Analyse
Coup d'oeil sur les marchés il y a 8 ans - jeudi 13 novembre 2008
Secousses telluriques en Bourse.

Le mois passé a été de pair avec un recul aussi marqué que généralisé des marchés boursiers. L’investisseur anticipe le risque de récession mondiale. Octobre aura été un des pires mois boursiers depuis longtemps. Heureusement, il y a des havres de sécurité comme les obligations et le cash. Bien utile en ces temps troublés !

Après ce qui s’est passé le mois dernier, nous vous conseillons d’adopter une attitude de prudence. Même si plusieurs marchés sont ou paraissent très bon marché, nous postposons pour le moment tout conseil d’achat. Notre préférence va aux obligations et au cash. Nous consacrons aussi un espace particulier à l’épargne pension et à ses avantages fiscaux (voir notre article "Les fonds d'épargne-pension ont souffert ").

· Du jamais vu dans F&S : aucune des sicav d’actions reprises dans nos tableaux n’est parvenue à dégager une plus-value en octobre. Les prestations vont de -0,4 % pour Fortis L Fund Equity Health Care World (*) à -40,9 % pour JPMorgan Russia A (*). Quatre jours avant la fin du mois dernier, le compteur mondial était à -25 % avec, çà et là, des plongeons pires encore, jusqu’à -60 %. Heureusement, un revirement complet est intervenu au dernier moment : les investisseurs se sont mis à acheter des actions, ce qui a fait remonter les cours de 15 % environ. Pourquoi ? On peut considérer que la baisse des taux d’intérêt décidée par les banques centrales et les interventions des gouvernements en faveur du secteur financier ont donné le feu vert.
· Au bout du compte, le bilan mondial d’octobre est de -12 %. En Europe, les marchés très financiers que sont Bruxelles et Athènes ont perdu davantage : -25 %. La Suisse par contre a tiré parti du caractère de valeur refuge de sa devise, ce qui lui a permis de ne perdre que 3 %, après conversion en euro. EMIF Switzerland Index Plus (*) est avec -2 % un des champions du mois... Les marchés plus axés sur les matières premières, comme le Canada et l’Australie, ont perdu environ 20 %. Partout, l’investisseur était à la recherche de la qualité, ce qui n’a pas servi les intérêts des pays émergents. L’Argentine (-35 %) et la Russie (-29 %) l’ont appris à leurs dépens (voir notre article "Il fait -60 % en Bourse de Moscou ").
· Il ne faut pas chercher l’explication très loin. C’est le manque de confiance et de visibilité qui a poussé l’investisseur vers la sortie sans que se manifestent les habituels rameurs à contre-courant, avec pour conséquence la plus forte correction boursière depuis 2000. La crise du crédit se mue en crise économique tout court et toute baisse de la croissance va affecter tous les secteurs, ce qui s’est traduit par les prestations boursières du mois dernier.
· Les sicav d’actions mondiales reprises dans nos tableaux ont dégagé des résultats divers, conformément à leur diversité. Une fois encore, c’est Fortis L Fund OBAM World qui fait office de lanterne rouge avec -26,6 %. Cette sicav a en portefeuille des actions de pays émergents. Robeco (*) par contre a réussi à limiter les dégâts à - 9 % grâce à sa préférence pour les Bourses américaine et japonaise.
· Si vous avez des parts de sicav d’actions mondiales, conservez-les dans une perspective de long terme.

Les bourses en octobre 2008

Bourse

Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

Amsterdam (AEX)

-19.2%

-51.1%

Athènes (ATHEX 20)

-29.1%

-60.9%

Bruxelles (BEL 20)

-21.4%

-52.7%

Francfort (DAX 30)

-14.5%

-39.9%

Hong Kong (H.SENG)

-14.0%

-49.2%

Lisbonne (PSI 20)

-20.8%

-51.1%

Londres (FTSE 100)

-10.3%

-42.2%

Madrid (IBEX 35)

-17.0%

-42.6%

Milan (MIB 30)

-15.4%

-46.2%

Nasdaq Composite

-8.9%

-31.3%

New York (S&P 500)

-8.0%

-28.7%

Paris (CAC 40)

-13.5%

-40.4%

Stockholm (OMX 30)

-17.6%

-49.7%

Sydney (ASX)

-20.3%

-52.3%

Tokyo (Nikkei 225)

-8.9%

-31.5%

Toronto (S&P/TSX)

-19.5%

-40.5%

Zurich (SMI)

-1.7%

-22.8%

(1) en %, après conversion en euro, fin octobre 2008

ACTIONS MONDIALES (en EUR)

Les marchés boursiers ont souffert en octobre comme ils l’avaient rarement fait. Tout le monde attend les premiers rameurs à contre-courant...

