutsche Bank, ING (une agence) et Record Bank ont affirmé erronément à nos enquêteurs ne pas commercialiser de produits de ce type ;
– sept (AXA, Banque Degroof, Banque Delen, Deutsche Bank et ING à trois reprises) ont proposé des sicav non durables malgré l’insistance de nos enquêteurs à refuser tout placement de ce type. Dans la plupart des cas, les spécialistes sur place justifiaient leur proposition par le fait que les sicav durables offraient une qualité moindre que les autres ;
– un conseiller sur cinq n’était pas d’accord avec la comparaison entre les qualités (rendement et risque) des placements durables et non durables avancée par leur siège social ;
– un conseiller sur trois était incapable de nous dire qui se chargeait de contrôler le caractère durable du produit proposé ;
– enfin, et ce n’est pas le moins regrettable, l’information sur les produits (brochures, fiches techniques) n’a été remise que dans la moitié des cas. Et dans 80 % des cas, les conseillers ont “oublié” de mentionner qu’une information spécifique était disponible sur le site Internet de leur institution.

OCCASION MANQUEE
Bref, malgré l’attitude positive rencontrée dans les sièges des institutions à l’égard des placements durables et malgré le souhait spécifiquement exprimé par les enquêteurs, ceux-ci sont bien souvent rentrés chez eux avec un placement non durable.
Les conseils donnés au guichet étaient par ailleurs souvent insuffisants et trop dépendants de l’attitude des conseillers à l’égard de ce type de placement.
Enfin, ces derniers n’étaient pas suffisamment au courant de la documentation existante – sur papier ou sur Internet.

LA SUITE
Une série d’initiatives vont être prises tant en direction des institutions financières que des autorités. Pour les premières, il y a longtemps que nous demandons une meilleure information sur papier, sur Internet et vers les points de contact avec le public en matière d’épargne et de placements durables.
De leur côté, les autorités devraient spécifier ce que l’on entend par placements durables. L’épargnant doit être mieux informé et encouragé à se tourner vers ce type de produits. Les autorités pourraient, pourquoi pas, elles-mêmes montrer l’exemple.

En savoir plus

Si les résultats détaillés de cette enquête vous intéressent, vous pouvez lire le n° 192 (mai/juin 2007) de notre publication soeur Budget & Droits. Vous pouvez aussi obtenir GRATUITEMENT ces informations auprès de notre Service Aide individuelle au 02/542 33 50, que vous pouvez appeler chaque jour, sauf le lundi matin, de 9h à 12h30 et de 13h à 16h.

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