Analyse
Au suivant ! il y a 8 ans - jeudi 12 février 2009
Les stratégies 130/30, annoncées à grand fracas, ont-elles fait mieux que les autres ?

En 2007, on attendait beaucoup des fameuses sicav «long/short» censées faire profiter leurs souscripteurs de tous les mouvements boursiers, à la hausse comme à la baisse. Vu les circonstances, c’est sur les mouvements baissiers surtout que tout le monde retenait son souffle. Hélas, la déception est grande. Il n’y a donc rien d’étonnant au fait que la plupart des promoteurs de ces sicav les aient mises provisoirement au frigo.

En 2007, Fortis et Robeco ont proposé une stratégie de placement fort surprenante baptisée
« 130/30 » et dont la publicité disait qu’elle était accessible au particulier alors que normalement seuls les institutionnels, banquiers et assureurs, y avaient accès. Malgré nos réserves, certains parmi nos lecteurs ont souscrit. Ces sicav – parce que c’est bien de cela qu’il s’agit – ont-elles oui ou non permis de bénéficier du meilleur de ces deux mondes ?

ROBECO 130/30 NORTH AMERICA (en gras) ET ACTIONS AMERICAINES (base 100)

Le gestionnaire aurait dû profiter de sa position « short » en actions pour faire mieux – ou moins mal – que son indice. Hélas…

“LONG” ou “SHORT” ?
· Normalement, un gestionnaire de sicav ne prend que des positions « long ». Il achète des actions et les revend avec plus-value. Et toute baisse de cours est une perte. A ce niveau, le souscripteur bénéficie d’une protection qui repose sur quelques règles de base, notamment le fait que le gestionnaire ne peut prendre de positions « short », c’est-à-dire vendre des actions avant de les avoir achetées.
· Ce n’est pas le cas pour les sicav dites « long/short  », dont les gestionnaires peuvent se permettre ce genre d’exercice (voir encadré). S’ils parviennent à acheter à un prix moins élevé que leur prix de vente, ils gagnent. Mais l’inverse peut aussi se produire et là il y a perte. Une perte qui, en théorie, peut être infinie.

« Shorter », c’est-à-dire?

« Shorter », c’est vendre une action que l’on ne détient pas. Comment cela ? En l’empruntant auprès d’un courtier ou d’un banquier pour la revendre tout de suite. Si le cours baisse, il suffit de racheter l’action et de la restituer à celui à qui on l’a empruntée en empochant la différence.

Il existe d’autres techniques recourant aux « futures », aux « swaps », aux « trackers » inversés et autres « turbo short ».

· Les sicav du type « 130/30 » sont une variante, la plus populaire en fait, de la catégorie « long/short ». Les gestionnaires peuvent investir jusqu’à 130 % de leur avoir en actions. Les 30 % dépassant ce qu’ils ont en portefeuille sont financés par la vente des actions sur lesquelles a lieu l’opération « short ». Potentiellement, le scénario est le suivant : si les actions achetées se comportent bien, le gestionnaire empoche le bénéfice réalisé sur 130% de son investissement. Et si les actions vendues se comportent mal... il empoche aussi un bénéfice ! Mais la médaille a un revers : la perte peut être considérable si les deux opérations échouent.
· Comme ces sicav n’existent pas depuis très longtemps, il est difficile de tirer des conclusions fondées. Mais l’année 2008 a été catastrophique en Bourse, si bien que l’on aurait pu s’attendre à voir cette stratégie donner de bons résultats – ou de moins mauvais que les autres puisqu’elle repose sur la liberté de prendre des positions « short ».
· Hélas, il n’en est rien. Dans le tableau ci-dessous, nous avons comparé les prestations de ces sicav avec leurs indices respectifs. Deux seulement, l’une de JPMorgan et l’autre de Robeco (celle investissant en actions européennes), parviennent à faire mieux.
· Comment expliquer la chose ? Il n’est pas facile de trouver des gestionnaires capables d’anticiper en pensant à la fois « long » et « short ». C’est la raison pour laquelle beaucoup de ces sicav ont moins « shorté » qu’elles le pouvaient et se sont cantonnées dans les grandes valeurs bien assises. Il y avait peu de chances d’étonner.
· Il est encore trop tôt pour dire que cette stratégie ne marche pas, mais les premiers signes ne sont guère positifs. Ne pas souscrire.

SICAV 130/30 DISTRIBUEES SUR LE MARCHE BELGE

Nom

Distribuée par

Investit en
actions de

Rendement

sicav (%)

Rendement

indice (%)

Code ISIN

Fortis L Fund Equity
Fundamental 130/30 Euro

Fortis Banque

Zone euro

-42,4

-40,4

LU0291274099

JPMorgan Europe 130/30 Fund A

JPMorgan

Europe

-40,8

-40,5

LU0289089384

JPMorgan Europe Select 130/30 Fund A

JPMorgan

Europe

-39,8

-40,5

LU0281486075

JPMorgan US 130/30
Fund A USD

JPMorgan

Etats-Unis

-31,2 (1)

-19,2 (1)

LU0289215278

JPMorgan US Select 130/30 Fund A USD

JPMorgan

Etats-Unis

-32,7 (1)

-19,2 (1)

LU0281482918

Pictet (Lux) Japanese
Equities 130/30

Cortal Consors

Japon

-19,6

-16,6

LU0095053426

Robeco 130/30 European Equities D

Rabobank.be

Europe

-34,2

-40,5

LU0311390586

Robeco 130/30 North
American Equities D

Rabobank.be

Etats-Unis

-42,9

-28,8

LU0187077135

 

 

 

 

 

 

 

 

  Rendement sur les douze derniers mois. (1) Depuis leur lancement en juillet 2008. Ces deux sicav sont couvertes contre le risque dollar.

Partagez cet article