Analyse
Coup d'oeil sur les marchés en 2008 il y a 8 ans - jeudi 15 janvier 2009

Vases communicants.

2008 est la pire année boursière vécue jusqu’ici. Aucun indice, aucun secteur n’a échappé à la débâcle. Les investisseurs se sont rués sur les liquidités et les obligations. Les sicav concernées sont donc les grandes gagnantes de l’année. Sur le marché des changes, on a vu le grand retour du yen japonais et du franc suisse.

Nous vous conseillons la plus grande prudence. Même si les cours de certaines actions ont fortement baissé, nous reporterions encore tout achat à plus tard. Il n'y a donc pas de sicav d'actions en  gras dans nos tableaux. Notre préférence va toujours aux liquidités et aux obligations.

· Aucune des sicav d’actions reprises dans nos tableaux n’a réussi à dégager un résultat positif en 2008. Pire, les sicav investissant dans la santé, la ‘meilleure’ catégorie l’an dernier, ont vu leur valeur d’inventaire baisser d’un quart. A l’échelon mondial, le recul moyen est de l’ordre de 42 %. Dramatique.
· Les raisons en sont bien connues. Tout a commencé aux Etats-Unis avec la crise du crédit, qui s’est muée en crise de confiance générale pour toucher tous les secteurs et tous les marchés avant de déboucher sur une ‘vraie’ crise économique qui a plongé les pays développés dans la récession. Les investisseurs ont pris peur et commencé à quitter la Bourse pour se ruer sur les obligations ou les comptes bancaires dont certains, au final, n’étaient pas les havres de paix espérés. Quant à la confiance, elle n’est que partiellement restaurée malgré les interventions musclées des banques centrales.
· Dans les pays émergents, on a longtemps fait de la résistance, mais le barrage a fini par céder. L’aversion croissante au risque a amené là aussi bien des investisseurs à retirer leurs billes. Sur certains petits marchés, cela a fait l’effet d’une hémorragie. Les sicav d’actions des pays émergents ont en moyenne perdu plus de la moitié de leur avoir. Certaines chutes sont spectaculaires, les sicav d’actions d’Europe de l’Est par exemple. L’idée longtemps accréditée d’un découplage entre les économies des pays développés et celles des pays émergents a fait long feu. Tout le monde est touché.
· Sur le plan sectoriel, la logique l’a emporté : les sicav d’actions financières ont été pénalisées les premières. Leur recul moyen est de 55 % environ. Les mauvaises nouvelles n’ont pas cessé de se succéder et le sort de Fortis (-95 %) par exemple n’a échappé à personne. Or, c’est loin d’être un cas isolé. A notre avis, il est (encore) trop risqué d’investir (à nouveau) dans ce secteur.
Le secteur technologique est mal loti lui aussi (-45 %). Sa volatilité bien connue a encore été renforcée par les mauvaises performances économiques, par la difficulté des entreprises à trouver encore du crédit et par l’aversion croissante des investisseurs pour le risque. A éviter.

INIDICE BOURSIER MONDIAL (en EUR)

Personne n’a été épargné en 2008. Tous les marchés, tous les secteurs ont été pénalisés.

Les bourses en décembre 2008

Bourse

       Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

Amsterdam (AEX)

-2.6%

-52.3%

Athènes (ATHEX 20)

-5.9%

-66.1%

Bruxelles (BEL 20)

1.4%

-53.8%

Francfort (DAX 30)

3.0%

-42.4%

Hong Kong (H.SENG)

-5.4%

-45.3%

Lisbonne (PSI 20)

0.7%

-51.3%

Londres (FTSE 100)

-11.6%

-47.8%

Madrid (IBEX 35)

3.2%

-39.4%

Milan (MIB 30)

-3.4%

-48.4%

Nasdaq Composite

-6.3%

-37.5%

New York (S&P 500)

-8.0%

-35.3%

Paris (CAC 40)

-1.4%

-42.7%

Stockholm (OMX 30)

-3.5%

-47.4%

Sydney (ASX)

-2.6%

-52.4%

Tokyo (Nikkei 225)

-0.2%

-25.0%

Toronto (S&P/TSX)

-11.0%

-45.4%

Zurich (SMI)

