Analyse
Un placement toujours utile ? il y a 9 ans - jeudi 11 décembre 2008
Le secteur de l'utilité publique a vécu une vraie mutation ces dernières années. Intéressant dans le contexte actuel ?

Après quelques années fastes qui l’ont vu faire nettement mieux que la Bourse dans son ensemble, le secteur de l’utilité publique a dû ployer devant la crise financière, malgré son caractère défensif. A long terme ses perspectives restent bonnes, mais à court terme il faut être vigilant. A conserver toutefois.

Ceux qui ont cru que le secteur dit de l’utilité publique allait faire face à la tempête qui sévit sur les marchés financiers n’ont eu que partiellement raison. Le compteur du secteur est à -30% depuis début 2008, c’est beaucoup… mais moins que les Bourses dans leur ensemble (-40 %). Ces derniers mois aussi le secteur s’en est tiré mieux que le reste du marché grâce à son caractère spécifique.

SECTEUR DE L’UTILITE PUBLIQUE ET BOURSES MONDIALES (en base 100)

Ces derniers mois, le secteur de l’utilité publique (en gras) a bénéficié de son caractère défensif, ce qui lui a permis de limiter les dégâts. Il devrait encore en être ainsi dans les mois à venir. Conserver.

INDISPENSABLE…
Les entreprises d’utilité publique, que l’on appelle en anglais ‘utilities’, ont pour mission d’alimenter les ménages en électricité, en gaz et en eau, toutes choses indispensables. Cette demande est relativement stable, dans les bons comme dans les mauvais jours. Malgré la crise, les perspectives de chiffre d’affaires à long terme sont quasi intactes. La privatisation du secteur devrait se poursuivre, tandis que l’évolution démographique et l’urbanisation croissante jouent en sa faveur.
Si on s’attend à ce que les prix de production de l’électricité et du gaz restent élevés, ces prix élevés devraient pouvoir être répercutés sur le consommateur final, ce qui est une bonne chose pour les bénéfices du secteur. Le tout devrait générer un abondant cash-flow dont les actionnaires continueront à bénéficier via de généreux dividendes (environ 4 %). Le secteur est un des rares à ne pas avoir modifié sa politique de dividende.

… MAIS INCERTAIN À TERME
Il faut toutefois nuancer le propos. Avec le temps, cela pourrait changer.
– La crise a pesé sur les prix des matières premières et elle pèse sur les prix de l’électricité et du gaz.
– Le cadre légal dans lequel évolue le secteur est de plus en plus strict, en Allemagne notamment. Certains pays, comme la France, pratiquent des prix plafond ou augmentent les taxes sur l’énergie.
– Le prix des quotas de CO2 a fortement augmenté. Les compagnies d’électricité qui travaillent au départ de produits fossiles (pétrole, charbon) doivent adapter leur appareil de production.
– Ce n’est pas simple en ces temps de crédit rare et cher. De ce fait, beaucoup d’entreprises reportent leurs investissements – même indispensables – en infrastructures et en outils de production.
– La Commission européenne veut augmenter la concurrence et pousse à un découplage entre production et transport. De nombreux ex-monopolistes font encore les deux, ce qui leur donne une position dominante et très rémunératrice sur leur marché. Cela devrait changer.
– Du fait des nombreuses fusions que le secteur a connues, GDF/Suez, Iberdrola/Scottish Power et autres EDF/British Energie, la vague des consolidations touche lentement à sa fin. Les investisseurs ont souvent réagi de manière euphorique aux économies d’échelle annoncées et au renforcement de la position de ces sociétés par rapport à leurs fournisseurs de matières premières. Mais les interventions politiques et certaines déceptions viennent assombrir ce beau tableau. Quant à la hausse du dollar, elle rend le marché américain, toujours très fragmenté, moins intéressant pour les grands acteurs que sont devenus les Européens. EDF par exemple a annulé en octobre son offre sur l’américaine Constellation Energy (énergie nucléaire).

VIGILANCE
Nous ne sommes plus acheteurs de sicav d’actions du secteur de l’utilité publique. Toutefois, malgré les handicaps décrits plus haut, les perspectives du secteur sont intactes à long terme. Nous pensons notamment aux gigantesques cash-flows et au caractère défensif de ces entreprises. Il n’est pas impossible qu’une nouvelle consolidation intervienne, par exemple sur la base des partenariats conclus entre E.ON et Gazprom et entre Repsol et Gas Natural. A conserver.

Les (ex-)monopolistes

Le secteur représente quelque 7 % de la capitalisation boursière mondiale, soit plus de 1 300 milliards EUR. Dans l’Union, le secteur est assez concentré, contrairement aux Etats-Unis. Les grands du secteur, que l’on retrouve dans le portefeuille des sicav, ont pour nom :

1. Electricité de France (France)

2. Gaz de France-Suez (France)

3. E.ON (Allemagne)

4. RWE (Allemagne)

5. Tokyo Electric Power (Japon)

A cette liste s’ajoutent ENI (Italie) et Iberdrola (Espagne). Et en Belgique? En 2005 Electrabel a été reprise par Suez, laquelle a fusionné avec Gaz de France. Une opération qui a entraîné la vente de Distrigaz à ENI.

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