Analyse
Tirer les leçons du passé il y a 9 ans - jeudi 10 janvier 2008

Comme chaque année, notre numéro de janvier vous offre un aperçu des meilleures et des moins bonnes prestations des sicav pour l’année écoulée.

Comme chaque année, notre numéro de janvier vous offre un aperçu des meilleures et des moins bonnes prestations des sicav pour l’année écoulée. Intéressant, mais mieux vaut de ne pas prêter trop attention aux chiffres. Ils ne constituent en effet qu’un instantané et ne donnent aucune garantie pour l’avenir.

Pour 2007, les sicav gagnantes sont celles qui investissent dans les pays dits de croissance. Les actions turques (+49,4 %), chinoises (+39,1 %), asiatiques (+30,4 %), latino-américaines (+26,3 %) et même d’Europe de l’Est (septième place, +17,6 %) ont réussi leur année ! Leurs excellentes prestations sont dues à un certain nombre de facteurs: la demande intérieure croissante d’une population toujours plus riche, l’économie saine (lutte contre l’inflation, croissance, constitution de réserves), la recherche d’un rendement élevé de la part des investisseurs étrangers, la situation politique nettement plus stable, mais aussi quelques facteurs locaux favorables. Ajoutés à la petite taille de nombre de Bourses locales, ces éléments ont débouché sur une hausse rapide de ces Bourses, peu préoccupées par les problèmes de crédit « subprimes » ou le ralentissement conjoncturel du pays de l’Oncle Sam.
Si on se limite aux sicav et fonds d’assurances, la palme revient sans conteste aux sicav d’actions turques et chinoises. Le gagnant est finalement Top-Global China (ABN AMRO, *) avec un gain de 53,1 %. Un résultat excellent quand on sait que la sicav a sérieusement fléchi ces trois derniers mois. Pour ce qui est des trackers, cet honneur revient à Lyxor ETF China Enterprise (+39,2%).

MARCHE DES ACTIONS TURQUES (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base 100)

Flop en 2006, top en 2007. Le revirement de la Bourse turque est stupéfiant. C’était pourtant un coup de dés vu la crise politique dans le pays. Mais une fois ces problèmes résolus, nombre d’investisseurs ont fondu sur la Bourse, avec le résultat que l’on sait. Trop chère pour le moment.

NE COUREZ PAS APRES LE RENDEMENT…
· Dans le tableau ci-dessous, nous vous offrons un « top 5 » et un « flop 5 ». Si vous avez investi en sicav d’actions japonaises, britanniques ou du secteur financier, vous en avez été ainsi pour vos frais. Cela signifie-t-il que vous deviez vendre ces sicav et plutôt investir dans les gagnants de l’année ?
· Trois fois NON ! Les résultats du passé ne constituent en aucun cas une garantie pour l’avenir. Le comportement de la Bourse turque est à cet égard édifiant. Les mauvaises prestations de la Bourse d’Istanbul en 2006 illustrent parfaitement ce que nous voulons dire. Première de classe en 2007, et lanterne rouge en 2006 ! De tels extrêmes sont rares, c’est vrai, mais ce qu’il faut en retenir, c’est que baser le choix d’un placement sur les rendements du passé n’est pas une bonne stratégie. Faut-il dès lors faire le contraire et acheter à contre-courant ? Non plus ! Un exemple.
Les actions japonaises ont fait aussi mal l’an passé (51ème sur 51 catégories en 2006) qu’en 2006 (50ème sur 52). Acheter les canards boiteux du passé dans l’espoir d’une belle remontée n’est donc pas non plus une garantie de succès.