-0.9%

-27.0%

(1) en %, après conversion en euro, fin décembre 2008

BIEN AU CHAUD CHEZ SOI ?
· Les sicav d’actions belges ont perdu environ la moitié de leur valeur. Cela tient à la forte composante financière de la Bourse de Bruxelles, une caractéristique qui cette année encore s’est avéré être un coûteux handicap. Les poids lourds qu’étaient Dexia (-81 %), Fortis (-95 %) et KBC (-77 %) n’en sont que les victimes les plus connues. Des entreprises comme CMB (armateur, -67 %) ou Nyrstar (raffinage de zinc, -86 %) ont souffert tout autant, mais pour d’autres raisons : baisse du prix des matières premières et économies en panne.
· Allianz Capital Invest (branche 23, -36 %, *), qui a limité ses placements dans le secteur financier, s’en sort le mieux – ou le moins mal, tout comme Hermes Belgian Growth (-41,7 %, ***).
· 2008 aura tout simplement été une année catastrophique pour l’économie belge et ses entreprises. Nous nous attendons d’ailleurs à voir les bénéfices fondre sensiblement cette année et peut-être l’année prochaine encore. On ne sait toujours pas quand la confiance reviendra et quand les banques vont se remettre à travailler normalement, c’est-à-dire à accorder du crédit en souplesse. Tout comme on ne sait pas ce que donneront les plans de relance des gouvernements. Pour toutes ces raisons, nous n’achèterions plus de sicav d’actions belges.

HERMES BELGIAN GROWTH (gras) ET BOURSE BELGE (en base 100)

Les sicav qui, l’instar de Hermes, ont investi moins que les autres en valeurs du secteur financier s’en sont moins mal sorties. Vous pouvez conserver cette sicav, commercialisée par la Banque Delen.

TOUR DU MONDE
· Dans la catégorie des sicav d’actions internationales, ce sont surtout les placements dans les pays émergents qui ont pesé lourd. Les perdants du lot, comme Fortis L OBAM Equity World (-65,4 %), sont aussi ceux qui avaient le plus misé sur ces marchés. Par contre, Carmignac Investissement (**), la vaisseau amiral du gestionnaire français du même nom, n’a perdu que 29,9 %. Il avait, il est vrai, fortement réduit son avoir dans les pays émergents et misé davantage sur les liquidités (un cinquième environ de son avoir) et sur les mines d’or, qui ont fait moins mal que la moyenne.
· En Europe Share Euroselection (Bearbull) est parvenue à limiter les dégâts alors que dans l’ensemble les marchés boursiers du vieux continent ont perdu 46 %. Une fois encore, cela s’explique par une mise relativement limitées en valeurs financières. Par contre, Fidelity European Aggressive A (disponible notamment auprès de la Deutsche Bank, -64,9 %, *) a été sévèrement pénalisée à cause, entre autres, de son important poste en actions britanniques – lesquelles ont été plus touchées que les autres actions européennes – et en actions du secteur financier.
· Pendant des années, les plus beaux rendements provenaient des pays émergents. Depuis l’an dernier on sait qu’un taux de croissance olympique, une population dont les conditions de vie s’améliorent et des dépenses de consommation élevées ne sont plus des garanties de succès boursier. Les grandes victimes en sont l’Amérique latine avec Fortis L Equity Latin America (-56,8 %), dont les placements importants dans le géant minier Companhia Vale do Rio Doce (-61 %) ont pesé lourd, et en Asie Templeton Asian Growth A (-58,1 %, *), pénalisée par sa forte mise – un cas unique – en Bourse de Karachi (-67,2 %). Le marché pakistanais a fort bien travaillé en 2007, mais l’instabilité politique et sociale du pays a littéralement pétrifié les échanges. C’est un peu ce qui s’est passé en Russie (-70 %), dont le recul du marché boursier explique les mauvaises prestations des sicav d’actions d’Europe de l’Est (jusqu’à -71,1 %). Les gestionnaires de KBC Equity Eastern Europe (*) par exemple étaient des fans de la Bourse de Moscou. Notre conseil ? Nous n’achèterions pas pour le moment de sicav qui investissent dans les pays émergents. C’est trop risqué. Seules les sicav d’actions russes peuvent être conservées.