DOLLAR EN FORME
· Si les sicav d’actions américaines ont relativement bien résisté (- 9,1 %), c’est grâce à la forme du dollar (+10,8 %), qui a enfilé à nouveau son costume de valeur refuge. Pictet USA Index (H, -4,4 %) a fait mieux ou moins mal encore grâce à ses postes en actions ExxonMobil (énergie ; +5,7 %) et AT&T (télécoms ; +7,9 %). Dexia Sustainable North America (-13,6 %) a fait moins bien à cause de ses postes Prudential Financial (assurances; -53,9 %) et Metlife (idem ; -34,2 %) d’une part et son portefeuille d’actions canadiennes (-18,6 %) d’autre part.
· Considérez les élections présidentielles comme un non-événement. Par contre, l’économie américaine conserve sa capacité à rebondir, même si elle devra encore traverser une période difficile, et la banque centrale n’a pas froid aux yeux. Ce sont des atouts. Conservez vos sicav d’actions américaines.

Les devises en octobre 2008

Code ISO

Cours (1)
(en euro)

Evolution (2)

Persp. (3)

1 m.

1 an

1 an

LT

DKK

0,1343

0.2%

0.1%

=

=

SEK

0,1012

-0.9%

-6.9%

+

++

NOK

0,1171

-2.7%

-8.6%

=

+

CHF

0,6752

6.3%

13.2%

=

++

GBP

1,2742

0.4%

-11.3%

-

++

USD

0,7886

10.8%

14.1%

+

+

CAD

0,6486

-3.1%

-10.9%

=

++

AUD

0,5203

-7.4%

-18.8%

=

++

NZD

0,4583

-3.6%

-13.8%

-

+

JPY

0,8018

19.6%

33.7%

+

++

(1) fin octobre 2008 ; p.ex. 1 USD vaut 0,7886 euros ; (2) en %, par rapport à l'euro ; (3) évolution attendue de la devise à 1 an et à long terme.

HOLD-UP ARGENTIN
· Les sicav d’actions latino-américaines ont perdu 23,2 % en octobre. Templeton Latin-America A (*, -27,3 %) a souffert de la lourdeur de son poste en actions Unibanco (-44,7 %), le Fortis argentin, que ses lourdes pertes en matière de leasing et de produits dérivés ont poussé dans les bras de son concurrent Banco Itáu. Le cours de Marfrig (-40 %), un des leaders mondiaux du traitement et de l’exportation de la viande, a souffert, lui, de difficultés rencontrées dans ses usines argentines.
· Ce sont surtout les actions argentines (-35,4 %) qui ont enfoncé les sicav latino-américaines dans le rouge. L’investisseur a réagi négativement à l’annonce par le gouvernement de son intention de nationaliser les fonds de pension privés. L’argent qu’il compte en retirer servirait à rembourser ses dettes. Sans cela, le pays risquerait à nouveau la faillite. Si les sicav latino-américaines ont malgré tout pu limiter la casse, c’est parce que l’Argentine ne pèse que 10 % environ dans leur portefeuille. Le poids lourd régional est le Brésil (jusqu’à 75 % dans les portefeuilles).
· Evitez les sicav d’actions latino-américaines pour le moment. Les problèmes argentins ne sont pas résolus et ils pourraient contaminer le continent dont nombre de gouvernements ont investi en obligations de l’Etat argentin. Des placements qui sont sans doute perdus…

