Analyse
Le ciel financier s'éclaircit peu à peu il y a 9 ans - jeudi 15 mai 2008
En crise depuis l'été 2007 et déjà guéri ? Le secteur financier reste à la une de l'actualité.

Il est encore trop tôt pour être certain que le plus dur de la crise financière est passé. Nous estimons néanmoins que les investisseurs à long terme peuvent progressivement acheter.
Via une sicav bien diversifiée.

AU PLUS FORT DE LA CRISE
· Il y aura bientôt un an que le secteur financier est sens dessus dessous. Certains prêts hypothécaires consentis à des familles américaines aux revenus peu élevés n’ont plus pu être remboursés lorsque les taux se sont mis à monter, ce qui a créé des problèmes en chaîne dans le secteur bancaire. On a d’abord cru que ces difficultés resteraient limitées au marché américain, mais très vite il a fallu déchanter, le virus s’est répandu dans le monde entier : réductions de valeur, quasi-faillites (l’américaine Bear Stearns, l’allemande IKB, la britannique Northern Rock), projets reportés, bénéfices amputés… c’est le secteur tout entier qui a été secoué et les investisseurs avec. L’amère pilule des provisions et autres pertes à porter en compte représentait début avril le montant astronomique de 200 milliards EUR qui, selon le Fonds monétaire international (FMI) pourraient devenir 600 milliards EUR !
· La crise que nous vivons, partie des Etats-Unis, a touché en premier lieu des institutions spécialisées dans le crédit au logement comme CIT Group (- 80 %), Countrywide Financial (- 87 %), Fannie Mae (- 61 %), Freddie Mac (- 62 %), National City (- 83 %) et Sovereign Bank (- 72 %). Les chiffres entre parenthèses vous donnent la baisse de leur cours boursier depuis l’été dernier. D’autres comme Capital Source (- 42 %) ou Wachovia (- 47 %) dépendent moins du crédit au logement, mais elles ont aussi été pointées du doigt, notamment pour leur manque de transparence.

Et en Belgique ?

Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que les institutions financières ont souffert. On l’a vu dans notre pays, où la Bourse de Bruxelles a reculé de quelque 16 %. C’est deux fois plus qu’ailleurs en Europe et dans le monde. La raison ? L’importance du secteur financier à Euronext Bruxelles, notamment de Dexia (- 21 %) et Fortis (- 31 %).

AUJOURD'HUI
· La situation ne s’est toujours pas normalisée. Les défauts de paiement continuent et, par mesure de sécurité, beaucoup d’institutions financières refusent de plus en plus de crédits au logement, même aux familles sans problèmes. Les entreprises en souffrent elles aussi. En Europe, le problème pourrait surtout se poser dans les pays où il y a une ‘bulle’ (= hausse excessive des prix) immobilière comme le Royaume-Uni, l’Espagne et le Portugal. Mais beaucoup dépendra finalement de la croissance économique.
· Les banques ont réagi en serrant la vis, ne fût-ce que parce que certains de leurs gros actionnaires le leur ont imposé. Des banques d’affaires comme la Deutsche Bank et UBS ont même été jusqu’à vendre des actifs. Même Fortis s’y est plié en vendant 50 % de sa branche de gestion d’actifs à l’assureur chinois Ping An. La Bank of America a taillé dans ses effectifs et de plus en plus nombreuses sont celles qui se recentrent sur leurs activités les plus rémunératrices comme la gestion de patrimoine (Crédit Suisse) et le ‘retail’ (Deutsche Bank). Pour se procurer des capitaux, certaines ont procédé à des augmentations de capital (Royal Bank of Scotland), d’autres ont ouvert leur capital à des fonds souverains et des institutions asiatiques (Barclays, Morgan Stanley). D’autres encore ont émis des obligations (Citigroup, Crédit Agricole). Parfois, il a fallu toucher aux sacro-saints dividendes : les banques américaines ont diminué le leur, la banque suisse UBS l’a remplacé par une attribution d’actions, etc.

ACTIONS DU SECTEUR FINANCIER (en gras) ET INDICE BOURSIER MONDIAL (base = 100)

Avant l’été dernier, le secteur financier faisait mieux que la moyenne. La crise a éliminé les plus-values, mais tout compte fait les dégâts ne sont pas beaucoup plus élevés qu’ailleurs vu que les Bourses mondiales ont elles aussi reculé.

ET DEMAIN ?
· La baisse des résultats et des prévisions ne pourra rester sans conséquences. Mais si 2008 sera une année faible, la situation devrait s’améliorer dès 2009. Les provisions portées en compte (dans l’attente de nouvelles pertes) devraient progressivement se réduire.
· Il n’empêche que le risque lié à un investissement dans le secteur financier est plus élevé qu’avant. Même si les contrôles, notamment les contrôles de risque, vont se renforcer. D’un autre côté, ce renforcement des contrôles pèsera sur les activités les plus risquées, lesquelles justement apportaient les bénéfices les plus élevés. On peut donc s’attendre à voir les bénéfices se contracter, même pendant les bonnes années. Une chose dont il faut être bien conscient.

