Analyse
Coup d'oeil sur les marchés il y a 8 ans - jeudi 12 mars 2009
Une gratte dans le disque...

Le mois de février n’aura pas rendu le sourire aux investisseurs. Toutes les Bourses ont baissé, bon nombre de sicav d’obligations se sont piètrement comportées et, pour couronner le tout, quelques devises ont reculé face à l’euro. En bref, une fois de plus, un mois à oublier au plus vite…

Nous vous conseillons toujours la plus grande prudence dans vos placements. Même si la valeur d’inventaire de bien des sicav d’actions a fortement baissé, nous ne sommes toujours pas acheteurs. Provisoirement, aucune sicav d’actions n’est donc reprise en gras dans nos tableaux, à l’exception de celles qui sont spécialisées dans les mines d’or, lesquelles peuvent être achetées à titre spéculatif (voir "Un placement en or ?"). Pour le reste, nous préférons toujours les liquidités et les sicav d’obligations.

GAME, SET AND MATCH
· En février, l’investisseur n’a pas été épargné. A l’échelle mondiale, les Bourse ont plongé d’en moyenne 8 %. De nombreuses sicav spécialisées ont aussi encore nettement reculé. ING (L) Invest Global High Dividend (**) a ainsi perdu 11,1 %, pénalisée surtout par la présence dans son portefeuille des géants de la pharmacie Bristol Myers Squibb (-13,2 %) et Pfizer (-12,9 %). Une autre sicav qui a essuyé une perte à deux chiffres : AXA B Fund Equity World Talents (*, -12,5 %), frappée quant à elle par la chute de la japonaise Softbank (-21,4 %) et de l’américaine Overstock.com (-25,1 %). En revanche, Carmignac Investissement (**) a su garder la tête froide. Et ce n’est pas la première fois. Le fonds n’a perdu “que” 3,7 % et est ainsi le meilleur élève de sa catégorie. Trois facteurs lui permettent d’atteindre cette (relative) performance : le gestionnaire investit seulement 2/3 en actions (le reste est en liquidités), il ne dédaigne pas les marchés émergents et il prend des positions sur le marché des matières premières. Deux catégories qui, en février, ont mieux limité les pertes que les concurrents (à respectivement 4 % et 1 %).
En outre, le mois dernier, certaines actions minières ont fonctionné à contre-courant : Newmont Mining a gagné 5,6 %, Goldcorp a grimpé de 0,4 %. Rien d’étonnant dès lors à ce que les sicav en actions de mines d’or aient affiché des prestations honorables. BlackRock World Gold A (**) a gagné 0,9 %.
· La catégorie des sicav d’actions mondiales est la plus diversifiée qui existe. Les différences entre sicav sont souvent énormes et cela se traduit dans les chiffres de rendement. La catégorie est normalement intéressante pour celui qui souhaite se constituer un portefeuille diversifié en une seule opération. Mais pour l’heure, nous restons néanmoins prudemment à l’écart.

AXA B EQ. WORLD TALENTS (en gras) ET BOURSES MONDIALES (en euro)

Même en ces temps boursiers perturbés, nombre de sicav ne parviennent pas à faire mieux que la moyenne boursière mondiale. C’est le cas de cette sicav de AXA.

Les bourses en février 2009

Bourse

Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

Amsterdam (AEX)

-11.6%

-50.8%

Athènes (ATHEX 20)

-17.9%

-64.6%

Bruxelles (BEL 20)

-10.7%

-54.8%

Francfort (DAX 30)

-11.4%

-45.0%

Hong Kong (H.SENG)

-2.7%

-36.9%

Lisbonne (PSI 20)

-6.8%

-45.2%

Londres (FTSE 100)

-7.9%

-44.3%

Madrid (IBEX 35)

-9.8%

-42.1%

Milan (MIB 30)

-12.9%

-51.9%

Nasdaq Composite

-5.8%

-27.5%

New York (S&P 500)

-10.2%

-34.0%

Paris (CAC 40)

-9.1%

-43.6%

Stockholm (OMX 30)

-3.5%

-45.6%

Sydney (ASX)

-3.9%

-52.6%

Tokyo (Nikkei 225)

-12.3%

-29.2%

Toronto (S&P/TSX)

-7.9%

-44.8%

Zurich (SMI)