« AU SEIN DE SA FAMILLE… »
·  « Où peut-on être au mieux qu’au sein de sa famille? » L’air du compositeur liégeois Grétry n’est plus d’actualité : la Bourse de Bruxelles souffre de sa surexposition au secteur financier, lequel est loin d’avoir regagné la confiance de l’investisseur. Les sicav spécialisées ont perdu 22 %. Hermes Belgian Growth (***, -18,5 %) est une fois encore le meilleur élève de la classe. Mais ses gestionnaires fuient le secteur financier comme la peste (6 % seulement du portefeuille). KBC Equity Belgium (*, -32,6 %), qui à notre avis est la sicav d’actions belges la moins bien gérée, s’est montrée pareille à elle-même et peut se targuer d’être la seule à dégager une moins-value sur 5 ans. Elle mise plus que tout autre sur le secteur financier, KBC (-43,9 %) et KBC Ancora (-49,6 %) en tête.
· La Bourse de Bruxelles est bon marché et l’investisseur dispose au moins d’une sicav excellemment gérée, Hermes Belgian Growth (Banque Delen, mais en vente quasi partout), même si cette dernière ne peut échapper au repli généralisé du marché. A conserver.

PHARMA EN BONNE SANTÉ
· Les sicav d’actions suisses et japonaises ont pu compter, elles, sur la vigueur de leur devise pour limiter leur recul. Mais les grands vainqueurs sont ailleurs, par exemple dans le secteur des soins de santé où le repli a été limité à 4,4 %. En tête, les sicav diversifiées mondialement qui ont pu compter sure les prestations relativement bonnes des géants américains et japonais de la pharmacie. Fortis L Equity Health Care World (*, -0,4 %) s’est distinguée grâce à Roche (Suisse ; +8,6 %) et Novartis (idem ; +6,1 %), ainsi que grâce aux biotechnologiques américaines Amgen (+11,9 %), Gilead (+11,3 %) et Celgene (+12,5 %). A noter la prestation fort mauvaise de Janus WF Global Life Sciences EUR (*, -18 %), le jumeau de Janus WF Global Sciences USD (*, -8,2 %), à une différence près : le compartiment de la première est couvert contre les risques de change, ce qui l’a empêché de tirer profit de la bonne forme du dollar (+10,8 %) et du franc suisse (+6,3 %). Ces deux devises représentent 80 % de son portefeuille. Le recul de la seconde peut être attribué au fait que certains investisseurs ont liquidé de relatives petites valeurs comme OSI Pharma (-14,7 % après un échec d’homologation) et Sequenom (-25,1 % après des démêlés judiciaires).
· Le secteur pharma a bien résisté parce qu’il présente un caractère défensif. Ses entreprises peuvent tabler sur une croissance relativement stable et le fait qu’elles aient souffert avant même l’éclatement de la crise leur a paradoxalement été utile. A conserver.

   EVOLUTION DES ACTIONS MONDIALES (gras) ET DU SECTEUR PHARMA (base 100)

Les valeurs du secteur pharma résistent bien cette année. L’investisseur apprécie leur caractère défensif. A conserver.

MATIÈRES PREMIÈRES
· Les sicav investissant dans le secteur des matières premières ont perdu plus de 25 % de leur valeur. Ce n’est pas étonnant quand on voit l’évolution du cours du cuivre (-31 % en euros), du nickel (-21 %) ou du zinc (-27 %). Les entreprises spécialisées dans l’exploitation minière ont encore souffert davantage. A côté de la baisse du prix des matières premières, elles ont dû affronter des problèmes locaux, en Afrique du Sud et en Indonésie notamment. Blackrock GF World Mining A USD (-31,8 %) et Share Gold (-32,5 %) en sont les premières victimes.
· A noter : les mauvaises prestations des sicav du secteur et des mines d’or sont le fait des trois derniers mois seulement. Jusque là, ces instruments financiers ont bénéficié d’un intérêt positif de la part de l’investisseur. La situation a donc changé du tout au tout. Les prix des matières premières se sont effondrés parce que dans le monde entier l’idée a fait son chemin que la récession menaçait. Voyez notre analyse sur l’or .

EVOLUTION DES MINES D’OR (gras) ET DES ACTIONS MONDIALES (base 100)

Jusqu’il y a quelques mois, les mines d’or (en gras) ont bien résisté à la crise. Par la suite, elles ont suivi le mouvement boursier général.

