Analyse
Un coup d'oeil sur les marchés il y a 9 ans - jeudi 10 avril 2008

Tempête boursière.

Comme la météo, les sicav ont connu un mois de mars exécrable. Dégringolade des marchés boursiers, hausse des taux obligataires, devises chahutées, rien n’a été épargné aux investisseurs en sicav. Pour la plupart, ces dernières ont terminé dans le rouge. Ces (lourdes) pertes créent d’intéressantes opportunités d’achat. Dans le même temps, on ne peut exclure de nouveaux accès de faiblesse puisque personne ne s’attend à une sensible amélioration sur le front économique avant fin 2008. Patience, vigilance et opportunisme sont les trois attitudes à adopter en ces temps troublés.

Il apparaît désormais comme acquis que 2008 ne sera pas une année de tout repos pour l’investisseur. Mais plutôt que de céder au pessimisme ambiant, voyons le côté positif des choses : les récentes baisses de cours créent des opportunités d’achat. Cela ne signifie toutefois pas que vous deviez vous précipiter sur la première occasion. Au contraire, investissez progressivement, mettant ainsi à profit les baisses successives de cours. Ce qui suppose de garder toujours quelques liquidités de côté.
Pour ceux qui ont déjà investi, la baisse des cours est bien sûr douloureuse. Mais ce serait une erreur de revendre maintenant. Au contraire, il faut être patient. Si vous êtes un investisseur aguerri, ce n’est sans doute pas la première fois que vous expérimentez des moments difficiles. D’ailleurs, sur une longue période, le rendement de vos sicav d’actions est probablement toujours positif, même après la décrue des derniers mois. Il est donc important de garder la tête froide et surtout de ne pas céder à la panique.

RÉCESSION AMÉRICAINE ?
Les sicav d’actions américaines ont chuté de 5,2 % en mars. La Bourse de New York a pourtant limité les dégâts (- 0,7 %). La baisse de ces sicav s’explique donc une fois de plus par la baisse du billet vert, lequel s’est encore déprécié en mars de 4,2 % par rapport l’euro. Le dollar souffre notamment du différentiel de taux entre les Etats-Unis, où les taux directeurs ont déjà été abaissés à plusieurs reprises et le seront encore, et l’Europe, où la banque centrale a pour l’instant décidé le statu quo. Les baisses de taux de la Réserve fédérale américaine ont pour but de relancer l’économie, mais elles ne font pas encore sentir leurs effets : la situation continue à se dégrader aux Etats-Unis. Les prix de l’immobilier continuent à baisser et le chômage à progresser, la confiance des ménages s’érode et les dépenses, moteur de l’économie américaine, sont au plus bas. Bien que beaucoup hésitent à utiliser ce terme, les Etats-Unis semblent être entrés en récession. Si l’avenir immédiat n’y est pas rose, on peut néanmoins compter sur la capacité de rebond de l’économie américaine à plus long terme. Une économie qui reste, quoi qu’on en dise, la première au monde. Le dollar, par ailleurs, est aujourd’hui largement sous-évalué par rapport à l’euro et il devrait rebondir tôt ou tard. Autant d’éléments qui plaident en faveur d’un achat de sicav d’actions américaines. Nous l’avons souvent dit : c’est lorsque tout le monde délaisse un marché qu’on peut y réaliser les meilleures affaires.

EVOLUTION DE JWF US STRATEGIC VALUE A (en USD)

L’économie américaine se porte mal et le dollar en pâtit également, de quoi donner le vertige aux sicav d’actions américaines. A terme, la situation devrait néanmoins s’améliorer. Mais il faudra être patient.