MATIERES PREMIERES
· Les sicav d’actions du secteur des matières premières ont connu une année en deux temps. Jusqu’en juillet 2008 les prix des matières premières ont atteint des niveaux record, la demande pour ces facteurs de base étant liée à la croissance. Lorsque les Etats-Unis, puis le Japon et l’Europe sont entrés en récession, machine arrière toute : les prix des matières premières se sont littéralement effondrés. Parmi les grands perdants, BlackRock GF World Mining A (-63,2 %, *), qui misait surtout sur les entreprises travaillant les métaux pour l’industrie comme Xstrata (-86,3 %). Les gestionnaires ont bien tenté un coup de volant au dernier moment, hélas c’était trop tard, ils étaient déjà dans le décor. DWS Invest Commodity Plus (-25,4 %) a pu limiter la casse : cette sicav investit directement en matières premières et pas en actions de sociétés travaillant ces mêmes matières. C’était un choix judicieux. Tant que les économies mondiales seront déprimées et que l’aversion au risque ne se sera pas dissipée, les actions liées au secteur des matières premières ne redémarreront pas. A éviter.

BGF WORLD MINING A USD (en EUR)

La sicav de BlackRock n’a pu digérer la crise financière et le recul des prix des matières premières. Son recul est de plus de 60 %.

· Il y a toutefois deux matières premières dont le sort exceptionnel confirme la règle. Le cacao par exemple (+34 % environ) et… l’or, qui a retrouvé pleinement son statut de valeur refuge (+8,5 % en euros) et permis au tracker coté en Bourse Lyxor Gold Bullion (8,1 %, ticker: GBS), qui investit directement dans le noble métal, de terminer l’année avec un bénéfice ! On ne peut en dire autant des sicav de mines d’or qui, contrairement à ce que l’on avait vu autrefois, n’ont pas monté comme le prix de l’or. Au contraire même, elles ont perdu 27,6 % à cause de problèmes d’exploitation et à cause aussi de l’aversion au risque des investisseurs. Encore que leur recul soit inférieur à celui de bien d’autres. A conserver.

Les secteurs en décembre 2008

Secteur

      Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

En Europe

Finance

-5.1%

-56.3%

Pharma

-1.0%

-15.2%

Télécom

-2.3%

-34.5%

Technologie

-2.4%

-47.7%

Consommation

-2.0%

-36.9%

Distribution

0.8%

-41.7%

Utilité publique

0.1%

-38.4%

Dans le monde

Finance

-5.7%

-49.1%

Pharma

-1.6%

-9.2%

Télécom

-2.5%

-31.4%

Technologie

-5.2%

-42.3%

Consommation

-4.9%

-30.1%

Distribution

-2.7%

-25.2%

Utilité publique

-3.5%

-31.3%

(1) en %, après conversion en euro, fin décembre 2008

MARCHÉ DES CHANGES
· L’euro aura été fort tout au long de l’année 2008, comme en 2007. Il a encore gagné du terrain par rapport au club des dollars, sauf le dollar US, par rapport aux couronnes suédoise et norvégienne et par rapport à la livre sterling. Une livre sterling qui a perdu 24 % par rapport à la monnaie unique. Les mauvaises prestations économiques du Royaume-Uni ont amené la Banque d’Angleterre a ramener ses taux directeurs de 5,5 % au début 2008 à… 1,5 % en fin d’année. Les investisseurs ont compris tout de suite et la livre a fondu comme neige au redoux.
· Il y a aussi des gagnants sur le marché des changes. A commencer par le yen japonais (+29,7 %), lequel a tiré parti du retour des capitaux vers la mère patrie et de la fermeture du robinet du carry trade (voir F&S 168 ). Le franc suisse, lui (+11,9 %), a retrouvé son statut de valeur refuge, et ce malgré la pauvreté de ses taux d’intérêt. Quant au dollar US (+5,2 %), il doit lui aussi sa progression à son statut de valeur refuge.
· Tous ces mouvements nous amènent à revoir nos positions. La couronne suédoise (-14 %), déjà sous-évaluée, l’est encore davantage ; le dollar australien (-16,5 %) redevient sous-évalué alors que le yen, lui, a totalement perdu sa sous-évaluation. Le dollar US reste sous-évalué et donc intéressant malgré sa hausse.
Pour profiter du potentiel que recèlent le dollar australien et la couronne suédoise, misez sur une bonne sicav obligataire. Pour ce qui est du dollar US, notre préférence va aux comptes à terme (voir notre article 'Le retour du Kid' pour les meilleures conditions du moment). Par contre, nous vendrions les sicav d’obligations en yens.