LES TOPS ET LES FLOPS DE 2007 ET DES ANNEES PRECEDENTES

Catégorie

2007

2006

2005

2004

2003

%

Rang
(sur 53)

%

Rang
(sur 52)

%

Rang
(sur 58)

%

Rang
(sur 58)

%

Rang
(sur 54)

TOPS 2007

Actions - Turquie

49,4

1

-13,9

52

77,8

1

-

-

-

-

Actions - Chine

38,7

2

38,7

1

28,6

13

-0,6

54

40,3

2

Actions - Asie

29,4

3

20,7

8

34,0

7

7,4

23

22,4

13

Actions - Amérique latine

28,0

4

30,2

3

75,7

2

26,2

3

40,3

1

Actions - Pays émergents

23,2

6

17,1

15

51,9

4

11,6

13

27,9

8

FLOPS 2007

Actions - Japon

-18,0

53

-10,7

50

46,1

5

4,8

40

8,0

30

Actions - Secteur financier

-12,8

52

14,2

17

28,0

14

9,4

21

17,8

17

Court terme - Dollar américain

-7,2

51

-6,4

47

18,3

34

-6,2

58

-15,8

54

Obligations - Livre britannique

-7,0

50

1,5

33

10,0

41

4,7

42

-6,2

49

Actions - Grande-Bretagne

-6,8

49

17,2

14

24,0

22

9,9

19

9,6

27

Un exemple : les sicav d’actions japonaises ont perdu en moyenne 18 % en 2007. Elles sont de la sorte les moins bonnes de notre tableau (rang 53 sur 53). En 2005, la catégorie se portait beaucoup mieux. Elle occupait alors la 5e place sur 58, avec un gain moyen de 46,1 %. Attention : nous tenons uniquement compte des sicav et des catégories reprises dans nos tableaux des pages 11 et suivantes. Une catégorie n’est toutefois pas reprise ici : les matières premières (24,1 %; 5e place). L’introduction de ce type de sicav dans le paysage financier belge est trop récente que pour pouvoir faire une comparaison correcte avec le passé. Pour info : à la 39e place, on trouve en 2007 les actions belges avec une perte de 1,7 %. Une moins mauvaise performance que l’ensemble de la Bourse belge (-5,9 %).

PALMARÈS 2007

Le top 5
1. Top-Global China (+53,1 %)
2. EMIF Turkey (+52,1 %)
3. Fortis L Equity Turkey (+52,1 %)
4. CAAM Greater China    (+51,9 %)
5. Templeton Asian Growth A (+46,3 %)

· L’an passé, les sicav qui investissent en actions turques ont été à la fête. La Bourse d’Istanbul a gagné 53,3 % et, dans son sillage, les sicav spécialisées ont suivi. EMIF Turkey (KBC-CBC, *) et Fortis L Equity Turkey ont toutes deux enregistré un gain de 52,1 %. La forme éclatante des actions turques a surpris plus d’un observateur. En 2006, alarmés par les problèmes économiques, la politique adoptée par la banque centrale et les mauvais résultats des sociétés, les investisseurs avaient massivement fui la Bourse turque
(-13,1 %). Et 2007 ne s’annonçait guère mieux, vu les doubles élections (législatives et présidentielles), sources de problèmes par le passé. Mais voilà, la formation d’un gouvernement solide, les efforts concédés pour accéder à l’Union européenne, l’intervention efficace de la banque centrale, la belle progression économique, tout a concouru à rameuter les investisseurs. L’accord conclu entre un grand nombre d’entreprises chinoises et turques pour négocier les matières premières a également été bien perçu par les investisseurs. A noter que les meilleures performances en Bourse d’Istanbul reviennent aux institutions financières. Elles ont gagné en moyenne 51 % ! Action phare dans les portefeuilles de sicav, Turkiye Garanti Bankasi a engrangé 146 %. Mais après ce rallye boursier, nous laissons de côté la Bourse d’Istanbul, du moins pour l’instant.
· Que penser alors des sicav qui investissent en actions chinoises ? Déjà au sommet en 2006, elles ont tout simplement réédité cet exploit en 2007. Les meilleures sicav, Top-Global China (*) et CAAM Greater China (distribuée par Deutsche Bank, ****) ont progressé de plus de 50 %. Dans la même catégorie, la sicav la plus « faible » a obtenu un rendement de 28 %. Au final, les performances ont été déterminées par le type d’actions dans lesquelles elles ont investi. Les Bourses locales ont vu leur valeur doubler, des millions de Chinois ayant appris à découvrir la Bourse, celle de Hong-Kong restant relativement en retrait (+ 28 %). Les grands succès ont été signés par les sociétés d’utilité publique et celles du secteur de l’aviation. Tant les Bourses chinoise que de Hong-Kong sont désormais trop chères à nos yeux pour y investir.
· Dans le prolongement des belles performances des sicav investies en actions chinoises, on notera également le joli gain des sicav d’actions asiatiques. La meilleure sicav, Templeton Asian Growth A (+46,3 %, **) accède de justesse au top 5. Il faut dire que le principal poste en portefeuille était occupé par des actions… chinoises.

