Analyse
L'or a-t-il perdu son lustre ? il y a 8 ans - jeudi 13 novembre 2008

L'or; la valeur refuge par excellence en temps troublés ? On le dit. Est-ce encore le cas ?

Par le passé, la moindre crise boursière faisait monter le prix de l’or. Ce fut le cas cette fois encore, mais les choses se sont tassées ces derniers mois. Le prix de l’or a reflué depuis mars. Que dire alors des actions de mines d’or, dont le cours s’est littéralement effondré ?

· Le cours de l’or dépasse toutes les prévisions. Depuis le début de la crise, l’été 2007, le prix de l’once est passé de 650 à 1004,85 dollars, du jamais vu. Ce prix, et ce n’est pas un hasard, a été atteint au lendemain de la faillite de la banque d’affaires Bear Stearns. Faites le calcul : cela fait 55 % de hausse en dollars (et 32 % en euros). L’or est redevenu une valeur refuge.
· Cette hausse est due au pessimisme boursier, à la baisse du dollar (voir graphique) et à des problèmes de production en Afrique du Sud surtout. Partout dans le monde les investisseurs ont cherché une alternative, liquide si possible, aux actions. Ils se sont tournés vers les matières premières en général et l’or en particulier, notamment les trackers sur l’or physique. Même les produits dérivés comme les options et les futures ont fait l’objet de transactions avides.

EVOLUTION DU PRIX DE L’OR (USD/ounce) ET DU DOLLAR US

L’inversion entre cours de l’or (échelle de gauche, en gras) et celui du dollar US (échelle de droite) reste ce qu’elle est. Récemment, le dollar a repris son rôle de valeur refuge alors que l’or a déçu.

SITUATION ACTUELLE
· Tout indiquait que le prix de l’or devait continuer à monter. Pourtant, fin octobre, il est retombé à 728,55 dollars l’once. Un recul de plus de 25 % par rapport à son maximum (-11 % en euros) alors que les marchés boursiers, qui avaient encore perdu un cinquième de leur valeur entre-temps, se portaient pourtant mal. Que s’est-il passé ?
– Il est apparu entre-temps que la crise pousse nombre de pays dans la récession. L’absence de croissance pèse sur les prix des matières premières. Chacun craint que l’autre se serre la ceinture et fait de même ;
– le marché interbancaire s’étant asséché, le crédit se fait (plus) rare, si bien que ce sont les actifs les plus liquides, les actions et l’or, que l’on vend en premier lieu pour trouver de l’argent. Cela se fait à des prix bradés par les opérateurs recourant à l’effet de levier. Ils sont pris à la gorge ;
– le dollar s’est mis à monter. Il a gagné 24 % environ depuis mars 2008. Les marchés financiers croient davantage en l’économie américaine qu’en l’économie européenne. Certains gros investisseurs qui s’étaient protégés contre le risque de baisse du dollar en achetant de l’or ont été contraints de changer rapidement leur fusil d’épaule.

EFFET DE LEVIER
Les actions de mines d’or ont suivi. Depuis que le cours du métal jaune a reflué, elles ont perdu 50 % environ. C’est exagéré quand on voit l’historique du lien entre le prix de l’or et le cours des mines (voir graphique). Le secteur semble surtout souffrir du regain (mondial) d’aversion au risque et de la récession qui s’annonce. Nombre d’investisseurs ont pris leur bénéfice.

EVOLUTION DE L’OR (en gras) ET DES MINES D’OR (en base 100)

Les mines d’or amplifient les mouvements du cours de l’or. Elles fonctionnent comme un levier. Lorsque le prix du métal monte, elles le font aussi, mais en mieux. Et inversement. Mais leur baisse récente est exagérée.

QUE FAIRE ?
Les ressorts fondamentaux du prix de l’or fonctionnent toujours, à long terme sûrement :
– la loi de l’offre et de la demande continue à jouer en faveur du métal jaune. Côté offre, la production est et reste limitée. Les problèmes de production constatés en Afrique du Sud et en Indonésie constituent des freins, et ce alors que la demande, elle, est et reste soutenue, tant dans la joaillerie que dans les applications industrielles. L’or est notamment utilisé dans les GSM et les GPS. Quant à l’Asiatique moyen, le fait qu’il se soit enrichi ces dernières années n’a pas tari son intérêt pour l’or, même si, lui aussi, a été touché par la crise ;
– l’or demeure une valeur refuge. Il présente un caractère intemporel et est peu corrélé avec les autres placements ;
– ces derniers mois, l’or a été vendu en masse par certains « hedge funds ». Une fois cette phase passée, les aspects fondamentaux reprendront le dessus ;
les sicav d’actions de mines d’or et les autres instruments liés à l’or peuvent être conservés. Leur faiblesse actuelle dégage un relent technique et ne sera sans doute que temporaire. Ne vendez pas aux cours actuels.

RENDEMENTS EN TEMPS DE CRISE (en euros, en %)

Périodes

Actions

Obligations

Cash

Or

Mines d’or

Dollar

Crise pétrolière
(1973-74)

-41

-

-

177

39

-18

Octobre noir
(1987)

-25

1

0

-7

-38

-14

Bulle internet
(2000-09/2002)

-43

23

12

13

40

2

Crise du crédit
(06/2007-10/2008)

-36

10

7

19

-32

7

Chiffres à fin octobre. Pas de données fiables pour les rendements des obligations d’Etat et des liquidités pendant la crise pétrolière. Il ne faut pas sous-estimer la crise actuelle, elle est profonde et la remontée du dollar en atténue à peine la gravité.


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