FRANC SUISSE EN EURO

La devise helvétique est revenue à l’avant-plan pour son caractère de valeur refuge, pas pour la rémunération qu’elle offre à ses détenteurs.

Les devises en décembre 2008

Code ISO

Cours (1)
(en euro)

  Evolution (2)

    Persp. (3)

1 m.

1 an

1 an

LT

DKK

0,1343

0.1%

0.2%

=

=

SEK

0,0910

-6.5%

-14.0%

+

++

NOK

0,1027

-8.7%

-18.4%

=

++

CHF

0,6759

4.2%

11.9%

=

++

GBP

1,0343

-14.5%

-24.0%

-

++

USD

0,7194

-8.7%

5.2%

+

++

CAD

0,5827

-8.2%

-15.9%

=

++

AUD

0,5015

-2.3%

-16.5%

=

++

NZD

0,4204

-2.7%

-20.1%

-

+

JPY

0,7936

-4.1%

29.7%

=

++

(1) fin décembre 2008 ; p.ex. 1 USD vaut xxx euros ; (2) en %, par rapport à l'euro ;
(3) évolution attendue de la devise à 1 an et à long terme.

LE BONHEUR DES UNS…
· Le succès des sicav d’obligations est dû à la débâcle des sicav d’actions. Ces deux pôles de tout portefeuille équilibré fonctionnent aussi comme des vases communicants. Les investisseurs fuyant la Bourse se sont rués sur les liquidités et les emprunts, ce qui a fait monter les cours et fait baisser les taux. Les ratés des moteurs économiques ont encore accentué le phénomène, pour le plus grand bien des sicav obligataires.
· La baisse des taux est un phénomène mondial. Tous les marchés obligataires ont dégagé des résultats positifs dans leur devise respective. Les sicav d’obligations d’Etat à moyen terme en euros ont gagné 5 %. Les placements à plus long terme ont rapporté jusqu’à 10,1 %. C’est le cas notamment pour Aviva Investors Long Term European Bond (**). Mais pour cela, il fallait avoir investi dans la qualité, c’est-à-dire en emprunts d’Etat ou d’institutions internationales. On le voit bien aux performances affichées par les sicav d’obligations à haut rendement , qui misent sur les devises volatiles comme le rand sud-africain (-22,2 %) ou le zloty polonais (-12,7 %) ou, pire, sur des emprunts de sociétés de qualité moindre. Les sicav concernées ont perdu en moyenne 22 % et SGAM Bonds Europe High Yield A (*) a perdu davantage (-37,3 %) du fait notamment de la forte dépréciation des emprunts de Virgin Media et de Fiat.
La situation est un peu moins grave pour les sicav d’obligations de sociétés en euros. Leur recul se limite à 11 % en moyenne, mais ce chiffre en cache bien d’autres. AXA WF Euro Credit Bond (***) n’a reculé que de 1,5 % grâce à sa prudence : emprunts au ‘rating’ élevé ou ‘covered bonds’ (emprunts offrant des garanties supplémentaires). Fidelity II European Coporate Bond A (-22,2 %, *) par contre a raté la marche tant ses emprunts de banques américaines l’ont alourdie.

STRATEGIE
Notre stratégie en matière de placements à revenu fixe reste inchangée. Les sicav reprises en gras dans nos tableaux investissent toutes en obligations d’emprunteurs de première qualité. Pour ce qui est des devises étrangères, nous nous limitons au dollar australien. Pour les placements en euros, notre préférence va aux comptes d’épargne à haut rendement, aux comptes à terme à un an maximum et aux sicav de trésorerie. Pour les placements en dollars, le compte à terme à un an maximum est la meilleure solution.

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