BRUXELLES RÉSISTE
Les sicav d’actions belges ne s’en sont finalement pas trop mal sorties en mars, limitant leur perte à 1,4 % en moyenne. Il y a même une performance positive, celle de Top-Global Actions belges (ABN Amro, + 0,8 %, **). Notre indice boursier national, le Bel 20, est riche en actions du secteur financier, ce qui, avec la crise mondiale que traverse le secteur, lui a causé bien des soucis ces derniers mois. Néanmoins, certaines de ces valeurs ont déjà regagné du terrain en mars, à l’instar de Fortis (+ 8,7 %) et Dexia (+ 15,2 %). Vous pouvez encore investir en sicav d’actions belges (voir détails dans F&S 160). L’offre est importante, mais inégale. Nous conseillons actuellement trois sicav dont les gestionnaires dégagent régulièrement de bons rendements tout en ne prenant que des risques raisonnables : Petercam Equities Belgium (***), que vous pouvez acheter notamment auprès de Rabobank.be et de la Deutsche Bank, ING (B) Invest Belgian High Dividend (***) et Hermes Belgian Growth (Banque Delen, ****).

Les bourses en mars 2008

Bourse

      Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

Amsterdam (AEX)

-0.9%

-13.3%

Athènes (ATHEX 20)

-3.3%

-17.2%

Bruxelles (BEL 20)

-1.0%

-16.8%

Francfort (DAX 30)

-3.2%

-8.0%

Hong Kong (H.SENG)

-10.1%

-2.7%

Lisbonne (PSI 20)

-4.2%

-9.9%

Londres (FTSE 100)

-7.2%

-23.0%

Madrid (IBEX 35)

0.8%

-9.4%

Milan (MIB 30)

-5.6%

-22.9%

Nasdaq Composite

-3.9%

-20.9%

New York (S&P 500)

-4.8%

-21.8%

Paris (CAC 40)

-1.7%

-16.5%

Stockholm (OMX 30)

-1.7%

-22.1%

Sydney (ASX)

-10.9%

-14.1%

Tokyo (Nikkei 225)

-7.7%

-27.8%

Toronto (S&P/TSX)

-10.1%

-4.2%

Zurich (SMI)

-3.1%

-16.6%

(1) en %, après conversion en euro, fin mars 2008

PAYS ÉMERGENTS
Les sicav d’actions misant sur les pays émergents n’ont pas été épargnées non plus en mars. Un rapide survol nous apprend ainsi que les sicav investissant en Amérique latine ont perdu en moyenne 8,5 % le mois dernier. Les sicav d’actions asiatiques se sont dépréciées de 10,8 %, les chinoises en particulier de 12,3 %. Tout ralentissement de la croissance américaine est une mauvaise nouvelle pour ces économies encore largement tributaires de leurs exportations. Mais il y a aussi l’attitude beaucoup plus frileuse des investisseurs qui fuient le risque pour des placements plus sûrs, ce qui pèse bien sûr sur les cours boursiers.
Dans cette catégorie, ce sont les sicav d’actions turques qui ont le plus souffert, mais pour des raisons propres à la Turquie cette fois. Une grande instabilité politique y règne en ce moment, le parti du Premier ministre étant menacé d’illégalité. Les investisseurs ont préféré fuir ce climat d’incertitude. Avec pour résultat que ces sicav ont perdu un quart de leur valeur en un mois. Compte tenu de la forte volatilité de la Bourse turque, restez à l’écart pour le moment.
Un mot pour terminer sur les sicav d’actions russes, que nous conseillons à l’achat et qui sont parvenues, si on peut dire, à limiter les dégâts, affichant une perte de 6,6 %. C’est moins que pour les autres pays émergents. Mettez à profit cette baisse pour vous positionner dans ce pays. Les élections présidentielles ont désigné sans surprise le dauphin de Poutine, Dmitry Medvedev, ce qui devrait assurer la stabilité politique du pays ces prochaines années. L’économie reste par ailleurs vigoureuse, grâce notamment à la bonne tenue des matières premières et la Bourse est dans son ensemble bon marché. Un tel placement ne doit toutefois s’envisager que si vous n’avez pas froid aux yeux et que vous agissez dans une optique de long terme.