-10.9%

-33.3%

(1) en %, après conversion en euro, fin février 2009

CROISSANCE REDUITE
· Les sicav qui misent sur les actions de la zone euro se sont encore moins bien tenues que leurs collègues ouvertes à l’échelle mondiale. Leur recul moyen est de plus de 10 %. Les investisseurs, à l’écoute du flux de mauvaises nouvelles économiques pour nos régions, se détournent largement des actions. L’économie européenne devrait se contracter de 3 % et la riposte attendue de la Banque centrale européenne (baisse des taux directeurs) a fait défaut en février. Une sicav telle que SISF Euro Equity A (*, -11,8 %) n’a dès lors plus su sur quel pied danser. Les entreprises de services aux collectivités, telles que E.On (-19,2 %) et GDF Suez (-15,9 %), qui constituent depuis longtemps une grosse partie de son portefeuille, ont particulièrement souffert en février.
· Si on considère l’ensemble des sicav investissant dans toute l’Europe, on déplore une baisse moyenne de 7,3 %, ce qui est mieux que les prestations des Bourses de la zone euro. Une «performance» a mettre au crédit des investissements sur la Bourse britannique (-7 %) et surtout à celui des beaux résultats de quelques sicav, telles que Carmignac Euro-Entreprises (**,-3 %) et Puilaetco Dewaay High Growth Europe (**, -3,2 %), qui sont parvenues à limiter les dégâts en misant sur des entreprises relativement «petites». Pour Carmignac, c’est grâce aux prestations de Colruyt (+3,9 %), de l’italien Ansaldo (transport et infrastructure, +8,1 %) et du britannique Caretech Holdings (soins des handicapés mentaux, +9,9 %). La sicav de Puilaetco Dewaay s’est quant à elle appuyée sur ses placements dans le finlandais Kone ‘B’ (ascenseurs; +3,8 %) et dans l’éditeur anglo-néerlandais Reed Elsevier (+0,8 %). Sa forte position en cash (±1/4 du portefeuille) lui a aussi permis de s’en tirer mieux que bien des concurrents spécialisés dans les entreprises de croissance.
· Chez nous, les sicav spécialisées en actions belges n’ont pas échappé à la chute (-7,5 % en moyenne). Quelques-unes ont néanmoins réalisé de remarquables prouesses. Argenta Fund Actions Flamandes (*, -2,5 %) et Fortis B Vlam-21 (**, -2,1 %) ont ainsi plus ou moins sauvé les meubles, grâce à la forte présence dans le portefeuille de Telenet (+11,6 %), AB InBev (+9,5 %) et Colruyt. Une autre sicav misant sur l’ancrage flamand, KBC Equity Flanders (***, -4,7 %) s’en est moins bien tirée, à cause d’un grand nombre d’actions de sa maison mère le holding KBC Almancora (-41,4 %). Pour les autres sicav d’actions belges, les nouvelles sont encore moins bonnes. AXA B Fund Equity Belgium (**, -11 %) et KBC Equity Belgium (*, -12,8 %) investissent dans un portefeuille d’actions belges classique, donc assez bien investi en valeurs financières telles que Dexia (-31,6 %), Fortis (-14,7 %) et KBC (-41,4 %). Le mois dernier, les valeurs bancaires ont encore souffert…
· Il semble que la réalité des faits ait atteint toute l’Europe. Le Royaume-Uni a longtemps été le dindon de la farce, mais à présent, les pays de la zone euro sont aussi dans le pétrin. Les chiffres de croissance actuels pour l’Europe sont les pires depuis la seconde guerre mondiale, après le fort recul de la production industrielle. Le chômage est en hausse, la confiance des consommateurs est évidemment fragilisée et les Bourses s’avèrent très volatiles. Rien d’étonnant dès lors à ce que nous déconseillions pour l’instant les investissements en actions européennes.