Les secteurs en octobre 2008

Secteur

Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

En Europe

Finance

-22.5%

-53.1%

Pharma

3.1%

-8.7%

Télécom

-8.2%

-35.6%

Technologie

-15.5%

-47.3%

Consommation

-7.9%

-33.1%

Distribution

-10.8%

-43.8%

Utilité publique

-10.6%

-34.2%

Dans le monde

Finance

-17.6%

-46.6%

Pharma

2.0%

-7.1%

Télécom

-6.5%

-34.1%

Technologie

-8.5%

-36.9%

Consommation

-6.5%

-25.2%

Distribution

-6.6%

-24.9%

Utilité publique

-6.0%

-27.7%

(1) en %, après conversion en euro, fin octobre 2008

AH, LES OBLIGATIONS !
· Tout comme septembre, octobre a été positif pour les obligations et donc pour les sicav d’obligations. La hausse moyenne de leur valeur d’inventaire est de 2,9 %. La ruée sur les emprunts (d’Etat) a fait monter les cours et exercé une pression à la baisse sur les taux. Les sicav concernées en ont largement profité. Autre facteur positif, la vigueur de certaines (grandes) devises par rapport à l’euro. Comme dit plus haut, le dollar américain (+10,8 %) et le franc suisse (+6,3 %) ont repris leur rôle de valeur refuge. Et le yen japonais (+19,6 %) s’est permis un rally spectaculaire !
· Il y a toutefois eu en octobre une condition sine qua non pour qu’un investissement en obligations donne de bons résultats : la qualité. Elle doit être im-pec-ca-ble ! En d’autres termes, priorité aux emprunts d’Etat. C’est heureusement le cas du gros des sicav obligataires, mais il y a malgré tout certaines catégories de sicav qui ne peuvent répondre à cette exigence. Ainsi les sicav investissant en obligations à haut rendement, à savoir des emprunts proposés par des émetteurs de moins bonne qualité ou dans des devises plus généreuses en coupons parce que présentant un caractère plus spéculatif (rand sud-africain, couronne islandaise, etc), ont perdu quelque 13,3 % le mois dernier. On a rarement vu ça. Pictet EUR High Yield P (**), dont le portefeuille comprend notamment des obligations d’entreprises des secteurs de l’automobile et de la finance, a perdu 24 % ! Idem pour Henderson Pan European Bond Fund (***), une sicav qui pourtant appartient à la catégorie bien innocente des ‘obligations européennes’. Mais ses gestionnaires ont misé à concurrence d’un tiers sur des emprunts de sociétés, notamment des banques. Ceci explique cela.
· La crise a le mérite de simplifier les choses. Les sicav dont le portefeuille ne présente pas une qualité exceptionnelle sont secouées. Leur avoir est constitué d’emprunts que l’on vend à l’encan ou qui sont illiquides. Avec pour conséquence une baisse de leur cours et l’impact négatif que l’on devine sur la valeur d’inventaire des sicav concernées. Les autres sicav par contre bénéficient de l’intérêt renouvelé de l’investisseur pour les emprunts de qualité, ce qui fait monter leur valeur d’inventaire.
· Nous sommes acheteurs de sicav obligataires, mais à condition qu’elles soient bien gérées, ne comptent que des frais raisonnables et se concentrent sur des emprunts et des devises offrant un potentiel.

SCANDINAVIE
Parvest Scandinavian Bond (***) a gagné 0,7 %. Ce n’est pas mal quand on sait que les couronnes suédoise (-0,9 %), norvégienne (-2,7 %) et islandaise (-3 %) ont baissé. La couronne danoise, elle, a gagné 0,2 %. Où est le truc ? Les gestionnaires de cette sicav n’ont investi que peu en couronnes norvégiennes, évité la couronne islandaise et surtout misé sur les couronnes suédoise et danoise. La forte baisse des taux obligataires en Suède a entraîné une hausse de 2,2 % en euros de la valeur de ces emprunts.

PARVEST SCANDINAVIAN BOND (en DKK)

La sicav de Parvest investit en obligations scandinaves et a évité la couronne islandaise, si bien qu’elle a échappé aux problèmes de cette devise.

EPARGNE-PENSION
· Avec un recul de 11,2 %, les fonds d’épargne pension classiques reflètent ce qui se passe sur les marchés. Inter Bourse Hermes (*) a souffert du recul de la société technologique Metris (-29,2 %) et de la banque autrichienne Erste Bank (-39,8 %). C’est le fonds d’épargne-pension défensif Dexia Pension Fund Defensive (-4,2 %) qui a le mieux résisté.
· Voyez en p. 4 notre stratégie en matière d’épargne-pension. Vous pouvez vous tourner vers un fonds défensif (moins d’actions) ou vers l’assurance-vie (sans risque).

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