DOLLAR CANADIEN
Balzac Canada Index (**), la seule sicav de notre sélection qui investit en actions canadiennes, a perdu 9,5 % de sa valeur le mois dernier. C’est beaucoup, mais cette baisse résulte finalement moins de la baisse de la Bourse (-1,4 % en moyenne) que de celle de la devise (- 8,6 % face à l’euro).
La cause en est le recul des cours des matières premières en mars, dont le Canada est un gros exportateur. La croissance économique canadienne commence aussi à fléchir, souffrant de la cherté du dollar local par rapport au billet vert (ce qui ne l’empêche nullement d’être sous-évalué par rapport à l’euro), ce qui ralentit les exportations vers les Etats-Unis.
Cependant, les actions canadiennes restent intéressantes à l’achat en raison essentiellement du caractère bon marché de la devise. La Bourse de Toronto, elle, est correctement évaluée.

EVOLUTION DU DOLLAR CANADIEN (en euro)

Le dollar canadien a souffert le mois dernier d’une baisse de régime des matières premières et de l’économie canadienne. Largement sous-évalué face à l’euro, nous croyons néanmoins en sa faculté de rebondir.

TAUX ET DEVISES
· Les marchés boursiers ont reculé en mars parce que beaucoup d’investisseurs préfèrent des placements moins risqués comme les liquidités et les obligations. Une très bonne chose, normalement, pour les sicav spécialisées. En effet, l’afflux de capitaux fait monter les cours des obligations par le jeu de l’offre et de la demande, ce qui a pour effet de réduire les taux obligataires. A priori, une très bonne nouvelle pour les portefeuilles des sicav obligataires… en théorie du moins : on n’a rien vu de tout cela en mars. En effet, les taux obligataires ont monté le mois dernier, ils n’ont pas baissé. C’est dû pour une part au fait que ces taux, déjà fort bas, ont amené bien des investisseurs à opter pour les liquidités plutôt que pour les obligations. Et pour une autre part au fait que la cherté des matières premières et du pétrole alimente une inflation qui n’incite pas à se tourner vers les obligations.
· L’euro n’a pas non plus tempéré ses ardeurs le mois dernier : il monte, monte… Non seulement par rapport au dollar américain (voir plus haut), mais aussi par rapport aux autres devises, dollar canadien en tête. Les sicav d’obligations dans cette devise en ont été particulièrement affectées : KBC Multi Cash CAD Medium (***) a reculé de 8,1 % ! La livre sterling, elle, a perdu 4,3 % à la seule annonce du fait qu’elle risquait de perdre des plumes dans les mois à venir. Résultat pour les sicav d’obligations en livres sterling : - 4,4 %.

DOLLAR AUSTRALIEN
· Il aura fallu le temps, mais le dollar australien a fini par subir, lui aussi, la dure loi de l’euro : - 6,5 % en mars. Pourtant, l’économie australienne ne se porte pas trop mal : le pays est riche en matières premières et il entretient d’excellentes relations commerciales avec plusieurs économies émergentes d’Asie. Comment dès lors expliquer ce recul de la devise ?
Cherchons plutôt du côté des prises de bénéfice en Bourse de Sydney, de la baisse de confiance des consommateurs et des entrepreneurs, de l’idée de plus en plus répandue que la banque centrale australienne ne va plus augmenter ses taux et d’une forme croissante d’aversion pour les devises exotiques. Tout cela a amené pas mal d’investisseurs à faire leurs valises.
· Pourtant, l’économie australienne est en bonne santé, la devise dispose encore d’un potentiel de hausse par rapport à l’euro et les obligations en dollars australiens offrent un intéressant supplément de rendement par rapport aux obligations en euros (6,1 % contre 3,9). ING (L) Renta Fund II AUD (***) et KBC Renta AUD-Renta (***), les seules vraies sicav obligataires en dollars australiens qui sont à la portée de tous dans notre pays, peuvent toujours être achetées : c’est un bon outil de diversification.

ING (L) RENTA FUND II AUD (en AUD)

Vous cherchez un bon outil de diversification pour votre portefeuille ? Voyez la sicav d’ING.