PAS MIEUX AUX USA
· Le budget proposé par le nouveau président américain Obama a déçu. Beaucoup de mesures n’auront un impact sur l’économie que l’an prochain ou même plus tard. Beaucoup d’investisseurs, qui avaient espéré des mesures plus rapides, se sont donc montrés dépités. Un pessimisme d’autant plus exacerbé par les mauvaises nouvelles en provenance des entreprises, avec l’industrie automobile en tête. Toute cela a infligé un fameux coup à Wall Street (-9,3 %) et infligé des pertes d’environ 12 % à des sicav spécialisées telles que BlackRock Global Funds US Basic Value A (*, -11,8 %), qui investit dans de grosses entreprises dont plusieurs ont annoncé de tristes perspectives, comme par exemple Bristol-Myers Squibb (pharma, -13,2 %), Time Warner (médias, -16,8 %) et Xerox (photocopieurs etc., -21,2 %). Néanmoins, les sicav que nous préconisions avant de geler tous nos conseils d’achat se sont relativement mieux comportées. Janus World Funds US Twenty A USD (**) a limité son recul à 4,3 %. Son portefeuille très concentré lui a permis de profiter des assez bonnes prestations de e.a. Apple (status quo) et de apotheker CVS Trademark (-3,4 %).
· La Bourse américaine est atteinte des mêmes maux que les autres bourses occidentales. Tant que les soucis économiques persistent et que l’aversion au risque prévaut, elle sortira difficilement du creux. Ne vous précipitez pas pour acheter.
· Petite lueur dans cette obscurité : le dollar, qui profite de son statut de valeur refuge. Le mois dernier, il s’était déjà apprécié de 0,9 % face à l’euro, ce qui a porté sa hausse annuelle à un petit 20 %. Il garde cependant du potentiel. Profitez-en, au travers d’une sicav d’obligations indexées en dollar (voir "S'accrocher au train de l'inflation") ou d’un compte à terme en USD de maximum 1 an.

INDICE BOURSIER AMERICAIN (en dollar)

Pas d’effet Obama sur la Bourse américaine. La pénible réalité a pris le dessus.

ENIGME A LA RUSSE
· Dans ce climat très pessimiste et alors que toutes les sicav d’actions reprises dans nos tableaux ont reculé, celles qui investissent sur la Bourse de Moscou ont progressé. Fortis L Equity Russia a ainsi gagné pas moins de 6,3 %. Ce qui limite sa perte annuelle à… 70 %. Le malaise de la Bourse russe a été si important ces six derniers mois qu’en février, les investisseurs (locaux) y ont trouvé quelques occasions, motivées notamment par la petite hausse du prix du pétrole (+1,7 % en dollar, +2,6 % en euro) et les bonnes nouvelles du secteur de la sidérurgie (stocks plus faibles que prévu chez le plus gros acheteur potentiel : la Chine). Des actions phare de la sidérurgie, telles que Norilsk Nickel (+10 %) et Severstal (+43,2 %), ou des entreprises pétrolières et gazières, telles que Rosneft (+11,4 %) et Surgutneftegas (+27,2 %), ont ainsi mené la danse.
· Si vous détenez déjà une sicav d’actions russes, sans doute avez vous touché le fond. Conservez-la pour le long terme, misant ainsi sur la stabilité politique du pays, ses chiffres économiques assez solides, la maturité de sa Bourse et l’effet levier potentiel du prix du pétrole, qui finira par remonter. Mais le risque est en ce moment encore trop élevé que pour déjà acheter.

MEILLEUR SECTEUR
· Si février n’a pas vu la fin de la déconfiture boursière, quelque matières premières ont cependant tiré leur épingle du jeu. C’est par exemple le cas de l’or (+3,3 %), du cuivre (+10 %), de l’huile de palme (+7,4 %), du sucre (+9,3 %) et de l’argent (+6,5 %). Rien d’étonnant dès lors à ce qu’une sicav spécialisée telle que DWS Invest Commodity Plus n’ait perdu que 0,3 %. Elle investit principalement dans les matières premières elles-mêmes (au travers d’indices spécialisés) et non dans des entreprises, de sorte qu’elle est protégé des soubresauts boursiers de certains acteurs du secteur.
· Nous restons cependant provisoirement à l’écart du vaste secteur des matières premières… qui ressemble davantage à un casino. D’autant que l’analyse est compliquée par la très grande diversification des sicav qui s’y positionnent et par la difficulté d’évaluer leur gestion (souvent très active). Ne perdez pas non plus de vue que bien des entreprises du secteur sont très petites et donc très sensibles aux flux d’argent. Trop spéculatif à ce stade.
· Nous faisons néanmoins une exception pour les sicav d’actions de mines d’or. Elles sont assez imprévisibles mais devraient pouvoir profiter ces prochains mois de la hausse du prix de l’or (plus de détails en "Un placement en or ?").