DES SICAV EN VEUX-TU EN VOILÀ
· Le choix est vaste en effet. La plupart des sicav financières investissent à la fois dans le secteur bancaire (KBC, HSBC holdings) et celui des assurances (Allianz, AXA). Elles ne sont que quelques-unes à s’être spécialisées comme KBC Equity Asset Management (*), qui ne vise que les gestionnaires d’actifs comme Bank Sarasin et Bluebay Asset Management. Nous n’achèterions pas : la stratégie de ce type de sicav est trop étroite et le risque (un peu) plus élevé. Mieux vaut investir dans un instrument au portefeuille large et diversifié.
· On peut ranger ces derniers en deux catégories : portefeuille mondial ou portefeuille européen.
– Le gros des sicav disponibles sur le marché belge embrasse le vaste monde : les valeurs américaines comme Bank of New York, Berkshire Hathaway et JPMorgan Chase y représentent jusqu’à 30 à 40 % du total. Les valeurs japonaises comme Mitsubishi Financial représentent 5 % et le reste est dévolu à l’Europe. Cette répartition a bien évidemment influé sur le rendement de ces sicav : elles ont été particulièrement malmenées du fait du poids des valeurs américaines dans leur avoir (voir graphique).
– Les sicav dont le champ d’investigation se limite à l’Europe comprennent surtout des valeurs espagnoles (Banco Santander, Banco Bilbao), italiennes (Unicredito) et françaises (BNP Paribas, Société Générale). Ce qui n’a pas empêché l’action Fortis de peser sur certains portefeuilles.
· Que choisir ? Les valeurs américaines sont (un peu) plus risquées que les valeurs européennes, mais en échange elles offrent (un peu) plus de potentiel. Il faut toutefois nuancer cette approche géographique: les résultats de nombre de banques européennes sont influencés par leurs activités en dehors de l’Europe. Le fait que le siège central soit là ou ailleurs… Et si l’actualité récente nous a appris une chose, c’est bien que l’Europe n’est pas immunisée contre le virus de la crise née aux Etats-Unis.
Pour nous, ce n’est pas tant la répartition du portefeuille qui compte que sa qualité. Sur ce plan, on ne peut passer à côté de Fidelity Global Financial Servives Fund (**), qui flirte avec les *** et fait mieux, en matière de risque, que les trackers spécialisés comme EasyETF Euro Bank et StreetTracks MSCI Europe Financials. Le nouveau gestionnaire de cette sicav mise surtout en ce moment sur les assureurs Allianz, AXA et Munich Re, sans négliger pour autant de plus petites valeurs comme la française Neopost. Nous laisserions de côté ING (L) Invest European Banking & Finance, JPMorgan Global Financials, MLIIF World Financials, Robeco Financials Equities et Top Profit Finance (branche 23), dont les gestionnaires peinent à créer de la valeur.

ACTIONS AMERICAINES (en gras) ET ACTIONS EUROPEENNES DU SECTEUR FINANCIER
(base = 100)

Lorqu’on regarde les prestations du secteur de plus près, on constate que les différences sont grandes : la baisse du dollar et la crise du crédit ont réduit à néant les bénéfices accumulés depuis 5 ans par les valeurs américaines.

CE QU’IL FAUT RETENIR
· Le plus dur est-il passé ? Difficile à dire. Le secteur a déjà beaucoup souffert nombre de valeurs ont été matraquées – à tort ou à raison – par leurs détenteurs. On notera que le rendement sur dividende est fort élevé : jusqu’à 6 % et même jusqu’à 9 % pour les banques britanniques. Ce n’est pas de la générosité, c’est dû à la baisse des cours, laquelle fait aussi qu’à nos yeux le potentiel du secteur est intéressant pour autant que vous admettiez qu’il s’agit d’un investissement à long terme.
· Optez pour une sicav bien diversifiée. Nous nous sommes concentrés sur la qualité de la gestion. De ce point de vue, Fidelity Global Financial Services A (**, ISIN: LU0114722498) s’impose juste devant CAAM Global Finance (Crédit Agricole mais disponible à la Deutsche Bank, **) et Argenta Fund Euro-Bank (**). Bon à savoir : la première peut être achetée moyennant forfait de 9,95 euros auprès de Keytrade Bank, quel que soit le montant de votre investissement. Dès que celui-ci atteint 500 euros, c’est plus intéressant que le tarif… intéressant de la Deutsche Bank.

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