LIVRE STERLING
· Quel dommage ! Les sicav d’obligations en livres sterling sont parmi les seules à avoir réussi à progresser en mars : + 1,5 %, mais… en devise locale ! Hélas, la livre n’a pu échapper au mouvement baissier initié par le dollar et elle a perdu 4,3 % en mars. Résultat, ces sicav sont dans le rouge ! C’est surtout vrai pour JPMorgan Sterling Bond A (*), qui a perdu la bagatelle de 6,5 % : cette sicav investit surtout en obligations dont les émetteurs sont américains. Notamment Land Securities, touchée de plein fouet par la crise des « subprimes ». Les cours de ces emprunts ont baissé.
· Nous vous déconseillons d’investir dans cette catégorie pour le moment. Il y a des alternatives plus intéressantes.

Les devises en mars 2008

Code ISO

Cours (1) (en euro)

   Evolution (2)

   Persp. (3)

1 m.

1 an

1 an

LT

DKK

0,1341

-0.1%

-0.1%

=

=

SEK

0,1064

-0.3%

-0.6%

+

++

NOK

0,1242

-1.7%

0.9%

=

-

CHF

0,6381

1.1%

3.7%

=

++

GBP

1,2543

-4.3%

-14.9%

-

++

USD

0,6311

-4.2%

-16.0%

=

++

CAD

0,6151

-8.6%

-5.5%

=

++

AUD

0,5761

-6.5%

-5.1%

+

=

NZD

0,4962

-6.1%

-7.6%

=

-

JPY

0,6340

0.2%

-0.3%

+

++

(1) fin mars 2008 ; p.ex. 1 USD vaut xxx euros ; (2) en %, par
rapport à l'euro ; (3) évolution attendue de la devise à 1 an et
à long terme
 

RENDEMENT ÉLEVÉ
· Les sicav d’obligations à haut rendement ont toujours évolué de manière très erratique dans des circonstances comme celles que nous connaissons aujourd’hui. L’aversion au risque manifestée par les investisseurs fait que le plus souvent leur cours baisse, mais certaines y échappent… à court terme du moins ! Ainsi, Pictet EUR High Yield P (*****) a réussi à gagner 1,2 % en mars grâce à la proportion moins importante qu’ailleurs, dans son portefeuille, d’émetteurs du secteur financier. Grâce aussi à sa moins grande exposition au secteur américain de la consommation, grâce enfin au fait qu’elle a conservé beaucoup de liquidités dans son portefeuille. La limitation du risque a donc porté ses fruits. AXA World Fund European Converging Bonds (- 0,9 %) et KBC Bonds Euro Candidates (- 2,9 %), deux sicav misant sur les obligations de pays candidats au club de l’euro, n’ont pas trop mal évolué jusqu’il y a peu, mais cette fois elles ont perdu du terrain. La seconde a souffert de la forte présence dans son portefeuille d’obligations en livres sterling (voir plus haut), la première a la chance de ne pas avoir trop investi en livres turques (- 13,4 %), mais plus en forints hongrois (+ 1,6 %) et en… euros !
· La catégorie « obligations à haut rendement » comprend à la fois des sicav investissant en devises à taux élevé et des sicav misant sur les émetteurs plus risqués qui, de ce fait, paient des coupons plus élevés. Il n’est donc pas étonnant que leur étoile pâlisse en ces temps où l’on recherche d’abord la sécurité. Quant à vous, misez plutôt sur la qualité, par exemple les obligations émises par sociétés (« corporates ») de premier plan en euros.

PARVEST EURO CORPORATE BOND (en EUR)

Contrairement aux sicav d’obligations à haut rendement, celles investissant en obligations de sociétés de premier plan sont intéressantes. La différence de rendement avec les obligations d’Etat est un plus.

Les secteurs en mars 2008

Secteur

      Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

En Europe

Finance

-1.8%

-25.6%

Pharma

-4.8%

-20.7%

Télécom

-9.1%

-4.7%

Technologie

-8.8%

-21.9%

Consommation

-1.7%

-11.4%

Distribution

-2.2%

-22.4%

Utilité publique

-5.2%

-2.7%

Dans le monde

Finance

-5.8%

-26.3%

Pharma

-5.6%

-20.1%

Télécom

-6.4%

-7.0%

Technologie

-4.5%

-17.1%

Consommation

-4.0%

-11.6%

Distribution

-2.7%

-21.2%

Utilité publique

-5.6%

-8.0%

(1) en %, après conversion en euro, fin mars 2008

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