Les secteurs en février 2009

Secteur

Evolution (1) sur

1 mois

12 mois

En Europe

Finance

-15.0%

-60.3%

Pharma

-11.7%

-17.3%

Télécom

-1.2%

-28.6%

Technologie

-9.1%

-44.4%

Consommation

-6.3%

-33.0%

Distribution

-3.3%

-32.1%

Utilité publique

-11.2%

-41.2%

Dans le monde

Finance

-12.3%

-52.2%

Pharma

-10.1%

-8.2%

Télécom

-4.0%

-25.7%

Technologie

-4.8%

-31.1%

Consommation

-6.2%

-26.9%

Distribution

-3.8%

-19.5%

Utilité publique

-9.5%

-28.8%

(1) en %, après conversion en euro, fin février 2009

RISQUE PENALISE
· En février, la plupart des sicav d’obligations ont eu le vent dans les voiles. Les investisseurs retirent leurs deniers des Bourses et les replacent en obligations. Conséquence : les taux obligataires baissent et les cours obligataires grimpent. Les sicav d’obligations en euro ont ainsi gagné 1,4 % en février. Ce fut aussi le cas de KBC Renta Long EUR (**), spécialisée dans les obligations d’Etats d’une durée restante d’environ 10 ans.
· Toutefois, les sicav d’obligations n’ont profité de la baisse des taux qu’à condition de ne pas prendre de risque. Car si les investisseurs quittent les Bourses pour éviter le risque, ce n’est pas pour le retrouver dans des obligations. La plupart des sicav d’obligations corporate en euro ont ainsi perdu du terrain. La baisse moyenne des valeurs d’inventaire est de 2,3 %. C’est Petercam L Bonds EUR Quality (-5,5 %) qui a pris la plus grosse gifle, suite à sa forte position en obligations d’entreprises du secteur financier ainsi qu’en obligations subordonnées.
· Que penser en outre de la prestation de Petercam L Bonds EUR Medium (***, -11,8 %), qui investit dans des obligations à court terme, avec le but de faire mieux qu’en investissant en pures liquidités ? Sa perte annuelle est de 40 % ! Objectif raté donc… Au cours des six derniers mois, la stratégie qui faisait ses preuves depuis des années lui a joué de vilains tours (portefeuille d’obligations corporate, souvent d’institutions financières et partiellement subordonnées).
· En ce moment, nous sommes très sélectifs dans le choix des sicav d’obligations. Dès que l’économie se reprendra, les taux devraient repartir à la hausse, ce qui sera négatif pour les sicav d’obligations. Quelques catégories seulement ont dès lors nos faveurs.

MAUVAIS COUPS
· Pour les sicav d’obligations à haut rendement, les choses ont généralement mal tourné et les pertes atteignent 4,4 %. Une fois encore, c’est une sicav de chez Petercam qui se distingue tristement. Petercam L Bonds Higher Yield a souffert de ses investissement dans des obligations de pays émergents, dans des émissions d’institutions financières et dans des emprunts en couronne norvégienne. Les sicav d’obligations à haut rendement investissent dans des émissions en devises (comme le rand sud-africain ou le zloty polonais) et/ou dans des obligations d’émetteurs (entreprises) risqués.
· Enfin, beaucoup d’investisseurs ont eu de la malchance. Car si plusieurs marchés obligataires ont gagné du terrain grâce à la baisse des taux, les devises se sont mal comportées face à l’euro. En définitive, les sicav d’obligations en yen (-7,4 %), en couronne suédoise (-5,4 %) et en dollar canadien (-0,8 %) ont dès lors perdu du terrain, malgré la bonne forme de leur marché local.

Les devises en février 2009

Code
ISO

Cours (1)
(en euro)

Evolution (2)

Persp. (3)

1 m.

1 an

1 an

LT

DKK

0,1342

0.1%

0.0%

=

=

SEK

0,0875

-7.0%

-18.0%

+

++

NOK

0,1117

-1.1%

-11.6%

=

++

CHF

0,6759

0.5%

7.1%

=

++

GBP

1,1223

-0.2%

-14.4%

-

++

USD

0,7874

0.9%

19.5%

+

+

CAD

0,6205

-1.4%

-7.7%

=

++

AUD

0,5030

1.4%

-18.4%

=

++

NZD

0,3944

-0.3%

-25.3%

-

++

JPY

0,8047

-7.4%

27.2%

=

++

(1) fin février 2009 ; p.ex. 1 USD vaut 0,7874 euros ; (2) en %, par rapport à l'euro ; (3) évolution attendue de la devise à 1 an et à long terme.

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