Analyse
Moissoner au Viêtnam ? il y a 9 ans - jeudi 13 mars 2008
Avec Horizon Access Fund Vietnam, KBC lance une première en Belgique. Intéressant ?

A côté des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), voilà qu’émerge le Viêtnam, encore tout jeune et très prometteur. C’est ainsi du moins qu’on nous le présente. Une affirmation prématurée à nos yeux.

Oubliez les BRIC, l’avenir est au Viêtnam, cette mine à peine exploitée. Ce discours, on l’entend de plus en plus souvent chez les promoteurs de sicav, en Belgique et à l’étranger. Dernière en date, CBC-KBC, qui nous propose une primeur (pour notre pays), à savoir Horizon Access Fund Vietnam (code ISIN : BE0948066858), la toute première sicav vietnamienne.

DYNAMISME
C’est un fait, l’économie vietnamienne est en plein développement. Son taux de croissance était de 8 % en 2007, ce qui la place tout de suite derrière le grand frère chinois. Et tout indique que le rythme devrait se maintenir :
– le Viêtnam est en pleine transition, d’une économie agricole à une économie industrielle, ce qui attire beaucoup d’investisseurs. Cela va de Nike, qui y produit ses chaussures de sport, à Intel, qui y construit des usines de haute technologie. Les travaux d’infrastructure que cela nécessite génèrent de nombreux emplois qui soutiennent la consommation ;
– début 2007, le Viêtnam est devenu le 150ème membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui a fait entrer le pays dans le club des nations commerçantes et ouvert ses portes à de nombreux investisseurs. Mais pour accéder à l’OMC, le Viêtnam a dû s’astreindre à un régime draconien dix ans durant, moderniser sa législation et conclure de nombreux accords commerciaux bilatéraux ;
– la population est jeune (les moins de 25 ans sont plus de 50 %). Pour une économie en pleine transition, c’est un atout (il faut réorienter l’emploi) ;
– enfin, le Viêtnam est bon marché, même pour un pays émergent. Le salaire moyen de l’ouvrier y est jusqu’à un tiers moins élevé qu’en Chine. Cet avantage compétitif, couplé à une législation en voie de modernisation, crée un environnement favorable pour les investisseurs (étrangers).

DÉFIS À RELEVER
· L’économie vietnamienne est très dépendante de l’étranger. Parce qu’elle exporte pratiquement tout ce qui est exportable et qu’elle a besoin des capitaux extérieurs. Tout ralentissement de la croissance mondiale, toute perception par les investisseurs d’une augmentation du risque peuvent donc faire mal.
· Contrairement à la Chine à l’époque, lorsque le pays connaissait ses premières années de forte croissance, le Viêtnam ne parvient pas à juguler une inflation élevée (15,7 % en février), laquelle se maintient au-delà du niveau de la croissance économique du pays. L’augmentation fin novembre des taxes sur le prix du pétrole– dont le Viêtnam est le 4e producteur d’Asie – n’a rien arrangé.
· Les besoins en infrastructure sont énormes. La Banque mondiale les évalue à au moins 5 milliards de dollars par an pour les cinq années à venir, un montant que le pays ne parviendra probablement pas à réunir. Le risque de ne pas disposer d’énergie (surtout électrique) en suffisance est réel.
· Il ne semble pas non plus que la formation professionnelle des jeunes soit un succès. L’enseignement n’est pas adapté aux besoins nouveaux du pays et le marché de l’emploi souffre d’un déficit en personnel qualifié. Des efforts sont en cours, mais il faudra des années pour que le marché de l’emploi trouve un équilibre.

UNE BOURSE ÉTROITE
Malgré ces problèmes, l’économie du Viêtnam tourne relativement bien. Et la Bourse ? La plus grande des deux (à côté de Hanoi STC), le Hochiminh Stock Exchange (HOSE), comptait 150 valeurs cotées fin février. A titre de comparaison, Euronext en compte 1 150. C’est néanmoins remarquable quand on sait que la Bourse de Hô Chi Minh-Ville n’a été lancée qu’en 2000 avec… deux actions cotées ! Et qu’elle n’a pas encore affiché de recul ! Au contraire, sa progression annuelle moyenne est de quelque 33 % en dong (la devise locale) et de 23 % en euro. En 2006, le VNIndex, qui reprend toutes les actions cotées sur ce marché, a bondi de 144 %. L’an dernier, il a gagné 13 %. Un résultat qui a déçu alors que les marchés émergents avaient le vent en poupe. L’explication ? Pas mal d’investisseurs ont pris leurs bénéfices après la performance exceptionnelle de 2006. Plusieurs d’entre eux ont aussi été déçus par l’absence de nouvelles (grosses) introductions en Bourse. A cela s’ajoutent les critiques sur l’extrême cherté de certaines sociétés nouvellement cotées, sur l’absence de transparence des résultats des sociétés, sur le caractère démodé des limites imposées aux investisseurs étrangers et sur le laxisme d’une politique monétaire qui a entraîné une baisse de 10 % de la devise locale en 2007. On le voit, le marché boursier vietnamien est de plus en plus contrôlé par de gros investisseurs. Or, ceux-ci ont des exigences qui, si elles ne sont pas satisfaites, pourraient provoquer leur retrait et ainsi augmenter la pression sur le marché dans les mois à venir.

EVOLUTION VNINDEX (en dongs)

En 2000, cet indice a été lancé avec une valeur de 100 points. Il est aujourd’hui à 680 points.
De nouvelles introductions en Bourse devraient rendre le marché plus liquide, mais l’incertitude boursière mondiale ne facilite pas les choses.

EN BREF
L’économie vietnamienne a son avenir devant elle. Mais son marché boursier doit encore faire ses maladies de jeunesse : trop peu de sociétés cotées, trop vite trop haut. Le risque nous semble trop élevé et nous n’achèterions pas (pour le moment) Horizon Access Fund Vietnam.

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