Le flop 5
1. MLIIF Japan Opportunities A (-29,6 %)
2. DWS Japan-Fonds (-22,9 %)
3. ING (L) Invest Japan (-18,9 %)
4. Dexia Equities B Top Finance (-18,3 %)
5. Henderson Horizon Japanese Equity (-18,1 %)

· Tout comme l’année dernière, le marché des actions japonaises a été soigneusement évité par les investisseurs. Compte tenu notamment des faibles prestations du yen en euro (- 3,8 %), le marché japonais clôture 2007 sur une perte de 14,1 %. Mais beaucoup de sicav ont fait moins bien encore, ce qui concède au « flop 5 » une note résolument japonaise. MLIIF Japan Opportunities A (*, - 29,6 %) se retrouve ainsi à la plus mauvaise place dans notre classement. On ne s’en étonnera guère : cette sicav investit une grande partie de son portefeuille en petites valeurs japonaises (les « small caps »). Or, celles-ci n’ont jamais pu se remettre de la crise de confiance provoquée par la faillite de l’action internet Livedoor. Pour les investisseurs, il n’est en effet pas fréquent de se faire avoir par l’une des entreprises les plus renommées du pays.
De leur côté, des sicav comme DWS Japan-Fonds (*), ING (L) Invest Japan (*) et Henderson Horizon Japanese Equity (**) misent sur les actions des banques et des grosses sociétés exportatrices (comme Canon et Toyota). La crise du crédit et les mauvais résultats des sociétés n’ont évidemment rien arrangé, mais la goutte qui a fait déborder le vase, ce sont les prévisions de croissance revues à la baisse pour le pays. Restez à l’écart de la Bourse de Tokyo, trop chère.
· Cela ne surprendra personne : les valeurs financières arrivent également en tête des plus mauvais élèves de la promo 2007. Au niveau mondial, le secteur a perdu 10 %. Les banques ont été les plus touchées, les assureurs parvenant à limiter les dégâts. Seule et unique raison de ce recul, la crise des subprimes, qui s’est rapidement transformée en une crise du crédit généralisée. Car avant l’éclatement de la crise, rien ne laissait présager une telle déroute du secteur financier : les perspectives bénéficiaires étaient en hausse et le secteur profitait du mouvement de fusions et acquisitions. Tant Balzac Financials Index (*) que ING (L) Invest Banking & Insurance (*) ont pourtant cédé 17,8 %. Au second semestre, la situation a en effet changé du tout au tout. Et s’est encore aggravée suite à la mauvaise communication des banques. A ce moment-là, beaucoup d’épargnants ont choisi de préserver leurs avoirs, et ont revendu leurs actions, peu importe leur qualité. Les sicav qui ont le plus souffert sont celles qui misent principalement sur les valeurs bancaires américaines, britanniques et espagnoles. Justement les pays où le secteur a été le plus touché. Selon nous, ces valeurs ont été exagérément pénalisées par les épargnants. Profitez des soldes actuels pour acheter.

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